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Océan Indien, Chagos

L’armée américaine pollue les Chagos !

18 mars 2014
Nathalie Valentine Legros
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Le retour du peuple Chagossien — expulsé manu militari des Chagos — dans son archipel d’origine est compromis par de fallacieux arguments dont un qui vaut son pesant d’or : leur ré-installation compromettrait l’équilibre écologique du lagon... Pendant ce temps, et depuis bientôt 50 ans, l’armée américaine a pris possession de l’île principale, Diego Garcia, et déverse impunément des « centaines de tonnes d’eaux usées et de vidange » dans les eaux chagossiennes qui présentent un niveau anormalement élevé d’azote et de phosphate, révèle un document officiel du « Foreign and Commonwealth Office » adressé au parlement britannique... Cela se passe dans l’océan Indien, à 2500 kilomètres de La Réunion !

Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos. C’est là, au milieu de l’océan Indien, que les Américains ont construit leur plus grande base stratégique militaire hors USA.

Le 15 mars dernier, le quotidien britannique « The Independent » faisait une étonnante révélation : pendant que Londres se vante de l’instauration de la plus grande réserve marine du monde dans les eaux chagossiennes, l’armée américaine, qui agit en maître sur l’île de Diego Garcia, déverse des tonnes d’eaux polluées dans le lagon !

Informé au moins depuis avril 2013 d’une pollution intense des eaux chagossiennes, le gouvernement britannique s’est bien gardé de faire toute publicité à ce sujet. Ce n’est que la semaine dernière que l’information a été rendue publique par « The Independent ». Pourtant cet archipel est une possession britannique intégrée dans le BIOT [1] et depuis 2010 la zone bénéficie du statut de réserve marine (Chagos Marine Reserve) instauré par Londres !

« Le plus grand atoll corallien du monde (640.000 kilomètres carrés) contenant la plus grande biodiversité »... pour la plus grande réserve marine de la planète ! Les superlatifs ne manquent pas quand il s’agit de faire de la retape pour la réserve marine des Chagos ! Mais quand l’intégrité de cet espace naturel d’exception est compromis par les activités de l’armée américaine, bizarrement, Londres fait preuve d’un certain embarras et communique peu. Et pour cause : depuis 1966, les Britanniques louent à l’armée américaine une partie de l’île principale de l’archipel des Chagos : Diego Garcia. Une île paradisiaque devenue depuis la plus grande base militaire stratégique aéronavale américaine hors USA — véritable ville en partie souterraine qui abrite en moyenne 5000 personnes !

Avril 2006. Recueillement à l’île Salomon, lors d’un voyage de quelques heures sur les îles natales, voyage autorisé à l’issue d’âpres combats. Au milieu : Olivier Bancoult, leadeur du « Chagos Refugees Group ». Source CRG.

Ces petits arrangements entre grandes puissances (Britanniques et Américains) se sont opérés au détriment d’un peuple, les Chagossiens, expulsés de leurs îles — jusque là sous souveraineté mauricienne — dans la plus grande indifférence entre 1965 et 1973 et déportés vers l’île Maurice (pour la grande majorité) et les Seychelles. Installés dans l’archipel depuis quatre générations, les Chagossiens ont ainsi été les premières victimes de la militarisation de l’océan Indien.

La pollution intensive du lagon des Chagos par l’armée américaine est d’autant plus embarrassante pour Londres que c’est notamment au motif de l’instauration de la réserve marine que le retour sur leurs îles est interdit aux Chagossiens, sous le prétexte qu’ils compromettraient l’équilibre naturel de la zone. Si l’on suit la logique implacable de ce raisonnement, il ne reste plus aux Britanniques qu’à avancer l’argument de l’atteinte à l’intégrité de la réserve marine des Chagos pour mettre fin au bail qui les lie à l’armée américaine et qui expire officiellement en 2016 !

Dans le bras de fer juridique qui l’oppose à la communauté chagossienne, le gouvernement de Londres ferait ainsi la démonstration que les mêmes règles s’appliquent à tous ! Mettons de côté, cette fiction pour replonger dans la réalité des relations internationales.

Ce sont des scientifiques qui ont constaté la dégradation du corail dans le lagon des Chagos, relevant notamment des niveaux anormalement élevés d’azote et de phosphate — niveaux jusqu’à quatre fois plus élevés que la norme et pouvant entraîner la mort du corail. Selon le journal « The Independent », la présence de ces éléments polluants dans les eaux chagossiennes résulte des activités de l’US Navy et notamment du déversement d’eaux usées et autres déchets dans le lagon pendant des décennies et en toute impunité !

Démonstration de force sur Diego Garcia... Une armée américaine qui prend l’océan Indien pour une poubelle.

Suite aux révélations du quotidien « The Independent » il y a une semaine, le gouvernement britannique n’a pu que reconnaître la réalité de la pollution. Cependant peu d’éléments ont filtré quant aux dispositions mises en oeuvre pour contrer les comportements irrespectueux de l’armée américaine, si ce n’est que « les mesures appropriées pour remédier à la situation avaient été prises », selon le Foreign and Commonwealth Office (FCO) (difficile de faire plus flou !) qui a par ailleurs précisé qu’une étude pour évaluer la santé du corail était en cours. De même qu’aucune information n’indique si l’armée américaine a fait l’objet de sanctions pour ces infractions et pour la violation caractérisée des lois instaurées sur la zone par les Britanniques.

« À un peu plus d’un mois de l’audience du Tribunal d’arbitrage sur les Droits de la Mer des Nations unies, consacrée à la contestation par Maurice du projet de Marine Protected Area aux Chagos, le ton est monté d’un cran entre Port-Louis et Londres », écrit pour sa part le média en ligne lemauricien.com — édition du 16 mars — qui signale par ailleurs que le FCO a donné le feu vert au déplacement d’une mission d’experts pour les Chagos en vue de procéder à une réévaluation du projet de « resettlement » [2]. Lequel FCO stipule dans un document que « ces experts indépendants, qui ne comprendront aucun Chagossien, ont été chargés d’examiner les options neutres et les risques liés à la création de communautés sur les îles extérieures à Diego Garcia ainsi que sur Diego Garcia ». Les autorités mauriciennes qui revendiquent la souveraineté sur les Chagos apprécient peu cette initiative qui les met d’office hors jeu.

Arvin Boolell, chef de la diplomatie mauricienne, a même déclaré que « tout cela ressemble à un schéma bien planifié et orchestré avec la connivence des membres du All-Party Parliamentary Group de la Chambre des Communes (...) », ironisant même au sujet de « la position de Londres sur le problème de la Crimée et de l’Ukraine », rapporte lemauricien.com.

Encore une fois, les Américains et leurs comparses britanniques démontrent sans finesse aucune leur impérialisme et leur propension à agir toujours et encore en dépit du droit international et au mépris des peuples. Cette forme persistante de colonialisme s’exprime en toute impunité au coeur de l’océan Indien. Alors que les Chagossiens n’ont pour seule arme que l’opinion internationale. Laquelle pour l’heure n’a pas encore pris l’essor nécessaire pour que le droit des peuples a disposer d’eux-mêmes soit respecté. Cela se passe dans l’océan Indien. A 2500 kilomètres de La Réunion.

Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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Notes

[1British Indian Ocean Territory

[2ré-installation

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