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Crise requins

Jean-Pierre Marchau : « Non, le surf n’est pas mort à La Réunion ! »

19 mars 2017
7 Lames la Mer
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Pour Jean-Pierre Marchau, Secrétaire Régional d’Europe Ecologie, les surfeurs et les plongeurs, véritables « sentinelles de la mer », font partie de la solution face à la crise-requins.

Jean-Pierre Marchau.

Une phrase qui venait au terme d’une analyse...


7 Lames la Mer : Dans un article du Quotidien du 16 mars qui rend compte d’une conférence de presse des deux élus Verts de Saint Paul, Mélissa Cousin et Charles Moyac, ce dernier déclare que « le surf est mort à La Réunion ». Est-ce la position d’Europe Ecologie Les Verts Réunion ?

Jean-Pierre Marchau : Non. Mais ce n’est pas non plus ce qu’a dit Charles Moyac. Là, il y a un problème sur la façon dont le journaliste du Quotidien, Marc Bernard, a rapporté ses propos. Cette phrase venait au terme d’une analyse qui pointait la responsabilité des élus et des pouvoirs publics dans la gestion du risque requin : « Si les pouvoirs publics ne font pas respecter la réglementation, si les élus ne sont pas capables de proposer des solutions efficaces en termes de sécurisation, si... si... etc., alors le surf est mort à La Réunion ». Ne retenir que la fin de la phrase, amputée de son raisonnement initial, c’est faire dire à l’interviewé le contraire de ce qu’il a voulu dire. Cela n’a donc rien à voir avec une affirmation péremptoire sur l’absence d’avenir du surf réunionnais.


Charles Moyac a d’ailleurs fait paraître un démenti


7 Lames la Mer : Oui, mais vos amis déclarent aussi, je cite, que Patrick Florès est « un idiot utile » et selon le journaliste, ils ne « font pas mystère de leur aversion pour la communauté du surf et ses représentants ».

Jean-Pierre Marchau : Là encore, le compte-rendu médiatique interroge. La formule (« idiot utile ») a bien été prononcée, mais par un militant qui assistait à la conférence de presse. Quant à la prétendue « aversion pour la communauté du surf », c’est un mythe, destiné à rendre inaudible la critique ferme mais fondée que nous adressons au petit groupe qui, prétendant parler au nom de tous les « usagers de la mer », fustige la Réserve Marine et plus particulièrement les membres du Conseil Scientifique. Charles Moyac a d’ailleurs fait paraître un démenti le lendemain mais le mal était déjà fait.

Plage de l’Hermitage, photos : Samuel Hoarau.

Le surf est un atout pour La Réunion


7 Lames la Mer : Alors... le surf est-il mort à La Réunion ?

Jean-Pierre Marchau : Non. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer, avec Mélissa Cousin, au nom d’EELVR lors d’une conférence de presse régionale, le mercredi 8 mars, au lendemain de la scandaleuse décision du Conseil Régional qui prive la Réserve Marine de financements publics. J’avais dit, même si cela avait été un peu éclipsé par notre critique détaillée du rapport mensonger de la Région, que pour nous « il ne s’agit pas de restreindre l’accès à la mer des surfeurs mais au contraire de l’étendre, de le sécuriser tout en sachant qu’il n’y aura jamais de véritable risque zéro ». Non seulement le surf n’est pas mort, mais il doit vivre et se développer. La Réunion a produit et continuera à produire des champions dans cette discipline. Le surf est un atout pour La Réunion que ce soit sur le plan sportif, sur le plan des retombées économiques, en termes d’image, etc. Un atout, on doit le défendre et le valoriser.


Chercher des solutions innovantes


7 Lames la Mer : Si le surf n’est pas mort, il n’en est pas moins bouleversé et traumatisé par la crise requin. Alors que faut-il faire selon vous pour éviter qu’il ne meurt ?

