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« La casa de papel » : coup de cœur 2018 de 7 Lames

30 décembre 2018
7 Lames la Mer
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« Je m’appelle Tokyo mais ce n’était pas mon nom quand toute cette histoire a commencé ». Dès la première seconde, « La casa de papel » vous kidnappe pour ne plus vous lâcher. « On va voler le temps si précieux de la police »...

— C’est qui le mec avec la moustache ?
— C’est Dali.

Petit chef d’œuvre qui n’a rien à envier aux Américains


« Otages, pour votre sécurité, reculez de trois pas ! »

À « 7 Lames la Mer », nous ne sommes pas fans de télévision, ni de séries TV, si ce n’est la collection des vieux « Colombo » ; mais voilà, les intrigues de l’inspecteur à l’œil de verre n’ont plus de mystère pour nous. Et la vie a besoin de mystère pour quitter les « mornes plaines » du quotidien.

« La vitesse d’une balle de M16 est de 3510 km/heure ».

Alors parfois, le hasard vous plante face au petit écran et vous n’en décollez plus pour cause de soudaine addiction à une série TV. Et pas une série américaine. Non ! Là, il s’agit d’une série TV espagnole : « La casa de papel » [La maison de papier - visible notamment sur Netflix]. Un petit chef d’œuvre qui n’a franchement rien à envier aux Américains !

Úrsula Corbero dans le rôle de "Tokyo".

Critère fondamental : les premières secondes


« Il est bien trop calme pour être malade »...

Séries TV, films ou bouquins, nous retenons un critère fondamental : les premières secondes/minutes, les premières images/paroles, les premières phrases/lignes doivent nous percuter, nous bousculer et nous plonger immédiatement dans l’atmosphère de l’œuvre. Nous exfiltrer des mornes plaines.

« Je m’appelle Tokyo mais ce n’était pas mon nom quand toute cette histoire a commencé ».

Dans ce domaine, le plus célèbre incipit reste : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » [1]. Un autre exemple d’incipit qui projette le lecteur directement dans le sujet : « En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte » [2].

« Dites-leur que je ne ressens plus rien et qu’ils peuvent venir pour me buter, je les attends ». Tokyo, interprétée par Úrsula Corberó.

« La casa de papel » : 5 mois pour préparer le braquage du siècle


« Qu’est ce que c’est que ce merdier ? »

Du rouge sur l’écran et une arme pointée vers l’œil de la caméra. Dès les premières secondes, « La casa de papel » d’Alex Pina happe l’attention. Rapide et furieusement efficace. « On va vivre ici à l’écart de la folie du Monde ». Cinq mois pour préparer le braquage du siècle.

« C’est qui le mec avec la moustache ? C’est Dali ».

Les braquages à l’écran [cinéma ou séries TV] sont aussi nombreux que les moutons dans le pré de Panurge et comme eux, ils tombent souvent à l’eau ou finissent en eau de boudin [3]. Mais avec « La casa de papel », il y a un “Professeur”. « Sur ce braquage, il y a un cerveau et c’est pas le nôtre ».

« Ce qui me donne la pêche, c’est le sirtaki grec ».
Le Professeur, interprété par Alvaro Morte.

Au milieu du chaos et des armes, dans une bulle temporelle


« Personne ne tire, c’est bien clair ? »

Le braquage de « La casa de papel » est un modèle d’origami, émaillé de flash-back retraçant un « premier » huis clos et parsemé d’humour. Le metteur en scène Alex Pina a construit certains plans comme de véritables tableaux [couleurs, perspectives, composition, etc.], à la manière d’une chorégraphie minutieusement orchestrée et appuyée par une puissante bande-son, jouant du travelling entre les personnages et les lignes fuyantes et monumentales de l’architecture du lieu : la fabrique nationale de la monnaie et du timbre. « L’agneau vient juste d’entrer »...

« Au milieu du chaos et des armes, je me suis souvenue que la veille on m’avait fait une demande en mariage ».

Si le scénario ne laisse pas une seconde de répit — ou à peine —, ce qui fascine véritablement dans cette série TV espagnole, c’est la psychologie et l’évolution des personnages, englués dans un long huis clos — « On était comme dans une bulle temporelle »... — où la marge entre braqueurs et otages devient peu à peu floue et poreuse [4].

Au premier plan, l’acteur Enrique Arce, excellent dans le rôle d’Arturo.

« Tu ne sais pas viser ? »


« Allez ! Venez les baraqués ! »

Fait remarquable, les personnages principaux sont nombreux — le Professeur [Alvaro Morte], Tokyo [Ursula Corbero], Berlin [Pedro Alonso], Nairobi [Alba Flores], Rio [Miguel Herran], Arturo [Enrique Arce], Monica [Esther Acebo], Denver [Jaime Lorente], Moscou [Paco Tous], Raquel [Itziar Ituno], etc. — et tous interprétés par des acteurs de grand talent.

« Tu ne sais pas viser ou ce sont les blondes qui te rendent nerveux ? »

Le format de la série TV — la première saison se compose de 13 épisodes de 50 mn, la seconde de 6 épisodes, la troisième saison sort en 2019 — permet effectivement de développer la psychologie, parfois complexe, des différents personnages et de leur donner à tous une véritable épaisseur et un parcours singulier tout au long de l’histoire.

Somptueuse Alba Flores dans le rôle de "Nairobi" : « Que l’ère du matriarcat commence » !

Alba Flores, naissance d’une diva


« Désormais, il y aura une organisation à respecter ».

