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Le C.mac à George Pau-Langevin

La Réunion n’est pas à vendre

22 avril 2015
C.mac, Collectif pour le maintien des activités au coeur de La Réunion
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« Merci de votre visite Mme la Ministre ». Le C.mac se livre à cette occasion à un « petit essai d’analyse politique à l’attention de Mme George Pau-Langevin »... Le choix se pose en ces termes : « répondre aux besoins locaux de la population ou fondre cette dernière dans les enjeux internationaux liés à la financiarisation de la nature, habillés de l’expertise savante ? »

Répondre aux besoins locaux de la population ou fondre cette dernière dans les enjeux internationaux liés à la financiarisation de la nature, habillés de l’expertise savante ?

Plus d’une semaine après la mort brutale du jeune de 13 ans, ayant suscité une émotion toute légitime au sein de la population, vous voilà, Madame la Ministre, dans notre département. La situation exige sans doute que la Ministre en charge des Outre-mer puisse se faire une idée de l’efficacité de l’action de l’État face à la fameuse « crise requin ».

Le dernier animal en date qui eut droit à une crise, souvenez-vous, Mme la Ministre, fut un moustique. Une centaine de morts et quelques atermoiements gouvernementaux plus tard, la crise sanitaire du « chik » était décrétée. Au Collectif pour le maintien des activités au cœur de La Réunion (C.mac), petites gens des îles, nous sommes désormais accoutumés, sans pour autant être résignés, à cette pratique politique de la non-décision.

Loin d’être une inaction ou un dysfonctionnement, la non-décision est une échappatoire commode surtout dans le domaine environnemental, en se cachant derrière une expertise savante. Voilà des décennies par exemple que La Réunion détient des records de pauvreté et de chômage sans que l’action gouvernementale ne change quoi que ce soit à la situation.

"L’utilisation de produits phytosanitaires dans l’agriculture intensive détruit la fertilité des sols, pollue les rivières, empêche la barrière de corail de se régénérer et nuit à la santé humaine". Image extraite du film "Le monde de Némo".

La nature réunionnaise est décidément pleine de surprise et c’est à sa faveur, une fois de plus, qu’il nous est permis aujourd’hui de nous rendre compte de la permanence de cette « société morbide et de ses pulsions », ainsi que l’énonçait Édouard Glissant à propos de nos territoires à l’ère post-coloniale. Cette société, écrivait-il alors, est celle dont « les composantes s’impliquent selon des lignes de force hétérogènes à elle-même, c’est-à-dire déterminées et décidées ailleurs ».

Pour le requin et sa crise, il en est exactement de même. Qui se soucie au fond de comprendre que le requin, plus que nulle autre espèce, participe au marché financier lié au climat, comprendra pourquoi on peut plus « facilement » tuer un loup (espèce protégée) et ne pas tuer un requin bouledogue (espèce non protégée).

Que sont au fond quelques vies humaines face aux intérêts financiers en cause ? En colonisant notre île, Nicolas hulot et le WWF [1] ne s’y sont pas trompés. La nature est le nouvel eldorado de la finance. Le parc national, ainsi que la réserve marine de La Réunion, ne sont plus alors que des alibis utiles donnant le sentiment d’une nature protégée. Cependant que dans le même temps, ces deux administrations de l’État n’entreprennent aucune action concrète sur les causes majeures de dégradations environnementales.

"En colonisant notre île, Nicolas hulot et le WWF ne s’y sont pas trompés. La nature est le nouvel eldorado de la finance."

Nous avons maintes fois eu l’occasion de les évoquer, notamment le système agricole intensif qui avec l’utilisation de produits phytosanitaires, détruit la fertilité des sols, pollue l’eau des rivières, empêche la barrière de corail de se régénérer et nuit aussi à la santé humaine. La croyance en une nature désormais protégée que sont censées donner ces deux administrations n’est plus alors qu’une manière, dans la situation actuelle, de s’en remettre aux experts et aux scientifiques…

L’impuissance face au cours des choses pousse alors une majorité de personnes à penser que seuls ces professions pourront nous préserver des dangers qui s’accumulent à l’horizon… Nous « devons croire » que ceux qui « savent » (et/ou ont les moyens) nous préserveront, alors que ce sont eux, ou leurs prédécesseurs, qui ont promu sous le nom de « développement » l’entreprise littéralement insoutenable d’appropriation et de mise en exploitation dont nous mesurons les conséquences aujourd’hui.

Au fond, Mme la Ministre, de quel(s) pouvoir(s) réel(s) disposez-vous sur l’actuelle « crise requin » ? Assurément peu pour ne pas dire aucun, car les lignes de force en présence se situent à un niveau international et n’entrent pas dans les prérogatives de votre ministère, dans le champ duquel ne figurent ni l’environnement ni le processus de financiarisation dans lequel celui-ci s’inscrit.

Le Collectif pour le maintien des activités au cœur de La Réunion (C.mac), "petites gens des îles"...

Alors, le C.mac vous remercie Mme la Ministre d’avoir fait ce long déplacement qui témoigne, s’il en était besoin, de votre empathie. Une nouvelle rencontre avec les acteurs de terrain sera sans doute bien perçue, mais notre collectif n’y participera pas. Notre exigence porte sur l’efficacité de ces réunions interminables. Car, combien de Présidents de la République, de Ministres, de conseillers, de Préfets, de directeurs d’administration centrale, d’élus locaux nous faudra-t-il rencontrer pour espérer un jour, le début d’un semblant de commencement de changement de la situation dans le parc national et la réserve marine de La Réunion ?

Nos propositions n’ont pas variés. Permettez-nous d’en rappeler seulement quatre et sans que cela coûte de l’argent aux contribuables : préserver les activités professionnelles dites traditionnelles liés à l’élevage, la culture et la pêche préexistantes à ces structures ; accompagner et non interdire les activités de loisirs gratuits dans ces espaces protégés ; redonner à l’agro-écologie les terres agricoles désormais gelées dans le cœur du parc ; réviser voire réduire les périmètres du parc national et de la réserve marine inadaptés au regard de la superficie de l’île.

La balle est irrémédiablement dans le camp des politiques : répondre aux besoins locaux de la population ou fondre cette dernière dans les enjeux internationaux liés à la financiarisation de la nature, habillés de l’expertise savante ?

Le C.mac

Notes

[1WWF : World Wide Fund, Fonds mondial pour la nature.

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