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François Hollande

« J’ai décidé de lutter sans concession contre les « monopoles »

26 avril 2012
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En déplacement à Tahiti, le candidat socialiste a eu l’occasion de prendre position vis-à-vis du rôle des monopoles dans les économies ultramarines.

La Dépêche de Tahiti  : La Polynésie est confrontée à une grave instabilité politique depuis 2004. Organiserez-vous des élections anticipées ?

François Hollande : L’instabilité politique qu’a connue la Polynésie a des conséquences néfastes pour son économie. La loi organique adoptée au Parlement aura eu le mérite d’éviter les basculements de majorité au gré des alliances d’un jour et d’assurer un minimum de stabilité des institutions. Cela était nécessaire mais n’est pas suffisant. Des élections anticipées n’ont de sens que si elles permettent de faire sortir une majorité claire et renforcée. Ce n’est pas à Paris de décider unilatéralement à quel moment doivent se tenir les élections territoriales. Contrairement au Président sortant, je veux que mon quinquennat serve à tracer une feuille de route claire pour la Polynésie Française, j’en prends ici l’engagement.

La Dépêche de Tahiti  : Envisagez-vous de modifier à nouveau le statut de la Polynésie française et que pensez-vous des modifications apportées ces dernières années ?

François Hollande : Rappelons-nous dans un premier temps que ce sont la gauche et le parti socialiste au pouvoir qui ont permis à la Polynésie de devenir, en 1984, grâce à François Mitterrand, un territoire d’outre-mer doté de l’autonomie interne dans le cadre de la République. L’Etat doit aujourd’hui accompagner les Polynésiens et ses responsables politiques dans leur volonté de procéder à des évolutions institutionnelles. Depuis 5 ans, la droite et Nicolas Sarkozy ont traité la Polynésie avec condescendance. Nous aurons à réinstaurer la confiance entre Paris et Tahiti, c’est fondamental pour pouvoir avancer sereinement.

La Dépêche de Tahiti  : Oscar Temaru souhaite réinscrire la Polynésie française sur la liste de l’ONU des pays à décoloniser. Qu’en pensez-vous ?

François Hollande : La France et la Polynésie ont près de 2 siècles d’histoire commune. Une histoire qui n’a pas toujours été glorieuse pour la République mais qui a permis l’enrichissement cultuel mutuel, des liens extrêmement forts entre des peuples qui sont pourtant à deux extrémités du globe. A mon sens, la Polynésie ne se résume pas à un simple prolongement lointain de la France. La République y est souveraine mais elle respecte l’identité et la culture du peuple polynésien. Le Président Oscar Temaru a décidé d’apporter son soutien et celui de son mouvement à ma candidature et je l’en remercie chaleureusement. Cela témoigne d’une volonté commune de permettre aux Polynésiens d’envisager sereinement l’avenir. Pour autant, nous avons quelques divergences, dont fait partie l’inscrition de la Polynésie française sur la liste de l’ONU des pays à décoloniser.

La Dépêche de Tahiti  : Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il ouvrirait les archives du Fonds Foccart et qu’il était prêt à réviser le procès de Pouvana’a. Ferez-vous de même ?

François Hollande : Pourquoi Nicolas Sarkozy ne l’a-t-il pas fait avant ? La République a un devoir de vérité vis-à-vis de la Polynésie. Sur ce principe, je propose de procéder à la réouverture du dossier de Pouvanaa a Oopa dont je connais l’importance aux yeux des Polynésiens.

La Dépêche de Tahiti  : Le sénateur Tuheiava souhaite que la France cède à la Polynésie le droit d’exploiter les fonds sous-marins de sa ZEE, notamment pour les terres rares qui s’y trouvent. Y êtes-vous favorable ?

François Hollande : La maitrise par la Polynésie française de ses ressources naturelles est une préoccupation légitime. Néanmoins, compte tenu de la complexité de l’exploitation des fonds marins concernés et des risques pour l’environnement, celle-ci ne pourra se faire sans appui de l’Etat.

La Dépêche de Tahiti  : Le nombre de victimes reconnues par loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires se compte sur les doigts d’une seule main. La réformerez-vous ? Si oui, de quelle façon ?

François Hollande : Nous devons nous rappeler que nous avons procédé à des essais nucléaires et qu’il convient d’en assumer les conséquences à l’égard de nos compatriotes polynésiens au nom de la solidarité nationale. Il y a là un droit à réparation. Une fois de plus, je salue le formidable travail des associations et du sénateur Tuheiava pour sensibiliser les pouvoirs publics sur ce sujet essentiel. Je soutiendrai donc l’adoption de dispositions prenant en compte les intérêts des Polynésiens dans le suivi des conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires, afin d’assurer une plus grande transparence, un accès du plus grand nombre à l’information et une indemnisation efficace des victimes.

La Dépêche de Tahiti  : Etes-vous favorable à des Accords de Tahiti Nui, sur le modèle de l’Accord de Nouméa, avec, à l’issue un referendum d’autodétermination ?

