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La Réunion, pays oublié

L’étrange château du Gol et les dromadaires

4 septembre 2014
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Il y avait un château à Saint-Louis ! Tombé en ruines au cours du 19ème siècle suite à des revers de fortune, il n’en reste plus aucun vestige aujourd’hui, sinon des lithographies que l’on doit à Antoine Roussin et des descriptions dans d’anciens récits. Son architecture remarquable était l’objet de controverses... Histoire d’un château qui n’existe plus, au milieu d’un domaine sur lequel se promenaient ses dromadaires.

La château du Gol et ses cabris, faute de dromadaires... Illustration Antoine Roussin.

Imaginez-vous un château, des sables mouvants... et des dromadaires... au Gol à Saint-Louis ! Vous ne rêvez pas. C’est le spectacle qui s’offrait aux Réunionnais du 18ème siècle.

« A droite s’étendent les dunes de sable mouvant, spectacle unique sur nos côtes, qui bordent les rives de l’Étang-Salé et de l’Étang du Gol, écrit F. Cazamian dans l’Album de La Réunion d’Antoine Roussin. Quand le vent soulève, en la faisant onduler, la surface de ces petits monticules de sable fin, on se croirait en plein désert, et l’illusion serait complète si, comme il y a quelques années, les dromadaires appartenant au château du Gol, parcouraient de leur pas lourd et cadencé ces mornes solitudes ».

C’est vers 1747 que le château du Gol est construit, par le fils de Desforges-Boucher, comme l’indique une pierre placée au dessus de la grande porte d’entrée. Son père, Antoine Labbe, dit Antoine Desforges-Boucher, ancien ingénieur de la Compagnie des Indes et gouverneur, obtient la concession du Gol (qui s’écrit alors « Gaule ») en 1719, et s’y installe avec sa famille afin d’y cultiver du café. Desforges-Boucher revend ensuite le château à Joseph-Jean-Baptiste Delestrac et Antoine-Marie Pascaly. Plus tard, la famille Chabrier en devient propriétaire.

Carte établie en 1780 par M. Bonne, hydrographe de la Marine. On peut distinguer au dessus de la mention "I. Bourbon", une autre mention : "Etang de Gaule".

Malgré sa fière allure, le château du Gol est diversement apprécié. « Ce château si pompeusement nommé doit sa réputation à la mention qu’en fait Bory de Saint-Vincent », explique F Cazamian qui le qualifie de « vaste maison d’habitation sans aucun caractère architectural », ajoutant : « en fait de tourelles et de créneaux, on n’y découvre guère autre chose que deux pavillons au toit pointu et à quelque distance les cheminées d’une sucrerie ».

En 1820, Auguste Billard, de passage par le Gol, porte lui aussi un jugement plus que mitigé sur « Le Château » qui, « pour le peu de goût et le genre de construction, ne ressemble pas mal à ceux de Bretagne. Le chevalier de Bertin, à qui les souvenirs de son enfance le faisait paraître magnifique, l’a célébré dans des vers les moins heureux qu’il ait peut-être jamais composés ».

Autre vue du château du Gol, toujours par Antoine Roussin, avec quelques variations : les personnages se sont déplacés. Les cabris aussi ont bougé...

Dans son ouvrage « Voyage dans les îles d’Afrique », Bory de Saint-Vincent donne par contre une description plutôt favorable du fameux château : « Le château du Gol, situé entre les deux bras d’un grand étang du même nom, serait beau partout. Il est construit sur le modèle de nos grandes maisons de campagne, en bonnes pierres de taille, flanqué d’ailes et précédé de tours ».

Si Cazamian juge le terme de château inapproprié, en revanche il ne tarit pas d’éloges sur le domaine du Gol avec son « système d’irrigation admirablement conçu »... « On dirait même que les créateurs de ce beau domaine ont voulu faire de l’art tout en songeant à l’utilité. L’aqueduc qui sert à amener les eaux de la rivière Saint-Etienne est du plus heureux effet ». En 1784, on compte sur le domaine du Gol 206 esclaves. 20 ans plus tard, ils sont près de 300.

"L’aqueduc qui sert à amener les eaux de la rivière Saint-Etienne est du plus heureux effet". Illustration Antoine Roussin

Au cours d’un voyage à l’île Bourbon en 1794, le chirurgien Philippe Petit-Radel séjournera quelques jours dans le fameux château. Il en fait une description (rapportée par Cazamian) très intéressante qui nous renseigne un peu plus sur les lieux. « Cet édifice, bâti en pierres avec toute la magnificence que les grands seigneurs européens déploient dans leurs constructions, s’élève sur le rivage qui, en cet endroit, est ombragé par des palmiers verdoyants, et rafraîchi par le voisinage d’un étang où se rendent toutes les eaux des collines voisines. Ce château a été somptueusement décoré par un ancien gouverneur de Bourbon, M. Desforges. (...) Le septième jour de mon arrivée au château du Gol fut marqué par un repas charmant ».

L’usine du Gol, derrière laquelle se dressait le château. Photo B.navez

Le château du Gol faisait donc débat, du moins son architecture suscitait-elle des commentaires bien tranchés. Il n’en demeure pas moins que c’est là que sont hébergés les officiels en déplacement dans le Sud de l’île. Et c’est là, dans le château du Gol, que l’ordonnateur de Bourbon, Honoré de Crémont, rédige le compte-rendu de son « premier voyage fait au volcan de l’île de Bourbon ». A la fin de son texte, il indique : « Fait au château du Gol, quartier de la Rivière d’Abord, île de Bourbon, 31 octobre 1768 ».

Le château du Gol est également évoqué par Jacob de Cordemoy qui qualifie la propriété de « magnifique » et de « plus belle exploitation de l’île. J’aperçois près de la mer le château du Gol, édifice d’un caractère unique à Bourbon ; mais je le vois de trop loin ».

Nous laisserons la conclusion de cette histoire du château du Gol et de ses dromadaires aux vers de mirliton du poète réunionnais Antoine Bertin, fort justement moqué par ses contemporains.

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

Que j’aime encore, après quinze ans d’absence,
Ce Gol témoin des jeux de mon enfance. (...)
Sur le penchant d’un fertile coteau,
Il m’en souvient s’élève le château ;
L’art a mêlé, sous son riche portique,
Le goût français au luxe asiatique,
Et j’admirais ce tapis précieux
Que brode en Perse un peuple industrieux,
Ces fins tissus d’une écorce docile,
Et cet émail transparent et fragile,
Qu’au fleuve jaune a pétri le Chinois
Vases brillants, arrondis sous ses doigts.

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

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