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Un porte-avions 100% made in India

La guerre de l’océan Indien aura-t-elle lieu ?

14 août 2013
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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En 1971, l’ONU déclare l’Océan Indien « zone de paix » (résolution 2832)... En vain. Aujourd’hui, les grande puissances mondiales — USA en tête — ont transformé les 75 millions de km2 de notre océan, en un théâtre permanent de coopération militaire active. De la coopération à la concurrence et de la concurrence à l’affrontement, il y a peu de distances et les stratégies se multiplient afin de créer de nouveaux équilibres. Ainsi l’Inde vient-elle de rejoindre le cercle restreint des pays capables de concevoir et de construire leurs propres porte-avions : Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France. Un signal fort lancé à sa rivale : la Chine.

Il y a deux jours, le 12 août, l’« INS Vikrant [1] », bâtiment de 260 mètres de long pour 60 de large, a été inauguré fastueusement dans le sud de l’Inde, avec deux ans de retard et après huit années de travaux.

« Un pas de géant », selon le premier ministre, Manmohan Singh, même si le porte-avions n’est pour l’instant qu’une coquille vide qui reste à équiper. Il devra encore subir une batterie de tests et ne sera pas opérationnel avant fin 2018. Mais dans la perspective des élections législatives qui se dérouleront en 2014, il était judicieux pour les autorités indiennes de faire la démonstration des avancées militaires du pays et ainsi de renforcer, voire de provoquer, une fierté nationale susceptible de se traduire dans les urnes…

Un pont grand comme deux terrains de foot

Ajoutons à cela le contexte de compétition avec Pékin sur le bassin océan Indien et l’on comprend aisément pourquoi — alors que la Chine a mis en service le porte-avions « Liaoning » il y a moins d’un an, fabriqué à partir d’une coque made in ex-URSS — l’Inde avait à coeur, en procédant à l’inauguration du « INS Vikrant », d’affirmer son statut de puissance émergente de premier plan.

Construit par les chantiers Cochin Shipyard Ltd (CSL) dans le sud du pays pour 5 milliards de dollars, le bâtiment « INS Vikrant » pourra embarquer jusqu’à 36 avions. Avec ses 40.000 tonnes et un pont grand comme deux terrains de football, son gabarit est comparable à celui du « Charles de Gaulle », la propulsion nucléaire en moins. Quoi qu’il en soit, il ouvre effectivement à l’Inde les portes du très sélectif club des puissances capables de concevoir et de réaliser leurs propres porte-avions : Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France.

INS Vikrant

Alors qu’elle n’était équipée que d’un seul porte-avions britannique vieux de 60 ans, l’Inde conforte ainsi sa position de force émergente dans le contexte de compétition commerciale, économique et militaire qui orchestre les échanges au coeur de l’océan Indien, vers lequel convergent les intérêts des grandes puissances mondiales, Etats-Unis en tête. Parallèlement, New Delhi a annoncé que son premier sous-marin nucléaire, lui aussi « made in India », était prêt à aborder la phase des essais.

Des bénéfices pour la France...

La capitale indienne envisage par ailleurs l’achat d’avions de combat « Rafale » auprès de « Dassault aviation ». Information confirmée, au début de ce mois, sur Europe 1 par Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense français qui espère ainsi des bénéfices intéressants pour la France : « Il y a des pays qui sont aujourd’hui tout à fait intéressés par l’achat de « Rafale », je pense en particulier à l’Inde, au Qatar, d’autres pays, et je suis très confiant sur les capacités d’exportation du « Rafale » dans les mois qui viennent ».

Enfin, l’Inde ne compte pas s’arrêter là puisqu’elle prévoit à terme, de s’équiper de quatre porte-avions au total. A l’« INS Vikrant », s’ajouteraient un bâtiment russe — de 26 ans — acheté en 2004, un « INS Vishal » de 60.000 tonnes 100% « made in India » prévu pour 2025 et un 4ème navire qui reste pour l’heure hypothétique. A.K. Antony, ministre indien de la Défense, a d’ailleurs été sans ambiguïté : « Nous devons continuer de renforcer les capacités de défense de nos intérêts maritimes ».

L’Inde entend donc moderniser et déployer son arsenal et par là même sa crédibilité. Elle envoie ainsi un signal fort à la communauté internationale, signal destiné surtout à sa rivale, la Chine. Et tandis que les Indiens s’illustrent dans une forme de coopération militaire avec le Vietnam « en tension permanente avec Pékin », la Chine intensifie son activité dans la zone Océan Indien, afin notamment de sécuriser les routes maritimes de son approvisionnement énergétique. A titre d’exemple, elle s’implique dans le développement des ports pakistanais de Karachi et de Gwadar dont pour le dernier elle assure désormais la gestion.

Le collier de perles

La présence chinoise dans l’océan Indien se matérialise de plus par ce que l’on appelle le « collier de perles », image poétique pour une réalité qui l’est moins puisqu’il s’agit en l’occurrence d’une stratégie d’influence sur tout le pourtour de l’océan Indien, stratégie dont les objectifs militaires sont sous-jacents. Bref Inde et Chine entretiennent des relations aux accents guerriers même si dans le cadre du forum des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine Afrique du Sud), elles sont amenées à trouver des terrains ponctuels de coopération.

Il n’en demeure pas moins que l’Inde ne veut pas laisser à la superpuissance chinoise l’océan qui porte son nom. Les tensions demeurent vives entre les deux géants démographiques ; en février, Frédéric Bobin, journaliste au Monde posait, en des termes malheureusement stéréotypés, une question néanmoins pertinente : « Est-il encore temps d’éviter le grand télescopage à venir entre le dragon et l’éléphant ? »

Sous domination des puissances extérieures

Sur l’échiquier de l’océan Indien dont les surfaces stratégiques sont sous l’oeil des drones américains, ceux qui mènent le jeu militaire sont incontestablement... les Etats-Unis — et leurs partenaires historiques que sont la France et la Grande Bretagne — forts entre autre de la base sophistiquée qu’ils ont installée dans l’archipel des Chagos, à Diego Garcia (lire à ce sujet les articles dont les liens se trouvent ci-dessous).

Face à cette hégémonie, les pays riverains de l’océan Indien, notamment les pays émergents — Inde, Afrique du Sud, Australie — n’ont jamais été en position de constituer une force cohérente à travers un front commun. La thalassocratie américaine règne pour ainsi dire sans partage sur cette aire par laquelle transite la plus grande partie des flux pétroliers et qui est, aussi, sans conteste, le bassin de l’Islam. La France et l’Angleterre y conservent une influence certaine ; ainsi, les routes maritimes qui traversent cet océan restent donc sous domination des puissances extérieures.

L’espoir d’un monde de paix ?

Dans cet espace de 75 millions de km2 parsemé de bases militaires, croisent et se croisent des ­avions de surveillance, des bombardiers, des flottes multinationales, des bâtiments de guerre, des porte-avions, des patrouilleurs, des navires commerciaux surarmés, des embarcations liées à la piraterie... Américains, Français, Britanniques, Indiens, Russes, Japonais, Australiens, Coréens, Chinois, etc.

Chaque jour qui passe éloigne la réalité de la « zone de paix » souhaitée par la résolution 2832 de l’ONU. Faut-il le déplorer ? Oui, si cette militarisation croissante demeure le fait d’auxiliaires de la puissance états-unienne. Non, si elle traduit l’essor du multi-latéralisme qui, bien plus que les voeux pieux, porte l’espoir d’un monde de paix.

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1INS : Indian Navy Ship. Vikrant vient du sanskrit « vikraanta », qui signifie puissance, courage.

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