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Tribune Libre de Jean-Bruno Escyle

In Réyoné lé for : la pi lèr po douté !

4 juillet 2016
Jean-Bruno Escyle
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J’avais déjà vu monsieur Prosper Ève à plusieurs reprises à la télé ; je l’avais déjà lu. Et un jour, je me retrouve, parmi d’autres habitués, assis sur une chaise dans la MJC de Bras-Panon à l’écouter me raconter un épisode de mon histoire.

Peinture murale représentant Sudel Fuma (1952-2014), dans une ruelle située derrière la cathédrale de Saint-Denis. Photo : JCL.

Artiste réunionnais affirmant depuis plus de 25 ans le son de La Réunion, j’ai pris conscience de ce qui résonnait au plus profond de moi — et de l’importance de le transmettre aux autres — par le biais de mon engagement personnel. Depuis ce jour, mon approche du « ségamaloya » a pris une autre dimension et mes connaissances, acquises déjà depuis quelques temps sur l’histoire de notre musique, ont pris encore plus de sens ; le lien était fait avec la terre de La Réunion mais aussi avec le reste du monde.

Présent seulement à quatre reprises aux conférences de Prosper Ève en 2015, j’ai plus appris sur mes ancêtres, sur mon île, sur les héros dont La Réunion doit être fière, sur moi-même que durant toute une scolarité sur les bancs de l’école de la république dont le programme fut de m’apprendre d’autres histoires — certes nécessaires — et non la mienne ; de contribuer à la construction de mon ambition, de ma réussite et non de mon identité de descendant d’esclave affranchi et d’engagé indien.

J’ai découvert à travers Prosper Ève quelqu’un de passionné, convaincu par la grande valeur des hommes et des femmes qui ont façonné cette culture réunionnaise. J’ai découvert quelqu’un doté d’un talent magistral qui, au fil de ses récits ,a élevé mes ancêtres réunionnais, en terme de sagesse et de tolérance, au même rang, voire plus haut, que nos Mandela, Ghandi, Thérésa contemporains. Je recommande donc au plus grand nombre de prendre connaissance de ses ouvrages, de venir l’écouter.

Prosper Eve

Monsieur Prosper Ève a renforcé ma conviction en mon île et ainsi fait en sorte que La Réunion serve d’exemple pour l’humanité... comme l’ont fait jadis Timagène Houat, Levavasseur, Leconte de Lisle, Élie et tant d’autres.

Aujourd’hui, ce sont Dimitri Payet, Daniel Narcisse, Sébastien Folin, Lucie Ignace, Danyel Waro, Lindigo, les « Tambours Sacrés » — et d’autres que j’oublie certainement — qui font briller La Réunion ; et combien encore vont faire de même dans plein d’autres domaines ?

C’est cette La Réunion que j’ai découverte dans les propos de monsieur Ève, La Réunion qui se bat et qui gagne. La Réunion qui construit, qui partage avec les autres. La Réunion en lien avec son passé qui fabrique des héros d’envergure internationale.

Jean-Bruno Escyle, leader du groupe Apolonia, fan de Prosper Ève.

Hélas aussi, La Réunion qui constate une certaine passivité, un manque d’engagements, de courage de la part de bon nombre de ses enfants ; devant par exemple une possible crise alimentaire qui nous guette compte tenu des conflits qui ont tendance à perdurer dans notre région, compte tenu aussi de notre auto-suffisance dans ce domaine qui est loin de redevenir comme aux siècles passés ; laissant notre destin entre les mains de personnes qui ne prennent pas toujours des décisions de bon sens face aux difficultés réunionnaises et aux défis.

Mais fort heureusement, une Réunion éveillée et consciente de son potentiel.
Connaître notre histoire, c’est briser petit à petit les chaînes de la culpabilité, de la stigmatisation, de l’auto-censure que les ennemis de la tolérance et de l’émancipation nous ont mises afin que nous cultivions la négation de nous même, que nous ne nous considérions jamais suffisamment formés, jamais suffisamment instruits, jamais suffisamment diplômés si nous faisions le choix de prendre des responsabilités chez nous pour garantir et préserver l’héritage de nos anciens et aider nos frères et sœurs réunionnais à s’en sortir par le travail, l’abnégation et s’élever vers l’excellence.

S’il y a un message que je veux faire passer, ce serait celui-là : vous réunionnais, et en particulier vous les jeunes, aujourd’hui vous êtes condamnés à vous intéresser à votre histoire si vous voulez mettre toutes les chances de votre coté pour sortir de l’engrenage du chômage, de la précarité : les exemples de courage, de réussite et de ténacité chez nos ancêtres ne manquent pas dans notre histoire.

Et à mon sens tout l’enjeu est là, vous éloigner de cette histoire ou vous la livrer de manière subjective ou partiale contribue à minimiser son importance, ses effets, à dissimuler, voire à effacer, vos références.

De ce fait, qui mieux qu’un Réunionnais connaissant les codes de notre
société et toutes les subtilités de la langue créole peut trouver les mots justes afin de nous donner les clés de notre réussite, sûrement cachées dans notre histoire ou en nous ?

En tant qu’artiste réunionnais, je ne connais rien de mieux que le ségamaloya — espace de liberté créé par nos ancêtres pour faire face à l’insupportable société esclavagiste — pour transmettre La Réunion aux futures générations. Pour faire briller l’île à l’échelle de l’humanité, en partageant avec les autres. dans une forme de « World Konnection ».

C’est la raison pour laquelle je me joins à tous ceux qui admirent l’engagement de notre historien Prosper Ève et, à travers lui, aux autres qui œuvrent dans le même sens. En particulier celui qui, grâce à son courage et son abnégation sans faille, a levé le voile sur des pages sombres de notre histoire commune : monsieur Sudel Fuma.

Réyoné lé for, la pi lèr po douté son valèr, son gouté.

Jean-Bruno Escyle
Juillet 2016

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