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Nature & patrimoine

Île Maurice : SOS pour Pomponette

26 septembre 2016
7 Lames la Mer
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Selon un vieux pêcheur, « Pomponette » est réputée pour ne rendre les corps que rarement...

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Photos : Gada.

« SOS pour “Pomponette” ! » Mais qui est cette « Pomponette » au nom si délicieux ? Et pourquoi ce SOS ? Quel danger guette donc « Pomponette » ?

« Pomponette » est l’une des plus belles plages publiques de la côte sud de l’île Maurice.

« Gare aux pelleteuses, la plage publique de “Pomponette” sera bétonnée », explique un de nos contacts sur le Net. « Un hôtel 5 étoiles devrait y être construit prochainement : 152 suites, 3 restaurants, une salle de conférence, un club vacances de plus de 200 unités, des piscines, une jetée... Assez ! »

Les hôtels occupent déjà 20% du littoral mauricien alors que les plages publiques ne représentent que 10 % de ce littoral.

Dans ce contexte, on comprend qu’un hôtel de plus pour une plage publique de moins, c’est une équation de trop.

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Un hôtel de plus (visuel du projet ci-dessus) pour une plage publique de moins, c’est une équation de trop pour nombre de Mauriciens.

Le SOS lancé sur facebook pour tenter de sauver « Pomponette » a donné lieu à de multiples commentaires qui démontrent, si besoin était, l’attachement des Mauriciens à leur patrimoine en général et à leur patrimoine naturel en particulier. Et leur légitime exaspération — doux euphémisme — face à la prolifération du béton.

Voici un florilège de ces commentaires...

(...) — Planète BÉTON !

— Il y a déjà beaucoup d’hôtels à Maurice. Sont-ils toujours pleins pour que l’on envisage de détruire un peu plus cette île magnifique ?

— Ce qui me désole, c’est que le soit-disant développement économique de l’île se fait au détriment de la population qui perd ainsi une plage publique magnifique.

— Trop d’hôtels à Maurice tue l’hôtel ! Beaucoup d’anciens clients ne veulent plus aller à Maurice car tout est bétonné !

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"Pomponette" et sa borne, par Gada.

— Une plage d’une beauté sauvage... mais si je ne me trompe pas, c’est la plage de Maurice avec le plus de noyades, avec des courants forts et imprévisibles. (...) Alors investisseurs hôteliers, laissez la belle nature sauvage de « Pomponette » tranquille.

— Comment détruire un paradis...

— On se battra pour chaque grain de sable de cette plage magnifique (...). Y en a marre de ce bétonnage à outrance, de ces gros hôtels aseptisés à mille lieues de la réalité et de la vie des Mauriciens, marre de cet appât du gain qui déshumanise tout et qui prive les Mauriciens d’un des rares plaisirs qu’ils peuvent encore se permettre sans dépenser trop d’argent. (...) Alors non ! Ils ne peuvent pas voler notre plage.

— Comment peut-on donner l’autorisation de construire un hôtel sur une plage où il y des panneaux « Dangerous » ? (...)

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Le veloutier en forme de parasol qui surplombe la baie. Photo : Gada.

Le magazine « 5 Plus Dimanche » a même qualifié « Pomponette » de plage « dévoreuse d’hommes », rappelant les tragédies passées, et notamment celle de 1968 lorsque 7 étudiantes du « Queen Elizabeth College » se sont noyées avec leur maître-nageur. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés.

Selon un vieux pêcheur, « Pomponette » est réputée pour ne rendre les corps que rarement.

Face aux atteintes portées à l’environnement, au patrimoine — tant naturel qu’architectural et culturel — et au changement de statut de certaines plages (plages publiques transformées en plages privées), la mobilisation s’est organisée et monte en puissance à chaque nouvelle attaque.

Ainsi, le 13 septembre 2016, le collectif « Aret kokin nu laplaz » a mis en ligne une pétition réclamant : « rendez les plages mauriciennes aux Mauriciens » [1] !

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Photos : Gada.

De plus en plus de voix s’élèvent pour dire « Assez ! » Le 20 septembre, la « Plateforme Maurice Environnement » [2] (Platform Moris Lanvironnman) a publié un communiqué (lire le communiqué à la fin de cet article).

Quelles que soient les tendances ou les collectifs citoyens, il s’agit globalement de dénoncer la privatisation de plages publiques au profit de projets divers (hôtels, smart cities, etc.).