Jean-Pierre Marchau : Dans la gestion du risque requin, toutes les pistes scientifiques et techniques doivent être explorées sans a priori dogmatique. Si les filets anti requins sont actuellement nécessaires, malgré leur coût et leurs défaillances, il faut aller beaucoup plus loin et utiliser toutes les ressources de l’innovation technologique, tout en systématisant les techniques éprouvées. Je pense notamment aux vigies requins, l’occupation de la colonne d’eau étant primordiale. La série d’événements tragiques qui a eu lieu depuis 2011 doit être l’occasion pour La Réunion de chercher des solutions innovantes, mais plutôt que de les chercher en Afrique du sud ou en Australie, il faut les inventer ici, à La Réunion. Nous vivons désormais avec le risque requins, nous devons donc continuer à soutenir localement la recherche scientifique sur les squales mais aussi à développer la recherche technologique sur les moyens de prévenir ou de réduire ce risque, à défaut de l’éradiquer.

Source : pexels.

Il manque un véritable projet...


7 Lames la Mer : Cela suppose une volonté politique...

Jean-Pierre Marchau : Oui, c’est cette volonté politique qui aujourd’hui selon moi fait défaut. Au lieu de prendre le problème à bras le corps, la Région préfère désigner un bouc émissaire — la Réserve marine — et se cantonner à la sécurisation de zones marines avec des filets tout en connaissant parfaitement les limites d’un tel dispositif.

7 Lames la Mer : Que proposez-vous alors ?

Jean-Pierre Marchau : Il manque un véritable projet qui nécessiterait en premier lieu la constitution d’un groupe-expert dont la mission serait d’élaborer une méthodologie d’évaluation des risques mais aussi de mobiliser les entreprises les plus innovantes autour d’un objectif de prévention globale, la création d’un véritable système d’alarme et de protection incluant une large palette de dispositifs : utilisation systématique de drones, mise en place de barrières acoustiques avec ondes, développement de tout système d’information en temps réel via des applis, etc. La Région doit se montrer à la hauteur des enjeux d’une crise aussi grave. Au lieu de faire un chantage mesquin à la Réserve Marine, elle doit, en tant que collectivité ayant la compétence économique, créer les conditions favorables, notamment sur le plan des investissements, à la création d’un secteur économique dédié à cette recherche technologique de pointe.

Tortue verte (Chelonia mydas) immature dans le lagon. Photo : Philippe Bourjon.

Développer un savoir-faire réunionnais


7 Lames la Mer : L’image de La Réunion souffre de cette crise-requin avec des répercussions désastreuses dans de nombreux domaines. Comment agir pour inverser cette tendance ?

Jean-Pierre Marchau : À terme, non seulement nous devons pouvoir augmenter de manière significative le niveau de sécurisation de la zone maritime littorale mais aussi développer un savoir-faire réunionnais que nous pourrions ensuite exporter, puisque le risque requin affecte d’autres zones littorales dans le monde du fait de l’augmentation de la pression démographique et des activités nautiques. La Réunion ne doit plus être la région du monde que l’on évoque négativement, uniquement pour parler attaques de requins. Elle doit devenir l’île dont on vante la qualité du niveau de protection de ses activités nautiques, même des plus dangereuses comme le surf. Tout cela ne se décrète pas, ça se construit avec une volonté politique et une mobilisation des énergies, des intelligences et des investissements.

7 Lames la Mer : Votre critique cible particulièrement Patrick Florès. Pourquoi ?

Jean-Pierre Marchau : On sait que Patrick Florès est aujourd’hui « conseiller requin » auprès du Président de Région. On sait aussi qu’il n’a strictement aucune qualification, aucune compétence scientifique, aucune expertise reconnue. Il l’a d’ailleurs « brillamment » démontré avec le fameux rapport anti Réserve Marine présenté et adopté en Commission Permanente le mardi 7 mars 2017.

La Grande Vague de Kanagawa, Hokusai.

Ce n’est plus de l’incompétence...


7 Lames la Mer : Que reprochez-vous à ce rapport ?

Jean-Pierre Marchau : Je rappelle quand même les « perles » contenues dans ce rapport affligeant de médiocrité : selon cet « expert », le requin tigre est une espèce « endémique » de La Réunion ; ce « spécialiste » croit que l’expression « effet réserve » désigne un afflux de requins dans la Réserve ; ce « conseiller requin » affirme que le programme Caprequin est « exclu du périmètre de la réserve » et là, ce n’est plus de l’incompétence, c’est un mensonge pur et simple. Je ne parle même pas de sa présentation partiale et biaisée du nombre d’attaques de requins à l’aide d’un tableau particulièrement grossier où l’on tente de faire croire qu’il n’y avait pas de problèmes avec les requins avant 2007 — date de la création de la Réserve — tout en cachant aux élus qu’entre 1992 et 1999, en sept ans, à une époque donc où la Réserve n’existait pas, il y avait eu une quinzaine d’attaques de squales sur le littoral réunionnais dont onze mortelles.


