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Interview

L’inquiétant scaphandrier de la NRL

29 juin 2016
Geoffroy Géraud Legros
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« 7 Lames la Mer » a pu s’entretenir avec l’ancienne compagne de Joao (John) Soares, fugitif recherché par Interpol et engagé comme scaphandrier par une entreprise travaillant notamment sur le chantier de la Nouvelle Route du Littoral (NRL).

Sur sa page facebook, John Soares pose avec un fusil.

« Il m’a fallu des années pour me reconstruire », nous dit Martine Almansa, que nous avons pu joindre par téléphone cet après midi.

C’est à Marseille, au tournant du millénaire, qu’elle a rencontré Joao Soares, alors moniteur de plongée et désireux de devenir scaphandrier. C’est le coup de foudre : à la demande de son nouveau compagnon, Mme Almansa abandonne son emploi de fonctionnaire municipale et le suit en Grande-Bretagne, où Soares a trouvé à s’employer.

Là, la violence s’installe très vite au sein du couple : régulièrement humiliée devant sa fille, sans revenus, isolée et ne parlant pas anglais, Martine Almansa fait l’objet d’agressions dont la brutalité va croissant. Un jour, son compagnon tente de l’étrangler après quelle ait refusé un faux témoignage en sa faveur.

Tout bascule un soir de juillet 2003 : rentrant de sa tournée des bars, Soares découvre que sa compagne a changé un billet de 20 euros en livres sterling.

« Le frigo était vide, ma fille n’avait rien à manger ; et lui, n’avait pas l’air de s’en émouvoir », déclare notre interlocutrice, la voix tremblante. Soares dit avoir besoin de cet argent « parce qu’il se rend au Portugal ».

L’homme aime les armes et possède, entre autre, un pistolet « airsoft » transformé pour tirer de la grenaille dont il s’empare et tire sur Martine à douze reprises. Elle reçoit des plombs dans la jambe et dans le bras : certains ne pourront jamais être extraits…

Le spectacle de sa compagne, effondrée au sol, met visiblement le tireur au comble de l’énervement : « Soares hurle », se rappelle Martine Almansa, « sa moquette » est souillée de sang.

Photo page facebook de John Soares.

À l’hôpital, où il rejoint sa victime, il s’emporte contre un médecin de couleur, auquel il donne du « sale nègre ». « Il est très raciste », affirme Martine Almansa. « Avec ses amis, il parlait souvent de franchir le Channel pour “casser du Français” ». Est-il passé à l’acte ? Selon notre interlocutrice, son ami l’a un jour appelée de Calais, « où il s’était fait prendre par la police ».

« Il n’a peur de rien », poursuit-elle. Cherchant à se faire pardonner, Soares aurait même prétendu que sa compagne « s’était tiré dessus toute seule ». Mais cette fois-ci, Martine ne pardonne pas et décide de porter plainte. Mis en demeure de s’expliquer devant un tribunal britannique, Soares s’enfuit sur le continent, puis revient au Royaume-Uni.

Placé en détention provisoire, il est temporairement remis en liberté : Martine est retournée en France et l’échange de documents entre les deux parties prend du temps. Le prévenu entame alors une longue cavale qui s’est arrêtée sous nos cieux jeudi dernier ; il est condamné en son absence à 12 ans d’emprisonnement. Un jugement accueilli avec soulagement par son ex-compagne et par la fille du couple.

Revenue en France, cette dernière s’investit désormais dans le bénévolat et dit être passée par toutes les phases de la dépression — prise de poids, faiblesse extrême. « J’ai encore des crises d’angoisse lorsque je suis seule », nous confie Martine, qui craint désormais de voir l’homme échapper encore à la justice.

« Il est d’une grande intelligence et il essaie toujours de s’en sortir », s’inquiète-t-elle après avoir reçu un coup de téléphone de la police du Royaume-Uni, qui craint que l’extradition prenne du temps. Lors du premier procès de John Soares, Martine, terrifiée à l’idée de retourner au Royaume-Uni, s’était adressée par visio-conférence à la cour et à la défense de Soares.

Aujourd’hui, elle se dit prête à se rendre, s’il le faut, sur les lieux de ce qu’elle décrit comme un « long calvaire » — « non pas seulement pour moi, mais pour ma fille, et pour toutes les femmes ».

Geoffroy Géraud Legros

À lire : l’article de la BBC

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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