Categories

7 au hasard 4 mars 2016 : Un siècle sépare ces deux photos - 14 janvier 2014 : Changement d’air(e) ? - 19 décembre 2014 : Esclavage et amour : lété pas doux ! - 20 janvier 2014 : La statue de Mère Thérésa détruite - 8 novembre 2014 : Sita jeté aux lions…et après ? - 20 janvier 2015 : Lassana Bathily : héros... mais pas « Monsieur » ? - 16 avril 2016 : Ces quatre-là se sont levés et le son... la krazé - 4 janvier 2016 : Le nazisme, une idée neuve ? - 10 juin 2014 : Comment Joseph Sinimalé entortille les gens… - 12 novembre 2013 : L’invitation à la déconstruction coloniale -

Accueil > Domin lé dan nout dé min > Tribunes Libres > La longue marche du maloya

Tribune Libre

La longue marche du maloya

1er octobre 2013
Brigitte Croisier
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

1er octobre 2009, le maloya réunionnais a été inscrit au Patrimoine immatériel de l’Unesco. Cela pourrait être l’occasion de mieux connaître le passé récent et de le transmettre le plus exactement possible. Car souvent la mémoire est faite… d’oublis, volontaires ou non.


La mémoire est faite… d’oublis, volontaires ou non...
En particulier, on entend souvent que le maloya était interdit jusqu’en 1981, date associée à l’élection du Président François Mitterrand. Or la longue marche du maloya remonte plus loin dans le temps et a réuni de multiples acteurs.

Le terme de « patrimoine » prend ici tout son sens : c’est l’héritage des pères. Dans le cas du maloya, c’est l’héritage de ceux à qui, justement, on a le plus souvent dénié le rôle de père en niant leur humanité. Et pourtant paroles, musiques, rites, symboles ont été mis en œuvre et transmis, malgré tout, constituant ainsi une culture de la résistance.

Derrière le rideau de cannes...

Alors, c’est vrai que le maloya n’eut pas droit de cité pendant très longtemps, qu’il n’était pas visible sur la scène officielle, mais il existait, il assurait le lien entre les vivants, il les rassemblait dans la conscience d’un sort commun partagé. Il assurait aussi le lien entre les vivants et les ancêtres. Il n’était pas en représentation, il était présent.

Ainsi, au milieu des années 70, un journaliste poète, Alain Lorraine, accompagné du Père Christian Fontaine et de militants communistes est allé voir « derrière le rideau de cannes », plus précisément dans le Sud de l’île, à la Ligne Paradis, à la Ligne des Bambous, à Bois d’Olives, entre autres. Découverte bouleversante de ce qu’il appellera « la culture de la nuit », celle qui s’est fortifiée dans le « fénoir » et qui révèle le « fait noir ». Il a alors raconté ce qu’il avait vu et éprouvé. Il a analysé ce phénomène en lui donnant le sens d’une contre-culture contestataire et populaire. (Témoignage Chrétien de La Réunion - n° 98, 1er-31 janvier 1975)

(…) Ecoute bien nos voix dans la nuit
Au grand couchant du mensonge
Avec notre blues notre musique en cuivre
Et notre tam-tam
Nous quittons l’arrière-cour esclavage
Et nous arrivons en face de la lumière
Tam-tam de la misère.
(Pays-Maloya, extraits, Alain Lorraine)

Et l’année suivante, en 1976, sont pressés à Paris deux 33 tours : « Firmin Viry, le maloya » et « Peuple de la Réunion, peuple du maloya », avec la troupe « Résistance », la troupe Gaston Hoareau et la troupe René Viry. Au dos du 1er vinyle un long texte sur la genèse du maloya où un ami a reconnu le style d’Alain Lorraine, ce que confirme Yves Van der Ecken, militant alors dans l’UGTRF (Union Générale des Travailleurs Réunionnais en France). Ces 33 tours avaient été enregistrés lors du IVème Congrès du PCR, en août 1976, au Port. Ils ont été diffusés à La Réunion et en France.

« L’opéra de tout un peuple »

A partir du moment où circulent des disques, le maloya n’est donc plus clandestin. Le maloya se manifestait même ici ou là lors de visites de certains politiques. Ou encore dans des soirées dansantes du samedi soir, malgré quelques réticences et cela avant 1981. Et combien de groupes culturels ont porté cette musique, l’ont mise en l’air ? Et comment ne pas penser tout particulièrement à Dédé Lansor qui vient de nous quitter en nous laissant le cadeau de sa poésie ?

Dédé Lansor, lors d’un hommage au cimetière du Père Lafosse (Le Gol, Saint-Louis), 31 octobre 2012. Avec Sully Fontaine et Arsène Cataye. Photo : 7 Lames la Mer -

Le 1er octobre 2009 a constitué une autre étape en donnant une dimension internationale à cette expression populaire, qu’Alain Lorraine jugeait être « l’opéra de tout un peuple » (La Réunion de mille parts) . Là encore, il ne faudrait pas oublier que l’initiative heureuse en revient à l’équipe de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise.

On a trop tendance à attribuer tel ou tel mérite à des personnages officiels, à des représentants institutionnels, aux « people » finalement. Et on oublie celles et ceux qui ont travaillé et créé, jour après jour, nuit après nuit. On oublie celles et ceux qui ont relevé la tête et qui ont tenu bon. Le patrimoine réunionnais, c’est là même qu’il s’est forgé et transmis. Honneur et respect à ces femmes et à ces hommes !

Brigitte Croisier

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter