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La litote et le poisson crevé

29 mars 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Les poissons au cours indolent meurent-ils de canicule sous-marine ? Faut-il parler de nutriment, ou dire merde dans l’eau ?

Photo : IPR

Sous le soleil de mars, la mer serait devenue une étuve, où les poissons meurent au terme de « nages indolentes » — formule baudelairienne issue des rapports scientifiques.

C’était là, tout au moins, la première interprétation, largement médiatisée, de la vague de décès qui, depuis quelques semaines, met ventre en l’air bourses, cardinaux et, paraît-il, de plus gros poissons, au-delà même de la ceinture des lagons de l’Ouest.

Les études un peu plus fouillées, révélées ce jour par les services de l’État, écartent la thèse de la mort par canicule de ces « individus » (sic) à nageoires et écailles : le tueur invisible serait un streptocoque, déjà responsable, rapportent les scientifiques, de la mort de poissons au quatre coins du monde : La Barbade (1999), Bahreïn (2011). La bactérie, qui ne serait pas — dit-on, avec tout de même quelques réserves — dangereuse pour l’homme, avait déjà frappé La Réunion en 2000 et en 2002.

La nappe de pollution qui part de Bois-Blanc vers l’Étang-Salé a atteint aujourd’hui une étendue jamais vue. Photo : PMC

Un agent qui se développerait dans un milieu rendu propice par la chaleur, mais aussi du fait de la « baisse du taux d’oxygène dans l’eau » et du « niveau élevé en nutriments, notamment en azote et en phosphore ». Une formule aux allures de litote, pour éviter de dire « pollution » ? C’est ce que pourraient laisser penser plusieurs précédents, localisés dans le Golfe persique, qui montrent des coïncidences pour le moins régulières entre la pollution des eaux et l’apparition du fameux streptococcus iniae, en cause dans nos lagons.

L’hypothèse n’a pourtant pas l’air de préoccuper outre mesure la Réserve marine… pas plus que les rejets de « nutriments » couleur caca à Bois-Blanc, régulièrement signalés tant par les usagers que par nous-mêmes, dont la nappe atteint aujourd’hui une étendue record…

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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