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États-Unis

La « primaire Goldman-Sachs », ou le double échec de l’ère Obama

19 juillet 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Plaintes et amendes visent la toute-puissante banque d’affaires, sans pour autant entamer son influence sur le jeu politique américain.

S’exprimer à la Cooper Union for the Advancement of Science and Art de Manhattan constitue un rituel hautement symbolique de la vie politique et civique américaine depuis le 27 mars 1860, date où Lincoln prononça devant la prestigieuse institution le discours qui, dit-on, devait le mener au pouvoir.

Rétrospectivement, le « Cooper Adress » apparaît comme un exercice particulièrement réussi d’équilibrisme politique. Le futur artisan de l’Abolition s’y efforce de valider un compromis intenable sur l’esclavage (« un mal qu’il faut se garder d’étendre, mais qu’il importe de tolérer et de protéger ») ; de convaincre l’auditoire de la conformité à la doctrine conservatrice et à l’esprit des Pères Fondateurs de cette « régulation » confiée à l’État fédéral, qui laissait l’esclavage en vigueur dans le Sud et l’excluait des nouveaux territoires de l’Ouest ; de s’imposer, lui, l’avocat rural du Kentucky, comme le champion des industriels urbains du Nord ; de s’adresser aux électeurs, sans être encore officiellement en lice dans la compétition présidentielle.

Paradoxe : le discours, canonique au point d’être surnommé « The Adress », est passé à la mémoire collective américaine comme un modèle de clarté et de tranchant rhétoriques.

Le 22 mars 2010, c’est une adresse au monde de la finance au moins aussi ambivalente qu’a délivrée Barack Obama aux grands banquiers américains, dont les représentants de Goldman-Sachs, réunis à la « Cooper Union ». S’il critiquait les « pratiques irréfléchies » du secteur financier et les « bataillons de lobbyistes de l’industrie financière », le Président des Etats-Unis n’en lançait pas moins un vibrant « appel » à son auditoire, l’exhortant « se joindre à lui » dans « l’effort » pour la régulation des marchés — des « réformes » qui « ne sont pas seulement de l’intérêt supérieur du pays, mais aussi (sic) de l’intérêt supérieur du secteur financier ».

En 1863, Lincoln avait tranché la question esclavagiste en faveur de l’émancipation.

Cinq ans après son « adresse » aux banques et à la finance, Barack Obama a préféré Wall Street à « Occupy », estime-t-on à l’aile « populiste » du Parti démocrate. La négociation de l’Accord de partenariat transpacifique (APT) a durci les critiques envers la politique présidentielle.

La sénatrice démocrate Élisabeth Warren, fille du peuple devenue professeure à Harvard et figure emblématique de la régulation financière, accuse ainsi la Maison-Blanche de remettre en cause les mesures de réformes de Wall-Street adoptées dans le feu de la crise.

Favorite dans la course à l’investiture démocrate, Hillary Clinton multiplie de son côté les signes en direction des « populistes ». L’ancienne secrétaire d’État oppose ainsi les « barons voleurs » du « système bancaire de l’ombre », aux Américains qui « s’en sortent à peine » et « ne voient pas la récompense (…) de leur dur labeur ».

Hillary Clinton peine néanmoins à faire oublier ses liens avec le monde de la finance, et plus particulièrement avec la banque Goldman-Sachs. L’établissement est impliqué dans bon nombre d’effondrements boursiers du XXème siècle et dans la crise des subprimes, au cours de laquelle la banque incitait ses clients à acheter des titres contre lesquels elle spéculait elle-même, pariant sur l’effondrement du marché hypothécaire. Financier en pointe de la première campagne de Barack Obama, « Government Sachs » est aussi un contributeur régulier de la Fondation Clinton ; elle a de surcroît rémunéré à hauteur de 100.000 euros chacune des deux conférences tenues par Hillary Clinton.

Visée par une plainte de l’Administration Obama en 2010 et menacée d’action en justice par le Gouvernement Tsipras — la banque est impliquée dans le maquillage des comptes publics réalisé par la Grèce en 2001-2002 — Goldman-Sachs devrait être pénalisée par les institutions américaines de régulation : c’est du moins ce que laisse supposer la provision d’1,5 milliard de dollars qu’a récemment effectuée l’établissement sur ses comptes.

Une amende qui n’empêche pas certains commentateurs de voir dans la « primaire Goldman-Sachs » — comprendre : le classement des bénéficiaires de dons consentis par le grand banquier aux candidats — la préfiguration des résultats des primaires démocrates et républicaines.

Pour l’heure, les Républicains Jeb Bush et Marco Rubio occupent les deux premières places du podium, totalisant respectivement 147.000 dollars et 90.000 dollars de dons. Seule démocrate du palmarès, Hillary Clinton arrive en troisième position avec 41.000 euros de dons. Pour leur campagne, Rubio et Clinton s’appuient sur des lobbyistes de... Goldman-Sachs, rapportait il y a quelques mois le site « Politico ».

Du côté de la banque, « Bush et Clinton sont perçus comme les deux candidats susceptibles de soutenir les baisses d’impôts sur le capital et des régulations moins strictes de l’industrie financière », analyse le magazine en ligne, qui affirme, un brin provocateur : « oubliez les primaires Républicaines et Démocrates : les deux principaux candidats s’affrontent déjà dans le hall de Goldman-Sachs ».

En 2007, Hillary Clinton avait recueilli plus de 400.000 dollars auprès de la super-banque. Le candidat Obama avait pour sa part reçu plus d’un million en 2008. Un financement avéré mais nié par l’intéressé, qui soutînt que l’essentiel de ses moyens de campagne étaient issus de dons individuels. En réalité, seuls 32% des fonds étaient issus de « petits » donateurs : en 2008, les Démocrates avaient pour la première fois supplanté les Républicains dans les faveurs de Wall-Street.

À l’orée de l’élection présidentielle de 2016, l’influence toujours intacte de la finance sur le jeu politique américain et la préférence affichée de cette dernière pour le camp Républicain soulignent le double échec des mandatures de Barack Obama. Entre la finance et la régulation, le Président américain a finalement choisi la finance, au prix du soutien de la gauche de son parti. Les efforts déployés par son Administration pour détricoter les mesures de contrôle financier de son premier mandat — dont les bases, au vrai, avaient été partiellement posées par le tandem George W Bush / Henry Paulson — ne suffiront peut-être pas à confirmer les Démocrates dans la faveur du monde de l’argent.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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