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Souvnans

L’ardente Julienne Salvat

14 mars 2019
Alain Gili
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Julienne Salvat, c’est d’abord le théâtre qui la fit connaître de tous dans l’île ! Et bien évidemment l’estime de ses élèves, de ses collègues, comme l’écrivain Agnès Guéneau ["La terre bardzour, granmoune"], prof de Philo enseignant comme Julienne au jadis très prestigieux lycée Leconte de Lisle.

Dans ce documentaire sur Françoise Guimbert réalisé par Anaa Productions [Monique Ninio, Michel Minaud], on découvre Julienne Salvat déclamant son poème en hommage à Françoise Guimbert sur la plage de Saint-Leu : « En-bas Maloya », publié dans « Tessons enflammés », UDIR [Union pour la Défense de l’Identité Réunionnaise], 1992.


Cette élégance liée à une énergie expressive


1975, hiver austral : à peine arrivé à La Réunion en mars, je monte au CRAC [1] en création « La vie moderne N1 », avec un leitmotiv de Léo Ferré. C’était un ensemble de courtes pièces de théâtre, étranges et/ou drolatiques, et Julienne accepta d’y être, pour l’une d’entre elles, une dame bien grosse qu’on… barbouille de rouge vers la fin de l’intermède-entre-aperçu !

Dans une autre pièce, « Sorko », de Rodolfo Vinas, elle jouait un rôle bien différent, collant très bien à sa beauté et à cette élégance liée à une énergie expressive que tout le monde apprécia dans notre île.

Son mari, Robert Salvat, professeur d’économie, joueur d’échecs et roi de la course à pied, fit de belles photos de tout cela.

Image extraite du livre de Robert Salvat : "Le roi de l’océan Indien, histoire d’un cercle d’échecs à l’île de La Réunion, 1967-1972".

Ecrire, jouer, mettre en scène


Je connus Julienne à l’atelier-théâtre du CRAC… Puis, allant vers d’autres jeux, d’un autre côté de la rampe, côté prof comme elle, et de l’autre, agité culturel associatif, je la découvris en 1976, un an après le théâtre sentimentalo-surréaliste, assurant avec force un rôle principal, celui de la tragique « Yerma » de Federico Garcia Lorca, créée au théâtre de Saint-Gilles, en une production CRAC mise en scène par Denis Julien.

Mais il faudrait citer, concernant sa vocation de comédienne, ce qu’elle fit avant, avec l’animateur de théâtre orléanais… du CRAC, puis ce qu’elle fit après « La vie moderne N1 » qui ne vit pas naître son numéro deux qui devait être écrit par les auteurs réunionnais du concours Tout Dire-CRAC-ADER [2].

Durant toutes ces années depuis 1975… tant de choses autour, par, avec Julienne. Par exemple, elle mit en scène et créa pour le CRAC une pièce inédite évoquant Savorgnan de Brazza, dont l’auteur est Jean-Louis Guébourg. On ne fait que prendre conscience de l’ampleur de son travail désintéressé, captivant, ce qui ne veut pas dire oublier ses engagements associatifs [Udir, ARCC [3], etc].


« La chaleur et la convivialité de Julienne »


Julienne nous laisse un roman inédit, des poèmes, et un bel entretien radio [Réunion La 1ère-Paris] qu’elle eut grâce à une grande fête créole antillaise à Paris, il y a quelques mois, où nous trouvâmes ensemble le champagne fort bon.

Membre du Pen Club, militante culturelle, ancienne membre du CCEE [4] de La Réunion, elle inaugura une formule conviviale, au patio de la Bibliothèque Départementale rénovée, sous l’impulsion des dames s’occupant de ce lieu superbe. Ce fut une soirée au public motivé, affectueux, par la présentation de son deuxième roman [L’Harmattan], « Fleurs en terrain volcanique » : ce titre est extrait de l’un de poèmes en prose de Baudelaire. Cette soirée fut captée par le généreux Louis-Gonzague Hubert.

Elle fut membre d’un jury au FIFAI-Le Port, Festival international du film d’Afrique et des îles, en 2006 ; elle accueillait chez elle beaucoup de personnalités, comme Elisabeth Ponama, Claire Karm, Boris Gamaleya, l’Ader et bien évidemment l’Udir, et Ahmed hamidou, Jack Beng Thi, Marie Julie… qui m’écrit : « Julienne était une femme extraordinaire, généreuse et grande auteure. Je garde d’elle un merveilleux souvenir, de cette rencontre dans son jardin avec toi et Aude Emmanuelle Hoareau décédée elle aussi [l’an dernier], et de notre discussion ce jour là autour de la littérature. C’était en 2012 quelques jours avant mon départ pour Montpellier et ce fut un instant d’une grande poésie marquée par la chaleur et la convivialité de Julienne ».

Julienne Salvat sur la plage de Saint-Leu. Image extraite du documentaire sur Françoise Guimbert réalisé par Anaa Productions [Monique Ninio, Michel Minaud].

Julienne Salvat, modèle de « Anon fèr »


Julienne et son jardin en ville : un accueil chaleureux. Elle accueillit ainsi plein de cinéastes à sa table, comme Amirul Ahram, Ignace Solo Randrasana. Des poètes comme Saindoune Ben Ali d’Anjouan, des militants mahorais comme Houlam Chamssidine [Rencontres du film d’Afrique et des îles de Mayotte]... Elle hébergea Jean Henri Azéma, poète créole réunionnais exilé en Argentine, et son fils Paul-Jean, lors de l’une de ses vacances dans l’île, et aussi Laure Lecq, et souvent ses chères amies Fatou Payet, Danièle Moussa. La diversité de ses relations, son ouverture d’esprit faisaient de sa présence une aimable mais non artificielle vigilance.

Je ne dis ici spontanément que des bribes-souvenirs venant de son intense relation au pays, aux artistes, aux humanismes divers, en constant refus des blocages, des obsessions rageuses et des intolérances.

Julienne, une ardeur à vivre et à partager qui reste à découvrir. L’un des moments forts, que la mémoire m’offre tout de go, ce fut ce travail de diction organisé en groupe : des Antillais de La Réunion et des Créoles réunionnais disant à la brune, le soir, le « Cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire. Emouvant récitatif, proclamation digne mais avec des voix fortes, tout cela devant la façade du Théâtre de Champ Fleuri, sans tréteaux, sans micros... Une belle idée, ce solennel salut au maître poète francophone et leader respecté. Ce fut une originale traduction du talent de comédienne et de formatrice de Julienne Salvat, en somme un modèle de ce qu’on appelle en pays créole « Anon fèr ».

Alain Gili

Notes

[1CRAC : Centre réunionnais d’action culturelle.

[2Association Des Ecrivains Réunionnais.

[3Association Réunionnaise Communication et Culture.

[4Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement de La Réunion.

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