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20 octobre 1854

La bohème créole de Rimbaud : invitation au vavangage

20 octobre 2018
7 Lames la Mer, Arthur Rimbaud, Jean-Claude Legros
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  Sommaire  

« Ma bohème » d’Arthur Rimbaud en créole réunionnais, cela donne « Vavangage ». Une invitation au voyage sur le mode « fugue de mineur »... Hommage au poète né le 20 octobre 1854.

1) Arthur Rimbaud, 17 ans. Portrait photographique, Etienne Carjat, 1871. ©Musée Arthur Rimbaud, Ville de Charleville-Mézières.
2) Oeuvre d’Ernest Pignon-Ernest.

Cette photo a bien failli ne jamais arriver jusqu’à nous...


Ce célèbre portrait d’Arthur Rimbaud à 17 ans est l’œuvre du photographe Étienne Carjat (1828-1906). Déclinée sur tous les supports imaginables —couvertures de livres, cartes postales, affiches, art urbain, pochoirs, coques pour smartphone, tee-shirts, tasses, porte-clés, coussins... — cette célèbre photo, entrée dans l’iconographie populaire, a pourtant bien failli ne jamais arriver jusqu’à nous...

« Carjat a malheureusement détruit les plaques originelles pour se venger d’un affront public — une attaque à la canne-épée — que lui avait fait subir le jeune poète », apprend-on dans un livret du « Musée Arthur Rimbaud » de Charleville-Mézières.

Arthur Rimbaud par Paul Verlaine.

« 17 ans, l’âge des espérances et des chimères »


1870 est une année importante dans le cheminement rimbaldien. Arthur a 16 ans. Au mois de mai, il rédige une lettre à Théodore de Banville : « j’ai presque 17 ans, l’âge des espérances et des chimères »... Il nourrissait une profonde admiration pour les Parnassiens.

Il a 16 ans lorsqu’il écrit « Ma bohème ». C’est aussi à 16 ans qu’il fugue pour la première fois, le 29 août 1870. « Il veut aller à Paris. Est arrêté à la gare et ramené de force chez lui. Il réessaie autant de fois qu’il faut pour atteindre enfin la capitale » [1].

Musée Arthur Rimbaud, Charleville-Mézières. Photo : Jean-Claude Legros.

Hommage à Rimbaud en créole réunionnais


Selon une autre source [2], au cours d’une de ses fugues vers Paris, le jeune poète est arrêté à la descente du train pour « défaut de paiement du billet sur l’intégralité du parcours. Il fut consigné à [la prison de] Mazas. Au bout de huit jours de prison, il appela son maître Georges Izambard au secours. Libéré, il se rendit à Douai auprès de son sauveur »...

À la différence de Baudelaire, Rimbaud n’a pas foulé le sol réunionnais. C’est pourtant indirectement de cette île de l’océan Indien qu’il tirera une partie de l’inspiration pour l’écriture de son « Bateau ivre » [3]. Et c’est en créole réunionnais que nous lui rendons hommage à travers une traduction de « Ma bohème » par Jean-Claude Legros : invitation au « Vavangage »...

7 Lames la Mer


"Ma Bohème" par Jean-Paul Surin.

 Vavangage

Et moin té sar vangué, mon main dann poche percé
Jusqu’à mon vesse paletot té ressanm pu rien
Mais reusement ou té là, ô Muse, pou guide amoin
Toute qualité l’amour moin la connu rêvé !

Cabaye té boutonne pu, mon culotte té troué
Comme inn Ti-Jean poète, moin té fane dann chemin
Mon bann rime. Moin té dort l’hôtel la Voie Lactée
En-l’air là-bas dann ciel, zétoile té veille su moin.

Et le soir en septanm, assise su le bord la route
Moin té écoute la nuite. Moin té sent deux-trois goutte
La rosée su mon front comme in lespèce liqueur.

Dann fénoir, dann clair-de-lune, mon rime té vagabond
Comme su la corde in bobe, moin té tape sul cordon
Mon soulier casse-cassé, in pied côté mon coeur.

Adapté par Jean-Claude Legros en créole réunionnais
d’après « Ma bohème » d’Arthur Rimbaud

Oeuvre de Deborah chock. deborahchock.com.


 Ma bohème

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

Arthur Rimbaud, 16 ans
Écrit en 1870


7 Lames la Mer

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Notes

[1Livret du « Musée Arthur Rimbaud » de Charleville-Mézières.

[2« Rimbaud, l’oeuvre intégrale manuscrite », édition établie et commentée par Claude Jeancolas (Textuel).

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