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Fait-diversion

L’écœurant lynchage de Corine Beaulieu

25 février 2016
Geoffroy Géraud Legros
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Bien placé pour savoir ce qu’est un lynchage, c’est avec dégoût que j’entends, depuis ce matin, les commentaires qui s’abattent sur la directrice de la communication régionale, à la suite de son passage à la caserne Vérines.

J’ai été, dans une autre vie, responsable de la communication d’une collectivité. Et laquelle ! La commune de Saint-Louis dont le maire, Claude Hoarau, faisait l’objet non seulement d’une pression judiciaire qui en aurait désarçonné plus d’un, mais aussi d’une série de « passages de kal », — des « pattes cochon » qui n’étaient pas tendues par des opposants au flamboyant élu communiste mais bien par certains de ses « amis ».

Claude Hoarau n’a jamais manqué à l’honneur ; mais une clique, d’ailleurs plus apariée au monde bureaucratique qu’à celui des prétoires, voulait sa peau. Elle a fini par l’avoir, épaulée par des faiseurs d’opinion qui se sont acharnés — à quelques notables exceptions près— à déchoir l’élu saint-louisien devant le tribunal de l’opinion. Un mal-fondé quelconque mettait-il le feu à un pneu dans un écart de La Rivière ? L’évènement était immédiatement porté à la connaissance de l’île entière, grâce à des coups de fil adressés aux radios populaires et prenait la dimension de l’incendie de Rome par Néron.

Une flaque d’eau trop profonde, des parents d’élèves abrutis qui exigeaient que l’on construise pour leur marmaille des préaux techno-machin — chose à un million d’euro la pièce (je n’en avais pas, moi, de préau, à la communale du Gol, et il faut croire que le soleil m’a moins tapé sur la tête que les auteurs de cette fragile progéniture), trop d’eau de mer dans l’Etang du Gol, trop de sable à l’entrée de l’Etang du Gol, trop de contrats, pas assez de contrats... Saint-louis fournissait aux commentateurs matière à une chronique quotidienne et pichrocholine, un inépuisable réservoir de zistoir Grandiab’ dont « le maire » était le démon caché : c’est à croire que Claude Hoarau remplissait lui-même les flaques, empoisonnait les eaux pour mettre les poissons ventre en l’air dans la lagune du Gol, incitait les imbéciles à bouter le feu aux pneus, refusait les préaux aux enfants par pure malignité, etc.

De la même manière que les émissions de TF1 servent, de l’aveu même de l’ancien patron de la chaîne, à « préparer le temps de cerveau disponible » aux publicités de Coca-Cola, ces petites mesquineries que votre serviteur devait tenter de gérer presque chaque jour sous l’angle de la communication, préparaient les esprits pour les « grands » moments : Claude Hoarau à la caserne Lambert. Claude Hoarau à la caserne Vérines. Claude Hoarau à Malartic. Claude Hoarau au tribunal, etc.

J’ai beau n’être ni naïf ni sentimental, je confesse avoir ressenti une profonde tristesse, mêlée de colère, face aux secousses de haine et d’imbécillité qui accompagnaient chacune de ces informations. Peu importe — ne parlons même pas de la présomption d’innocence, qui n’a jamais eu droit de cité dans l’opinion réunionnaise — que l’intéressé ait été entendu comme témoin ; que ses garde-à-vue, parfois d’une durée invraisemblable, aient abouti à un vide judiciaire ; peu importe que Claude Hoarau soit simplement passé à la gendarmerie pour signer quelque paperasse : la rumeur gonflait comme un mauvais torrent boueux : « Claude à la geôle ! » ; et la populace de renchérir, ce qui ne l’empêchait pas d’aller en rang faire le siège du bureau du maire pour requérir une aide ou une intervention.

Dénué de rancune à un point inquiétant, ledit maire se mettait en quatre, même pour ses adversaires, ce qu’on lui a (à juste raison) beaucoup reproché ; et ceux-là mêmes qui déchiraient à belle dents « Claude » (comme on dit), et son honneur, n’ont jamais manqué de dire : « il a quand même bon coeur ».

Je ne sais pas si Corine Beaulieu, épouse du Président de Région et directrice de la communication de la Pyramide inversée a bon coeur ; il se dit que oui.

J’ai écrit, hier, ce que je pensais de ses choix communicationnels et plus particulièrement du stupide dodo déplumé et couvert de gratelle, visiblement au bord de l’extinction, « macotte » mascotte de la campagne « La Réunion Positive » — campagne de pure propagande.

Mais c’est avec dégoût que j’entends, depuis ce matin, le tombereau d’avanies s’abattre sur la dir’com régionale après son passage à la caserne Vérines. Pour ce que l’on en sait, c’est pour récupérer des documents saisis par les gendarmes lors d’une perquisition que Mme Beaulieu s’est rendue chez les gendarmes.

Notons qu’une tête bien faite conclurait de cette restitution desdits documents que les enquêteurs n’y ont rien trouvé d’intéressant. Mais la majorité des cocos d’tête étant aussi dure que vide, voilà que l’infortunée devient, sous le verdict des commentateurs professionnels, une sorte de Moriarty de la Nouvelle route du Littoral, de tireuse de ficelles du scandale du siècle, etc.

Et l’on ne se prive pas d’en rajouter, d’inventer de mystérieux ballets de voitures officielles sous la pluie, et de spéculer, carrément, sur la garde à vue de Mme Beaulieu. Exit, non seulement la présomption d’innocence et celle de la bonne foi, qui, on a tendance à l’oublier, est un principe du droit républicain ; exit aussi, le simple bon sens, la recherche des faits, la vérité.

L’opinion commune, hybride qui carbure tant au fiel qu’à l’eau de rose et se pâmait hier devant le « beau couple » présidentiel, laisse désormais libre cours à sa jalousie ; c’est bien connu, on ne peut détester que ce que l’on envie : « brûle ce que tu as adoré », etc.

On s’étonnera peut-être de trouver dans ces lignes une défense de celle qui est, de fait, la numéro deux de la Région : je n’ai jamais fait mystère de la profonde aversion que m’inspire la politique menée sous l’égide de son époux, qui, si on ne peut lui dénier quelques réussites — on pense à la restauration du dispositif de continuité territoriale — combine dilapidations diverses, clientélisme à grande échelle, à-plat-ventrement devant les monopoles, dégradation culturelle et culte de la personnalité.

Mais c’est justement pour qu’une critique politique demeure possible qu’il faut condamner les « affaires » qui n’en sont pas. La prétendue « affaire » du bus de Thierry Robert et la prétendue « affaire » de sa gestion d’entreprise, toutes ourdies par les « petites mains » de Didier Robert, ont faussé l’entendement public en amont du scrutin régional.

Contre Huguette Bello, dont les tenants de la pire mauvaise foi n’ont jamais pu mettre en cause l’intégrité, on a forgé une accusation de racisme lors d’un débat, transformé en procès médiatique de type stalinien. L’« affaire » : un mot, honteusement ôté de son contexte et répété ensuite à l’infini afin de « tuer » politiquement l’adversaire de Didier Robert, à quelques jours du scrutin.

Outre qu’elle montre une difficulté certaine à rompre avec l’atmosphère barbouzarde de l’époque coloniale, cette omniprésence du coup tordu et du lynchage évacue le débat : plus on parle des millions putativement détournés de la NRL, moins on parle du scandale, bien réel, que constitue ce chantier lui-même pour l’environnement et l’économie du pays.

Plus on aboie, là où devrait dominer la sérénité du débat judiciaire, moins on pense, et moins on ouvre le chemin à l’espoir et à l’alternative.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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