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Saint-Denis 1994

L’œil d’Omer Resic va-t-il nous ouvrir les yeux ?

10 août 2015
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Dix sérigraphies signées d’Omer Resic... et voilà l’âme de Saint-Denis mise à nu. Omer Resic, c’est l’œil extérieur qui regarde et voit pour nous.

Omer Resic nous restitue un Saint-Denis des années 1990 que nos yeux blasés ne percevaient plus. Et ne percevront plus car ce Saint-Denis-là, au patrimoine déjà bien entamé, a encore perdu de sa superbe en vingt ans.

Que reste-t-il de nos amours dionysiennes ? Des vestiges qui menacent ruine, des édifices totalement gommés du paysage et dont le souvenir s’éloigne, quelques bribes d’architecture créole qui font face à la peste du béton, de trop rares tentatives de sauvegarde, de déprimantes « reconstructions à l’identique » et une rue de Paris dont la vitrine au éléments magnifiés ne parvient pas à masquer la décrépitude qui, plus loin, gagne du terrain...

Marcher dans la ville, c’est suivre l’itinéraire des âmes perdues, celles des cases écrasées, des boutiques incendiées, des entrepôts délabrés, des chapelles abandonnées, des cantines démantelées, des portes closes ou réservées à l’administration, des balcons qui s’effritent et des lambrequins qui se délitent... Quelques belles expressions de l’architecture créole résistent encore. Heureusement. Mais pour combien de temps ? Cet état des lieux vaut pour l’ensemble de l’île, tant dans les espaces urbanisés que dans les savanes (patrimoine industriel pourrissant sur place...) ou dans les Hauts.

Né en 1933 en Bosnie [1], Omer Resic a séjourné à La Réunion de 1992 à 1998. Pendant 6 ans, il a résidé à Saint-Denis. Il a été professeur de dessin, gravure, mosaïque et sérigraphie à l’Ecole des Beaux Arts de la ville du Port.

« Après une école d’architecture, une école des arts appliqués et l’école des beaux-arts, il devient professeur d’art appliqués à Sarajevo. Il se spécialise en peinture murale à Zagreb et réalise des fresques, mosaïques et peintures murales en Yougoslavie. En 1963 il s’installe en France et expose régulièrement en groupe en France, en Belgique, Angleterre, Pologne et ex URSS. Puis il expose seul en Yougoslavie, et participe en mai au salon d’automne de Paris. [2] »

Avant de quitter le sol réunionnais, Omer Resic nous a laissé une contribution artistique dont nous percevons — surtout aujourd’hui — la portée. Un port-folio contenant dix planches sérigraphiées et réalisées au Port, dans l’atelier de Jean-Max Roustanjee. Cette oeuvre intitulée « Les rues de Saint-Denis de La Réunion » et publiée aux « Éditions Village Titan », nous replonge, 20 ans plus tard, dans magie de la ville réunionnaise, quelque peu érodée depuis par un manque d’attention chronique. Le talent d’Omer Resic se mesure alors, au delà de la technique artistique, par sa capacité évocatrice et sa charge émotionnelle. C’est un hommage à Saint-Denis. Un hommage et un témoignage sublimés par la précision du geste, qui suggère plus qu’il ne démontre.

« Aujourd’hui, j’ai un certain âge (on m’appelle « l’ancien » ou « Omero veccio » !), confie Omer Resic [3]. J’ai traversé ou vécu dans des lieux divers : Sarajevo, Belgrade, Zagreb, Vienne, Varsovie, Paris, l’île de La Réunion, les Ardennes et mon amour pour la peinture, et surtout pour la gravure, est resté le même, encouragé par les nouvelles possibilités d’expressions techniques que je mélange dans mes oeuvres ».

L’œil d’Omer Resic va-t-il nous ouvrir les yeux ?

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Ex Yougoslavie

[2Source : lechatdeuxtetes.blogspot.com

[3Source : valdardennetourisme.com

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