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Vu au théâtre

La grande saga de la Françafrique

14 mai 2014
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Mais que se passe-t-il au Centre Dramatique de l’Océan Indien ? Ils veulent se faire fermer la boutique par le Préfet ou quoi ? Mardi 13 mai 2014, sur scène un spectacle tout à fait inattendu...

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Deux énergumènes en blanc, coiffés au bol années 70, ringards à souhait nous narrent (à 95 % l’acteur Jérôme Colloud) les pires dérapages de la politique française en Afrique après 1958, de l’épisode Sékou Touré en passant par le Biafra, l’élimination de Thomas Sankara (deux dans la salle connaissaient son nom), le joyeux épisode camerounais à ce jour ignoré (200.000 morts, avec extermination de tous ceux qui savaient lire et écrire), Elf Gabon, Bob Denard, le Rwanda, le savoureux discours de Dakar d’un Sarko à l’accent chinois, etc.

Dommage, rien sur nous et Madagascar 1947. Une très forte odeur de pétrole, d’uranium, de cacao, de téléphone portable, d’Orange, de Bouygues, de Dassault et Bolloré. N’en jetez plus ! Il manque l’épisode trop récent du Mali et de la Centrafrique : vous remarquerez que le seul résultat tangible à ce jour de Hollande est la guerre coloniale. Lui, un mollasson ? Vous voulez rire. La canonnière, une affaire de gauche !

Plus qu’un one man show, cette « saga » est un vrai spectacle de théâtre. Un micro-cravate, une bande son rodée et puissante, une caisse en bois et quelques accessoires permettent à l’acteur d’occuper le terrain et de se mettre en scène avec astuce et imagination. Il sait chanter, danser, mimer, jouer de l’accordéon. Avec de nombreux « va et vient » dans le public.

De Gaulle ? Il suffit au comédien de lever un bras et on y est. Mitterrand ? Une voiture d’handicapé (en 1994, pendant l’opération Turquoise il était mourant) et on comprend, Bob Denard en efféminé à la voix juvénile ? Là, on se demande... Bon, on ne connait pas tout. L’inénarrable Foccart est parfait, une sorte de vampire génie du mal tout à fait plaisant. Les références aux jeux vidéo, aux films d’horreur et de super héros sont bien vues et font « jeune ». Ça roule ma poule.

Mais soudain, pourquoi le malaise ? Parce que le public réunionnais est impliqué jusqu’au cou dans l’affaire. Parce que le texte dit sur scène à un moment donné : mieux vaut vivre pauvre et libre que riche et colonisé. Silence glacé. Parce qu’on voit bien que la moitié des spectateurs, ignare depuis l’école, ne se sent pas concernée et n’y comprend rien et que l’autre moitié, debréïste, départementaliste et férocement contre toute indépendance, est d’accord pour tresser des lauriers à Foccart. Tout à fait prête à reprocher à Madagascar et aux Comores leur indépendance alors qu’eux ne l’ont pas saisie : voyez où vous en êtes, vous les Africains, vous auriez dû faire comme nous, courber la tête et dire merci. Et pleins de rapatriés revanchards d’Algérie et de Madagascar sont dans la salle, prêts à bondir de leur fauteuil rouge et coiffer leur casque de liège.

Disons-le tout net, ce gaillard public est également colonisé-colonisateur et se sent d’attaque pour envahir le continent d’en face une troisième fois.

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