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Enjeux stratégiques

L’OTAN s’installe à Djibouti

29 septembre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Le processus de militarisation de l’ex-colonie française de Djibouti s’intensifie, avec l’installation d’un « Bureau de représentation » de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.

Le Président de Djibouti, Ismail Omar Guelleh, et le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen. Source : OTAN

C’est dans le cadre de l’opération « Ocean Shield » [1], destinée à contrer la piraterie d’origine somalienne, que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ouvrira prochainement une représentation à Djibouti, annonce son commandement par le biais d’un communiqué. Cette installation s’inscrit dans la négociation d’un accord entre l’Etat djiboutien et l’OTAN. Son secrétaire général, le général Anders Fogh Rasmussen, s’est félicité de la « coopération de l’Etat djiboutien à la lutte contre la piraterie », lors de la visite, le 16 septembre dernier, du Président djiboutien au siège de l’Organisation. « Nous nous accordons quant à la nécessité d’efforts continus pour stabiliser le pays, tant sur le plan politique que sur celui de la sécurité », a déclaré le Danois, ajoutant que « c’est sur terre, et non dans les mers, que se trouvent les racines de la piraterie ».

Français, Américains et Japonais

Ce nouveau « partenariat » accroît encore la militarisation du petit territoire de 23.000 kilomètres carrés. Outre les importantes installations qu’y entretient la France — dont le pays est indépendant depuis 1977 — ce territoire stratégiquement situé à l’orée de la Mer Rouge et de l’Océan indien accueille, depuis 2003, à Camp Lemonnier, la seule base américaine en Afrique sub-saharienne. Il héberge aussi l’unique établissement militaire des forces nippones dites d’« autodéfense », situé hors des frontières japonaises, inauguré en 2011. De petits contingents allemands et italiens sont également présents.

Déconnecté de l’évolution réelle de la menace pirate — en forte régression depuis plus d’un an —, ce nouveau déploiement de la présence militaire occidentale s’inscrit dans un cadre marqué par une déstabilisation géopolitique croissante de la zone, ainsi que par la montée des antagonismes entre grandes puissances dans un Océan Indien encore dominé par l’influence américaine. En 2010, le Président Gelleh sollicitait les Etats-Unis d’Amérique en vue d’obtenir une aide accrue contre les terroristes Shebab somaliens et de contrer les ambitions de l’Erythrée voisine. Une requête favorablement relayée par les ambassadeurs américains, qui soulignent alors le caractère « prédateur » du voisin érythréen, engagé dans plusieurs conflits avec la République de Djibouti depuis 1996, invoquent les faibles crédits jusque-là accordés au petit Etat dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, et recommandent notamment une assistance militaire et politique accrue.

Retour des Russes ?

Trois ans plus tard, l’intensification de l’activité des Shebab — auteurs revendiqués du récent attentat de Nairobi — semble aller dans le sens des craintes de la Présidence djiboutienne. Mais sans doute aussi l’installation de l’OTAN, prélude, selon les deux parties, à une « coopération renforcée » anticipe-t-elle le retour d’une présence maritime russe dans l’Océan indien. Un redéploiement récemment évoqué par l’amiral Felix Gromov et envisagé dans le cadre du programme de réarmement maritime initié par Vladimir Poutine, sans précédent depuis la disparition de l’URSS, qui avait vu l’effondrement du pouvoir naval soviétique et sa perte d’influence dans l’espace indocéanique. Pour l’heure, le croiseur lance-missile russe Variag et son escorte, issus de la flotte russe du Pacifique, cinglent vers le Golfe d’Aden, qu’ils devraient atteindre au début du mois d’Octobre, avant de faire route vers la Syrie. « Protectrice » affirmée de l’Etat djiboutien , où elle dispose de sa plus grande base sur le continent africain, la France peine à trouver une cohérence dans cette reconfiguration des rapports de forces. Face à la montée en puissance des Etats-Unis, les autorités françaises ont enchaîné les maladresses, notamment par le maintien d’une revendication territoriale sur l’île de Doumeira, et le peu d’entrain mis à soutenir la condamnation de l’Erythrée devant les Nations-Unies. Un contexte mis à profit par la diplomatie US pour étendre son influence dans cette zone stratégique décisive, et habilement instrumenté par le Président Gelleh, dont le pouvoir inconditionnel — « il contrôle tout à 99% », déclare un diplomate français — n’est véritablement critiqué ni par Washington ni par Paris.


Sous les drones

Inscrite dans le nouveau « partenariat » signé sous la Présidence de M. Sarkozy en 2011, la présence française fait face à une logique de réduction continue, « plus sous l’effet de la contrainte budgétaire que de choix politiques clairement formulés », précise un rapport du Sénat présenté au mois de juillet dernier par MM Chevènement et Larcher. Un désagrègement qui a toute chance de se poursuivre, sous la triple impulsion des restrictions budgétaires, des alignements récurrents de la politique française sur les axes stratégiques de Washington et de la primauté continue donnée aux entreprises multinationales françaises sur les politiques de coopération. A moins d’un changement radical de la stratégie française au profit d’un monde multipolaire, pourtant souhaité par une part de l’Etat-Major lui-même, l’installation de l’OTAN à Djibouti constitue un nouveau signe de déclin de l’influence française, au profit des Etats-Unis d’Amérique. La présence américaine est pourtant mal acceptée : après avoir soutenu une grève des travailleurs djiboutiens de Camp Lemonnier contre la diminution de 50% des salaires versés par l’employeur américain, Ismaïl Omar Gelleh a, le 25 septembre dernier, exigé l’arrêt des vols de drones, suite à une série de crashes d’appareils dans le pays.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1Bouclier océanique

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