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Wifi gratuit

Internet : Coca-cola et Facebook à l’assaut de l’Afrique

3 janvier 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Le continent africain demeure le parent pauvre de l’ère numérique. Un déficit que tentent de combler d’ambitieuses initiatives locales... mais aussi un gigantesque marché, qui attise l’appétit des multinationales.

Smileys par « Oju Africa »

« Iziswe » signifie « Nation » en langue Xhosa. C’est le terme choisi par les artisans d’un projet de développement à but non lucratif qui, depuis un an, propose un accès totalement gratuit à internet, sans mot de passe ni identifiant, dans la municipalité sud-africaine de Tshwane.

Couronnée de succès, l’initiative pourrait fort bien être étendue à l’ensemble de l’Afrique du Sud, déclarait en décembre dernier son fondateur, le « serial entrepreneur » Alan Knott-Craig, au magazine « AfricaCom ».

Financé par des fonds publics, le Projet « Isizwe » exclut toute forme de publicité et « ne coûte qu’1 Rand (soit 7 centimes d’euros) par Gigabit » précise le jeune chef d’entreprise, qui estime que le modèle basé sur la réduction des coûts permise par la technologie wi-fi pourrait être décliné à l’échelle du continent africain.

« L’accès à l’internet mène à l’emploi », affirme M. Knott-Craig : « les gens peuvent envoyer des CV, ils peuvent chercher du travail et créer des entreprises en ligne, (…) les jeunes qui veulent aller de l’avant peuvent pallier le manque d’enseignants et de livres en allant chercher leurs cours sur l’Internet ».

Gratuit et sans identifiant ni mot de passe, le modèle d’ "Isizwe" pourrait être étendu à l’ensemble de l’Afrique du Sud et même du continent africain, estiment les porteurs du projet.

Des partenariats visant à étendre l’expérience « Iziswe » sont d’ores et déjà envisagés avec le Bostwana et l’Ouganda, rapporte « AfricaCom ».

Avec un taux de pénétration internet de 26%, contre une moyenne mondiale de 42%, le continent africain demeure le parent pauvre en terme de connectivité.

Les partenariats publics-privé constituent un outil majeur dans la lutte contre cette inégalité devant l’Internet, qui s’ajoute aux multiples handicaps dont pâtissent les économies africaines.

Si l’Afrique du Sud, en pôle-position de l’e-Afrique, demeure la terre de prédilection de ces initiatives, les partenariats de ce type sont aussi adoptés dans des pays nouvellement initiés à l’ère numérique.

Kigali, la capitale du Rwanda, est devenue en 2013 la première « ville digitale » de l’Est africain, coiffant au poteau le Kenya et son ambitieux projet de Konza Techno City, retardé par d’invraisemblables complications bureaucratiques.

Avec le projet « Smart Kigali » porté par les opérateurs téléphoniques locaux, « le Rwanda peut étendre son empreinte dans la Région, et brûler les étapes-clefs de l’industrialisation », analysait en septembre 2013 le magazine kenyan « Africa Review ».

Une avancée réalisée grâce à une synergie de compétences africaines et notamment à l’intervention de spécialistes issus de Centrafrique voisine. « Pourquoi, à l’ère de la mondialisation, la RCA est-elle à la traine, par rapport aux autres pays du continent tel que le Rwanda dont la capitale, Kigali, dispose d’un accès à l’Internet gratuit ce, grâce à la technicité des experts centrafricains ? » s’interrogeait en février dernier le site « Centrafrique Libre ».

Avec le projet "smart Kigali", le Rwanda "brûle les étapes-clef vers l’industrialisation".

L’essor du wifi gratuit serait-il un marqueur d’émancipation post-coloniale ?

Considéré comme un « droit humain » par les ONG et les Gouvernements et porté par des entreprises africaines, l’accès à l’internet pourrait ajouter 300 milliards de dollars à la croissance du continent africain dès l’horizon 2015.

La martingale n’a pas échappé aux entreprises multinationales et plus particulièrement à Coca-Cola et à Facebook, qui développent d’ores et déjà des modèles inspirés des expériences sud-africaines.

Divinité cachée des « Dieux sont tombés sur la tête » — une satyre aussi lucrative qu’ambivalente filmée dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid — la célèbre compagnie de soda agit désormais au sol, en doublant d’un wifi gratuit l’installation de distributeurs automatiques. Une technologie légère qui peut aisément atteindre des zones reculées où l’ouverture des commerces ne serait pas forcément rentable, rapporte « TechCentral », un site sud-africain spécialisé dans les NTIC.

S’engouffrant dans la brèche ouverte par les partenariats public-privé, le tandem Coca-Cola/"BT" installe des zones de wifi gratuit... conditionnées à l’implantation de distributeurs de boissons gazeuses.

Testée dans les aires rurales de l’Eastern Cape et de Mpumalanga, l’implantation des « wifi coolers » est portée par The Coca-Cola Company South Africa et le géant des télécommunications « BT » (ex « British Telecoms »). Une stratégie clairement commerciale, qui, selon plusieurs observateurs, pourrait aussi permettre à Coca-Cola de contourner l’interdiction de promouvoir ses produits à proximité des établissements scolaires.

En Zambie, c’est un partenariat entre Facebook et la multinationale indienne « Airtel » qui soutient le développement d’« internet.org ». Élaborée en partenariat avec des poids lourds tels que Nokia, Samsung ou Ericsonn, cette application vise à « connecter le monde entier » affirme Mark Zuckerberg, fondateur du célèbre réseau social, dans la grande tradition philanthropique américaine.

En l’espèce, Facebook ne verse rien à « Airtel » pour la consommation de bande passante en Zambie, où à peine 15% de la population dispose d’un accès à l’Internet. L’application offre un bouquet d’une douzaine de sites, dont l’encyclopédie en ligne Wikipédia, des sites de météorologie et de santé… et bien sûr, Facebook et son application « Messenger ».


La compagnie indienne trouve de son côté dans le développement d’« internet.org » un moyen d’atteindre une clientèle désireuse, à terme, d’accéder plus pleinement à la toile.

Les deux entreprises ont en décembre dernier annoncé l’extension de la formule au Kenya voisin.

Les canonnières et les aventuriers à la Cecil Rhodes remontaient hier le Congo, le Zambèze ou le Rufiji ; c’est désormais le flux invisible de l’Internet qui porte les multinationales à l’assaut du continent noir.

Légitimées, à l’instar des expansions du XIXe siècle, par un discours philanthropique, ces stratégies de conquête du marché africain conditionnent l’essor de la technologie-phare du XXIe siècle à la vente de boissons gazeuses ou aux tactiques de grands opérateurs du secteur télécom.

Les modèles construits par les Africains y survivront-ils ?

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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