Les eaux usées directement dans la mer...


7 Lames la Mer : En feriez-vous une affaire personnelle ?

Jean-Pierre Marchau : Pas le moins du monde. Au delà du cas personnel de Patrick Florès, c’est le choix du Conseil Régional qui est en cause. Comment le Président de Région, qu’on a connu mieux inspiré sur ces questions, peut-il embaucher comme « conseiller » quelqu’un qui n’a ni objectivité, ni compétence ? Comment des élus ont-ils pu voter le 7 mars 2017 un rapport qui demande notamment, je le rappelle, de pouvoir déverser les eaux usées directement dans la mer ?

7 Lames la Mer : On finira par pensez que les écolos ont un problème avec les usagers de la mer... Est-ce le cas ?

Jean-Pierre Marchau : Non, les écolos sont d’ailleurs souvent eux mêmes adeptes des activités nautiques. Je fais remarquer en passant que cette expression « usagers de la mer », est un terme ô combien significatif de la conception consumériste que nous nous faisons du milieu marin. On s’exprime comme si l’océan était une sorte de service public à l’instar du transport en commun ou de la distribution du gaz avec ses « usagers ». L’océan est un bien commun et tous, en tant que pratiquants, nous sommes responsables de ce bien. Tous ceux qui pratiquent une activité sont concernés, les surfeurs, les plongeurs, les kayakistes, les baigneurs, etc.


Peut-être l’amorce d’un dialogue...


7 Lames la Mer : On peut effectivement discuter sur l’expression « usagers de la mer »... mais il n’en demeure pas moins qu’il existe un profond désaccord et des tensions palpables qui reviennent de manière exacerbée dès qu’un drame survient.

Jean-Pierre Marchau : Le « problème » que vous évoquez concerne surtout notre désaccord avec ceux qui se font entendre souvent bruyamment mais bornent leurs revendications au démantèlement de la Réserve Marine et à l’intensification de la pêche aux squales. Pêche qui existe déjà avec près de trois cents requins capturés depuis 2011 mais qui, on le constate hélas, ne résout en rien le problème de la sécurité. Certains d’entre eux sont cependant venus participer à la mobilisation organisée le dimanche 12 mars sur le lagon pour défendre la Réserve Marine ; c’est peut-être l’amorce d’un dialogue, l’occasion de surmonter les divisions et des préjugés tenaces.


Une expertise du milieu incomparable


7 Lames la Mer : À quels préjugés faites-vous référence ? N’y en a-t-il pas du côté des écolos aussi ?

Jean-Pierre Marchau : Il y a en effet d’un côté, les préjugés de ceux qui caricaturent les écologistes en les présentant comme des « animalistes » préférant la vie d’un requin à celle d’un être humain et de l’autre, les préjugés de ceux qui se représentent les surfeurs comme des individus égoïstes, privilégiés et indifférents à l’environnement. L’écologie est un humanisme. La mort d’un être humain est toujours une tragédie, pour sa famille, ses amis, ses proches ; la mort d’un requin, elle, n’est pas une tragédie. Aucun écologiste n’affirmera le contraire. Quant aux surfeurs, de par leur activité pour ne pas dire leur passion, ils sont avec les plongeurs de véritables « sentinelles de la mer », ils ont une expertise du milieu incomparable, ils ne sont donc pas un problème, ils sont au contraire une partie de la solution.

7 Lames la Mer : Que préconisez-vous pour sortir de cette impasse ?

Jean-Pierre Marchau : Il est temps effectivement aujourd’hui de sortir de l’impasse dans laquelle tous les acteurs se sont laissés enfermer. Il faut désormais privilégier le dialogue, lever les quiproquos et faire en sorte que tous les acteurs, publics et privés, responsables et usagers, travaillent à une sortie de crise « par le haut ».

Propos recueillis par 7 Lames la Mer

7 Lames la Mer

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