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Grande Bretagne, Parti travailliste

Jeremy Corbyn, pro-chagossien, en tête des sondages

3 août 2015
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Il s’est illustré de longue date pour la cause des Chagossiens et pourrait bien prendre la tête du Parti travailliste en Grande Bretagne, le 12 septembre prochain. Jeremy Corbyn, 66 ans, serait alors un atout de plus dans le combat de ce peuple de l’océan Indien, expulsé manu-militari de son archipel entre 1965 et 1973 pour permettre aux Américains d’y construire une base militaire ultra sophistiquée.

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Jeremy Corbyn. Photo : David Hunt

On le situe à l’aile gauche du Parti travailliste et le voilà, selon les médias britanniques et les sondages, en bonne position pour prendre la tête du « Labour », au grand dam de la presse de droite, des conservateurs mais aussi de certains membres du parti qui pourraient bien tenter de le contrer en interne. Parmi les quatre candidats (dont Andy Burnham, Yvette Cooper et Liz Kendall), Jeremy Corbyn fait figure d’outsider et semble être celui qui inspire le plus de confiance, d’espoir et de sympathie dans les rangs travaillistes. Pour l’heure, le « camp Corbyn » gagne en popularité et recrute.

Une ascension qui pourrait bénéficier à la cause chagossienne : Jeremy Corbyn s’est toujours fortement engagé en faveur du retour des Chagossiens dans leur archipel, situé au milieu de l’océan Indien, à 2.500 kilomètres des côtes réunionnaises.

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Sur l’île de Diego Garcia... Source CRG.

Pour mémoire, Diego Garcia, l’île principale de l’archipel des Chagos, accueille la plus grande base militaire de l’US army hors du sol américain. C’est pour permettre aux Américains de construire là leur base militaire que les trois îles habitées — depuis quatre générations — de l’archipel (Diego Garcia, Salomon et Peros Banhos), ont été totalement évacuées entre 1965 et 1973. Plus de 2.000 personnes expulsées vers Maurice et les Seychelles, manu-militari, dans le plus grand secret et l’indifférence générale. Auparavant administrativement rattaché à l’île Maurice, l’archipel des Chagos, colonie anglaise, est alors incorporé dans le BIOT (British Indian Ocean Territory).

L’éviction de la population chagossienne permet au Royaume Uni de louer une partie de Diego Garcia aux Etats-Unis d’Amérique avec un bail de 50 ans (reconductible pour 20 ans) expirant en 2016. En échange de Diego Garcia, les Britanniques obtiennent des Américains une ristourne de 14 millions de dollars sur l’achat de fusées Polaris, marché signé à Londres le 30 décembre 1966. Les termes ahurissants de cette transaction ne sont révélés qu’en 1975 par le « New York Times »...

Militant anti-Apartheid et opposant au nucléaire, membre d’Amnesty International, impliqué dans la question du réchauffement climatique et contre le TAFTA [1], végétarien et partisan de la cause animale, Jeremy Corbyn a réclamé en 2012 au secrétaire d’Etat du « Foreign and Commonealth Office » (FCO) du Royaume-Uni l’inscription des Chagos à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Il a par ailleurs dénoncé la création d’une « Marine Protected Area » (MPA) [2], et s’est rendu à de nombreuses reprises à l’île Maurice pour rencontrer la communauté chagossienne et constater de visu ses conditions de vie. Il a de plus multiplié les interventions et déclarations publiques pour faire valoir les droits de ce peuple foulés aux pieds depuis un demi-siècle par Londres et Washington.

Qualifié de « député travailliste rebelle », Jeremy Corbyn est donc devenu au fil du temps une figure emblématique de la cause chagossienne, endossant même la présidence du « Chagos Island All Party Parliamentary Group » (CIAPPG).

Né le 26 mai 1949 dans le Wiltshire, il est député depuis 1983. Son élection à la direction du parti travailliste ouvrirait les perspectives d’un scénario qui pourrait faire de lui, dans 5 ans, le nouveau Premier ministre britannique.

En attendant, s’il parvenait à s’imposer à la direction du parti travailliste, sa stature de leader de l’opposition lui conférerait une grande influence et donnerait plus de visibilité encore à la cause chagossienne qui en a bien besoin, notamment dans la perspective de l’échéance de 2016.

Selon un sondage YouGov publié au mois de juillet, Jeremy Corbyn — partisan d’une politique « anti-austérité » — serait assuré du soutien de 43% des membres du « Labour » au premier tour et l’emporterait avec 53% des voix au second tour et marquerait ainsi la fin du « New Labour » de Tony Blair.

Le bail de 50 ans dont bénéficie l’US Army pour occuper Diego Garcia expire en 2016 mais est tacitement reconductible pour 20 ans et sera selon toute vraisemblance prolongé jusqu’en 2036. Cette échéance de 2016 pourrait donc bien ne voir aucune avancée concrète du dossier chagossien, la base militaire de Diego Garcia représentant un enjeu majeur pour la stratégie militaire américaine au sein du bassin indocéanique ; un bassin de 75 millions de km2 entre Afrique, Moyen Orient et Chine, qui cristallise les enjeux de ce nouveau siècle avec la montée des puissances orientales.

Dans ce contexte, les Chagossiens — et notamment le « Chagos Refugees Group » et son leader Olivier Bancoult — auront plus que jamais besoin de soutien et ne doutons pas que la voix de Jeremy Corbyn sera un atout de poids.

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1partenariat transatlantique de commerce et d’investissement

[2Aire maritime protégée, parc marin

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