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Complainte pour deux esclaves

Nulle explosion ne peut anéantir Morvan le fort ni le bel Hilarion

3 décembre 2017
Patrick Quillier
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En 1799, à l’île de La Réunion, les esclaves insoumis, Morvan et Hilarion, sont enchaînés à la gueule d’un canon et pulvérisés en présence de la garde nationale et d’un grand nombre d’esclaves. La sépulture est donnée aux lambeaux de corps par les noirs de chaîne. Complainte du poète Patrick Quillier, pour ces « rebelles qui deviendront la fable / Que se dira, émue, La Réunion ».

Que « leur esprit lave La Réunion ».

Variation sur "Anonymes, oubliés, disparus, apparus", œuvre de Constanza Aguirre, album édité par "Taller Arte Dos Grafico", Bogota-Colombie.

Hurlez, roulérs, hurlez, caïambs, hurlez,
Bobres, hurlez, danseurs de maloya,
D’Hilarion et Morvan la mort cruelle.

Variation : Constanza Aguirre/Antoine Roussin.

Ils ont vécu, hélas, les deux esclaves.
Voulant reprendre leur vie confisquée,
Ils ont jailli soudain comme la lave
Entraînant avec eux des conjurés
Prêts de toute leur âme à l’acte brave
Et fiers de la révolte contre les
Maîtres qui de toute leur morgue bavent
Leur éternel mépris des enchaînés.
Trahis, vaincus, condamnés, les deux sont
Attachés aux gueules de deux canons.
Hurlez de voir leur chair déchiquetée
Et dispersée de par La Réunion.

Variation sur une œuvre de Constanza Aguirre.

Criez, caïambs, criez, bobres, criez,
Roulérs, criez, danseurs de maloya,
D’Hilarion et Morvan la mort indigne.

Variation : Constanza Aguirre/Jean-Claude Legros.

Frères, vous ne pouvez hurler toujours
Sous peine de mourir dans la souffrance
D’un hurlement dépourvu de contours,
Abîme infini que nulle endurance
Ne peut endurer. Votre pur amour,
Mutilé à mort au nom de la France,
Doit abandonner le hurlement sourd
Pour les cris rythmés de l’âme en errance
De Morvan le fort, du bel Hilarion.
Leur chair explosée par les deux canons
A éclaboussé toute l’apparence
Mais leur esprit lave La Réunion.

Variation : Paul Sortet/Matt Small/Constanza Aguirre.

Pleurez, bobres, pleurez, caïambs, pleurez,
Roulérs, pleurez, danseurs de maloya,
D’Hilarion et Morvan la mort abjecte.

Joueurs de bobres. 19ème siècle.
Photos : Constant Azéma.

Frères, lavez aussi avec vos pleurs
Le meurtre inouï, le meurtre innommable,
Qui lacère et troue à jamais les cœurs
Torturés sans répit par tous les diables
De tous les enfers. Lavez le malheur
Avec vos larmes, fécondez le sable
Du désert de l’âme souillé par leur
Férocité ignoble et haïssable,
Ces bourreaux dessaisis de leur raison,
Car pulvérisant au son du canon
Des rebelles qui deviendront la fable
Que se dira, émue, La Réunion.

Variation sur une œuvre d’Edouard-Antoine Renard.

Sifflez, bobres, sifflez, roulérs, sifflez,
Caïambs, sifflez, danseurs de maloya,
D’Hilarion et Morvan la mort immonde.

"La Vague Rouge", Elisabeth Vedrine.

La fable qu’il vous faut, frères, reprendre
En louangeant par sifflets qui acclament
Hilarion et Morvan leurs tristes cendres,
En vous indignant par sifflets qui blâment
Cette abjection de qui s’acharne à prendre,
Brute barbarie, cruauté infâme,
La vie qui ne pourra jamais se rendre
En la faisant exploser. Nul dictame
Pour apaiser ce scandale sinon
Les sifflements pour huer les canons,
Pour applaudir de la cime à la lame
La résistance de La Réunion.

"Le shega", danse des Noirs, lithographie d’Adolphe d’Hastrel, 1847.

Bramez, caïambs, bramez, roulérs, bramez,
Bobres, bramez, danseurs de maloya,
D’Hilarion et Morvan la mort barbare.

Variation : Constanza Aguirre/Diego Rivera ("Triomphe de la Révolution", 1926).

Vous et nous, soyons des totems, mes frères,
Des totems vivant, des totems bramant.
Notre brame soit la vie qui espère,
La charpie qui s’assemble en dur diamant.
Dans l’âme à jamais des bêtes de verre
Vibrent de l’appel qui vient des chamans.
Appel révulsant, révolutionnaire,
À devenir, de l’amour, les amants,
À dire oui mais tout en disant non.
Pour la liberté, contre les canons.
Au nom d’Hilarion, au nom de Morvan,
Au nom du respect de La Réunion.

Variation : Cau Gomez/Russ Mills.

Chantez, roulérs, chantez, bobres, chantez,
Caïambs, chantez, danseurs de maloya,
D’Hilarion et Morvan la mort féroce.

"Marine bleue, effet de vagues", Georges Lacombe, 1893.

Que tous puissent entendre la complainte
Des deux pulvérisés, des deux martyrs,
Saint Hilarion, saint Morvan, dans l’étreinte
Du canon, qu’il est impossible à dire,
Mais que l’on peut chanter, plainte sur plainte,
En répondant par la musique aux tirs.
Allons, chantons, n’ayons aucune crainte,
Nulle explosion ne peut anéantir
Morvan le fort ni le bel Hilarion
Une deuxième fois, car la chanson,
Notre chanson si sacrée et si sainte,
Les rend sublimes pour La Réunion.

Variation : Mary L./7 Lames la Mer.

Hurlez, criez, pleurez, sifflez, bramez,
Chantez, roulérs, caïambs, bobres, danseurs
De maloya, d’Hilarion et Morvan
La mort cruelle, indigne, abjecte, immonde,
Barbare, féroce, ô sublime chant !

Patrick Quillier

Pour en savoir plus sur les circonstances de la mort de Morvan et Hilarion et sur l’histoire de l’esclavage à l’île de La Réunion :

« Révoltes à Bourbon : de la gueule du canon à l’île de l’horizon », un dossier de l’historien, Jean-François Géraud.

Exécution des révoltés. Source : mi-aime-a-ou.com.

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