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Michaël Ferrier

L’infini des « Mémoires d’outre-mer »

13 juin 2018
Expédite Laope-Cerneaux
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Michaël Ferrier est un « Créole du Monde » : né en Alsace, avec des origines indiennes et mauriciennes, une enfance qui passe par Madagascar et La Réunion... Son roman, « Mémoires d’outre-mer », sorti en 2015 chez Gallimard, a reçu le prix Athéna 2017 à Saint-Pierre.


« La poétique du divers »


« Mémoires d’outre-mer », de Michaël Ferrier, sorti en 2015 chez Gallimard, est le livre qui a reçu le prix Athéna 2017 à Saint-Pierre.

Auparavant, nous n’étions sans doute pas très nombreux à La Réunion à connaître cet auteur. Et pourtant, si on parle de dernier roman, c’est qu’il y en a eu d’autres avant. Et pas seulement des romans, mais aussi des essais et des articles.

Avant Athéna, Michaël Ferrier a reçu en 2012 le Prix Edouard Glissant, pour l’ensemble de son œuvre. Ce qui veut dire que l’Université de Paris VIII qui a créé ce prix en 2002, a reconnu dans son œuvre, je cite : « la poétique du divers, le métissage et toutes les formes d’émancipation, une réflexion autour d’une poétique de la Relation, celle des imaginaires, des langues et des cultures ».


Michaël Ferrier, un « Créole du Monde »


Michaël Ferrier est ce qu’on peut appeler un « Créole du Monde » : né en Alsace, avec des origines indiennes et mauriciennes, une enfance qui passe par Madagascar et La Réunion [sa mère y est enterrée, son père y vit encore]. Lui-même vit et enseigne à Tokyo où il dirige à l’Université le groupe de recherches « Figures de l’étranger », sur les représentations de l’altérité dans les sociétés contemporaines. Avec ses origines multiples et son parcours de vie cosmopolite, on ne s’étonnera pas que Michaël Ferrier soit capable de dire son mot sur l’altérité.

On ne sera pas surpris non plus que plusieurs de ses écrits se rapportent au Japon, tant des romans que des essais, notamment plusieurs sur la catastrophe de Fukushima qu’il a vécue de près.


Une vision créolisante de la francité


Sa vision « japonisante » — si on peut se permettre ce néologisme — de la créolité, il l’a explicitée lors de la conférence inaugurale du « Kabarlire » de « Lofis la lang kréol » en avril 2018 : cela nous ouvre des horizons que l’on n’avait pas imaginés jusque là. Quand on lit ses écrits, on peut parler aussi d’une vision créolisante de la francité. Pour Ferrier, le Français de souche n’existe pas, et l’histoire de France ne peut se comprendre sans ses liens avec Madagascar, Maurice, l’Indochine, l’Inde ou La Réunion. Tout cela se trouve dans « Mémoires d’outre-Mer ».

Cet écrivain fécond ne s’arrêtera pas là : un prochain roman sortira bientôt chez Gallimard sur un thème complètement différent. Gageons que les lecteurs seront nombreux à vouloir le découvrir après « Mémoires d’outre-mer », aussi voici le titre en avant-première « François, portrait d’un absent ».


Des générations d’hommes et de femmes jetées sur les mers


Mais revenons à « Mémoires d’outre-mer » que nous avons découvert grâce au salon Athena. Et ce n’est pas seulement le titre qui évoque les « Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand, c’est aussi le contenu de l’ouvrage.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une remontée vers les origines, comme l’a cru l’ami écrivain à qui il a annoncé son voyage : Michaël Ferrier revient sur les traces de son grand-père, acrobate de cirque en voyage dans l’océan indien, qui s’est arrêté à Madagascar, et finalement est enterré à Mahajanga en 1975.

Voici comment Ferrier présente lui-même sa démarche : « Un jubilé jubilatoire, dit-il en page 33. On remonte le temps mais aussi on le descend, on le traverse et on le reprend… Madagascar, Maurice, l’océan Indien font partie intégrant de l’Histoire de France : on ne peut la comprendre si on ne passe pas par eux, et par quelques autres encore. Ce sont des générations d’hommes et de femmes jetées sur les mers et qui, quelques années plus tard, allaient donner naissance à des Français comme toi et moi ».


A travers son grand-père


On pourrait voir ce livre comme une sorte de réflexion philosophique dynamique sur l’Histoire de France et l’identité française, la vie du grand-père Ferrier en étant le prétexte. Plus proche de l’essai que du roman. Pourtant il y a bien une histoire dans le livre, celle d’un grand-père et de son petit-fils. Peut-être est-ce encore trop simple et trop restrictif pour décrire un tel ouvrage. Chacun se fera son opinion.

Incontestablement, ce grand-père, Maxime Ferrier, qui est au centre du livre, était un personnage, auquel Michaël était fort attaché. On découvre sa généalogie, sa famille, ou plutôt ses familles à Madagascar — car Maxime Ferrier n’avait pas froid aux yeux en matière de femmes —, sa vie dans la Grande Ile.

Michaël Ferrier lui-même est aussi au Centre du roman. Il transparaît à travers son grand-père, et son grand-père à travers lui. A tel point que l’on croirait qu’il a vécu personnellement les péripéties de son aïeul.

Il fait appel à des références multiples pour ancrer sa réflexion dans l’Histoire et la littérature : Montaigne, La Fontaine, Saint-Simon, le Cardinal de Retz, Norbert Elias, entre autres. Après tout, Michaël Ferrier est docteur-ès-lettres, ça vous façonne un écrivain ! N’allez pas croire pour autant que le livre soit un morceau d’intellectualité aride.

Bleu outremer...

Dans notre bibliothèque indianocéanique


C’est un roman, et il se lit comme tel. C’est une œuvre qui n’aurait pas été déplacée dans la Collection « Continents Noirs », où l’on trouve la majorité des écrivains de nos contrées édités par Gallimard. Mais Michaël Ferrier est rattaché à la littérature métropolitaine depuis plusieurs années, c’est peut-être pour cela qu’il se trouve dans la Collection « L’infini », dirigée par Philippe Sollers. Et l’on avouera que c’est une reconnaissance de son talent : on ne lui attribue pas un « exotisme » qui n’est pas toujours un compliment pour nos auteurs !

Enfin de bien des manières, « Mémoires d’outre-mer » de Michaël Ferrier, parle de nous. Voilà pourquoi il est à sa place dans notre bibliothèque indianocéanique. Vous en serez convaincu quand vous aurez le livre en main : « Mémoires d’outre-mer », de Michaël Ferrier, paru aux éditions Gallimard en 2015, dans la Collection L’infini, Prix du roman Athena à La Réunion en 2017.

Expédite Laope-Cerneaux
Mai 2018


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