Autre fait remarquable : Alex Pina attribue aux femmes des places de premier plan dans la distribution. La fascinante Tokyo, qui semble sortie d’un manga, interprétée par Úrsula Corberó [avec les scènes désormais cultes de sa « sortie » de la fabrique et de son retour rocambolesque et tant pis pour ceux qui prônent le réalisme là où l’on n’attend que des palpitations], mais aussi l’excellente Nairobi incarnée par Alba Flores.

Avec Alba Flores, on assiste véritablement à la naissance d’une artiste de la trempe d’une diva. Beauté atypique, chevelure et regard noirs, débordante d’énergie, la voix un brin éraillée, elle sait tout faire : jouer, danser, chanter. Ensorceler !

Il faut la découvrir dans la série TV — elle aussi addictive — du même Alex Pina, « Vis à vis » [titre original : « Locked up ». Titre français : « Derrière les barreaux ».] où elle campe une envoutante détenue homosexuelle, rôle qui lui a valu à juste titre d’être distinguée en 2015 comme la « Meilleure interprète féminine de fiction » des « Ondas Awards ».

Alba Flores, magistrale, incarne Saray
dans "Vis à vis" d’Alex Pina.

Les processus de métamorphose selon Alex Pina


N’en doutons pas : Alba Flores est sur la voie qui mène au statut de monstre sacré. Sa simple apparition à l’écran — même au second plan — cristallise tous les regards. Et pour peu qu’elle se mette à chanter [voir « Vis à vis »], la magie opère.

« C’est pas une exécution, c’est une bagarre, passez-moi la fabrique ! »

Quant à l’inspectrice, Raquel Murillo — avec son crayon retenant ses cheveux —, elle est magistralement interprétée par Itziar Ituno, personnage déroutant qui démarre doucement sur une partition classique pour gagner au fur et à mesure en intensité.

Alex Pina utilise à merveille le format « série TV » pour amorcer, par petites touches, le processus de métamorphose de ses personnages. Ce processus est particulièrement efficace en ce qui concerne la montée en puissance de Raquel Murillo mais aussi celle de Denver ou encore celle de Monica.

Alba Flores (Nairobi) et Úrsula Corberó (Tokyo) dans "La casa de papel".

« Bella ciao » : le Professeur et Berlin lèvent leurs verres


« Condor 3, cessez le feu ».

L’intrigue s’enroule autour du braquage vu au prisme de trois groupes : les braqueurs, les otages et les forces de police. Un homme fait le lien en dominant/manipulant les autres : le professeur, personnage ambigu, insondable, méticuleux. Un autre personnage se démarque : le cynique Berlin.

« La vie du Professeur reposait entièrement sur un idéal : résistance ».

A la fin de la première saison, le Professeur et Berlin entament un « Bella ciao » d’anthologie et lèvent leurs verres à la réussite du plan.

« Soit j’envoie les chars, soit nous prenons un café ensemble ». L’inspectrice Raquel Murillo, interprétée par Itziar Ituño. Tokyo en arrière-plan.

« Ô ! partisan emporte-moi »

Un matin, je me suis réveillé
Et l’envahisseur était là.
Ô ! partisan emporte-moi
Ô ma belle au revoir...

« La séance est terminée ! », déclare l’inspectrice, Raquel Murillo, à la fin de la première saison... Mais la deuxième saison de « La casa de papel » lui donnera tort pour notre plus grand plaisir. Et l’on se surprend à compter les jours en attendant la troisième saison prévue pour l’année 2019 et qui verra notamment l’arrivée de l’actrice Najwa Nimri, qui interprète un personnage sombre et fascinant dans « Vis à Vis » : Zulema.

Que viva Alex Pina !

7 Lames la Mer

Najwa Nimri, ici dans « Vis à Vis ».
Bientôt dans « La casa de papel ».

Alex Pina, réalisateur espagnol.
Ici dans un des décors de "Vis à vis".

« Fais pas de conneries Berlin, on n’est pas dans un film de Tarentino ». Denver, interprété par Jaime Lorente, et Berlin interprété par Pedro Alonso.

Helsinki, interprété par Darko Peric.

« Qu’est ce que c’est que ce merdier ? »

Berlin, interprété par Pedro Alonso.


7 Lames la Mer

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Notes

[1« Du côté de chez Swann » [1913], tome 1 de « À la recherche du temps perdu », Marcel Proust.

[2« La métamorphose », Franz Kafka [1915].

[3Quelques exemples de chefs-d’œuvre de braquages au cinéma :

  • « Un après-midi de chien », de Sidney Lumet, avec Al Pacino, 1975.
  • « Mélodie en sous-sol », d’Henri Verneuil avec Jean Gabin, Alain Delon, 1963
  • « Reservoir Dogs », de Quentin Tarantino, avec Harvey Keitel, Tim Roth, Michael Madsen, 1992.
  • « Ocean’s Eleven », de Steven Soderbergh avec George Clooney, Brad Pitt, Julia Roberts, 2001.
  • « Insaisissables », de Louis Leterrier, avec Jesse Eisenberg, Mark Ruffalo, 2023.
  • « Inside man », de Spike Lee, avec Denzel Washington, Clive Owen, 2006 [qui présente quelques similitudes avec La casa de papel].
  • « Le Clan des Siciliens », d’Henri Verneuil, avec Jean Gabin, Alain Delon, Lino Ventura, 1969.
  • etc...

[4Syndrome de Stockholm.

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