François Hollande : Les questions institutionnelles ne se posent cependant pas de la même façon en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie. Pour ce qui concerne cette dernière, ma priorité va à l’instauration d’une vraie stabilité institutionnelle et politique, car celle-ci conditionne le développement du territoire. Rien ne sera imposé, même si le cadre doit être la République.

La Dépêche de Tahiti  : Le gouvernement actuel pose des conditions très rigoureuses à la Polynésie en échange de prêts de l’AFD (vente de la représentation à Paris, vente des parts dans la banque Socredo…). Aurez-vous autant d’exigence ?

François Hollande : C’est effectivement le Gouvernement qui a fixé les conditions de décaissement de ce prêt. Bien entendu, l’Etat doit s’assurer qu’un tel prêt participe véritablement au redressement financier durable des finances de la Polynésie française. C’est pourquoi, le ministère des finances doit négocier avec les autorités de Polynésie loyalement, en respectant les compétences de la Polynésie et sans condescendance. Je ne suis pas certain que cela ait été le cas. Avec Oscar Témaru, des efforts notables sont entrepris pour redresser les finances publiques. Je sais qu’il souhaite inscrire ces efforts dans la durée pour parvenir à un résultat. Pour cela, il a besoin de stabilité politique.

La Dépêche de Tahiti  : Réduirez-vous les niches fiscales si vous êtes élu ? L’inspection générale des finances juge les niches fiscales et sociales outre-mer peu efficaces, les parlementaires sont de plus en plus nombreux à penser que des dotations seraient plus efficaces. Que ferez-vous ?

François Hollande : La droite, au nom de ce qu’elle appelle le développement endogène des outre-mers et qui signifie en réalité le désengagement budgétaire de l’Etat, a procédé à 5 réformes en 5 ans des dispositifs de défiscalisation des investissements outre-mer et diminué de 470 M€ le montant de l’enveloppe de la défiscalisation des investissements productifs outre-mer dit « Girardin industriel ». Je suis personnellement favorable à la mise en œuvre d’un développement solidaire en veillant au maintien des mécanismes de solidarité et en stimulant la création locale de valeur ajoutée. C’est dans ce cadre que j’ai fait le choix de maintenir le montant de la défiscalisation et de plafonds spécifiques pour l’outre-mer afin de préserver l’attractivité de ce dispositif essentiel pour le financement des économies ultramarines. En revanche certaines modalités de la défiscalisation sont à revoir pour une plus grande efficacité du dispositif. Ainsi, je simplifierai les procédures d’agrément de la défiscalisation du logement social. En outre, j’harmoniserai les taux d’intérêt pratiqués par les banques d’outre-mer en faveur des entreprises sur ceux pratiqués dans l’Hexagone et je favoriserai l’investissement d’une part significative de l’épargne des ultramarins dans l’appareil productif local.

La Dépêche de Tahiti  : Êtes-vous favorable à l’introduction de l’euro dans les territoires français du Pacifique. Dans le cas contraire, une dévaluation du Franc pacifique est-elle envisageable ?

François Hollande : Je ne crois pas que, dans la période de crise monétaire et financière que nous vivons, introduire l’Euro dans un territoire fragile comme la Polynésie soit une priorité, au moins à court terme. En revanche, il est possible d’entreprendre une réflexion sur le Franc pacifique. La monnaie ne doit pas être un frein à l’économie, elle doit permettre de faciliter les échanges et stimuler la croissance et l’investissement.

La Dépêche de Tahiti  : En Polynésie française, les fonctionnaires d’Etat sont indexés à 75 %. Cette surémunération explique pour une part la cherté de la vie locale. Etes-vous favorable à une réforme de cette indexation ?

François Hollande : A ce stade, je ne l’envisage pas. Il y a déjà tellement de sujets prioritaires et bien plus urgents à régler outre-mer qu’il n’est pas question, pour moi, d’engager une réforme qui irait contre le pouvoir d’achat des fonctionnaires et qui amènerait nécessairement à de nouvelles tensions. Partout outre-mer, la vie chère est la principale préoccupation des habitants. De tels écarts de prix sur des produits de consommation courante ne se justifient absolument pas. Ils sont la marque d’économies qui demeurent fortement dépendantes des importations, dont les circuits restent très concentrés. C’est pourquoi, j’ai décidé de lutter sans concession contre les monopoles et les marges abusives, en renforçant les instances de contrôles et les observatoires des prix et des revenus. Dans la limite des compétences de l’Etat en Polynésie, je favoriserai la concurrence notamment en luttant contre les exclusivités accordées aux agences de marques et en créant en accord avec les collectivités des plateformes logistiques mutualisées pour la distribution alimentaire et artisanale. Je mettrai en place un « bouclier qualité-prix » grâce à des chartes entre la grande distribution et les producteurs locaux et si nécessaire, en encadrant les prix des produits de première nécessité. J’encouragerai les circuits courts de distribution en favorisant la mise en marché des productions locales et je favoriserai l’organisation des consommateurs en introduisant la notion d’actions de groupe.

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