« “Pomponette”... rien que le nom vaut le détour. C’est une des dernières plages sauvages du Sud de l’île. Les coraux à fleur d’eau se trouvent à deux pas de la plage. Selon la marée, il est facile de venir les observer à pied... sans oublier le veloutier en forme de parasol qui surplombe la baie. Les mots me manquent. Je suis consternée ».

SOS pour « Pomponette » !

7 Lames la Mer

Les enjeux du littoral et la déproclamation de 16 arpents de plage publique à « Pomponette »

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Photos : Gada. (Extraits).

« Platform Moris Lanvironnman » plaide depuis quelque temps en faveur d’un aménagement du territoire, et donc du littoral, qui respecte les principes du développement durable, c’est-à-dire un développement où l’écologie, le social et l’économie sont fondamentalement liés. Des projets à caractère économique ou une option de développement économique où les deux autres piliers du développement durable ne sont pas pris en considération, courent le grand risque de mettre, dans le moyen et long termes, en péril les bases même de ce qui fait fonctionner l’économie.

En septembre 2015, « Platform Moris Lanvironnman » avait, dans un communiqué, écrit ceci :

« Afin d’assurer à l’avenir une saine gestion de nos côtes, d’une perspective de seuil de tolérance écologique et social, PML souhaite apporter les propositions suivantes :
— (…) un aménagement de la bande côtière autour de l’île selon les principes de l’Integrated Coastal Zone Management (ICZM). La gestion intégrée des zones côtières prend simultanément en compte les enjeux terrestres et marins, naturels, économiques et sociaux d’une zone littorale définie. (…)
— (…) que le gouvernement revoie en profondeur sa politique d’octroi de baux sur le littoral à des fins de développements économiques ainsi que les conditions des baux existants.
— Ceci en tenant compte également, dans un esprit d’équité et de développement inclusif, de l’accès du public aux plages, accès qui rétrécit au fil des semaines
 ».

Car les plages ont une fonction écologique et une fonction sociale.

La fonction écologique des plages est à facette multiple : rôle de tampon lors de conditions météorologiques extrêmes par dissipation de la force des vagues, protection face aux graves risques liés à la montée du niveau de la mer, soutenance de nombreuses formes de vie dépendant du sable et qui nourrissent et soutiennent l’écosystème et sont importantes pour l’intégrité des plages et donc pour la côte, pour ne citer que celles-là. Des entraves à la dynamique naturelle du littoral (par la construction de structures inadaptées par exemple) font courir le risque de perte de plages par érosion. Les exemples autour de l’île ne manquent pas.

Pour les Mauriciens, la plage est le lieu de détente, de loisir et de convivialité en plein air par excellence, et donc de ressourcement mental et physique. Les espaces verts et la mer sont connus pour apporter bien-être à ceux qui les fréquentent. Cet espace social que sont les plages à Maurice est vital à l’équilibre social et au bien-être de la population de notre pays ; un amoindrissement de cet espace, en termes de quantité et/ou de qualité, ne serait pas sans impact sur cet équilibre et ce bien-être. Or, la population voit au fil des mois son accès à cet espace se rétrécir. Et cette fois, il s’agit d’une plage proclamée publique depuis 1991, d’une superficie de plus de 16 arpents (69940m2) et avec un rivage de 900 mètres à « Pomponette ».

« Pomponette » fait partie de ces plages qui évoquent dans l’esprit des Mauriciens le sud sauvage. Sa belle plage publique faisant partie du Pas Géométriques Bel Air est appréciée pour le bien-être que son espace au grand air procure. Il est utile de souligner aussi que face à la montée du niveau de la mer et à l’érosion, la préservation de la zone dynamique de la plage est une nécessité ; nécessité renforcée par l’exposition de cette plage aux houles du sud.

Les politiques nationales relatives aux régions côtières menées jusqu’ici ont-elles réussi, pour le bien commun, à préserver les fonctions écologiques et sociales des plages autour de Maurice ?

La déproclamation de la plage publique de « Pomponette » dans le but de constituer un nouveau bail hôtelier d’une superficie de quelque 31 arpents, alors que le gouvernement n’est lié par aucun engagement passé, peut-elle assurer que les fonctions écologiques et sociales de cette plage ne soient pas perdues mais au contraire améliorées ?

PML réitère donc, dans le contexte du cas actuel de « Pomponette », ses propositions à l’effet que « (…) le gouvernement revoie en profondeur sa politique d’octroi de baux sur le littoral à des fins de développements économiques ainsi que les conditions des baux existants. Ceci en tenant compte également, dans un esprit d’équité et de développement inclusif, de l’accès du public aux plages, accès qui rétrécit au fil des semaines ».

Platform Moris Lanvironnman
20 Septembre 2016

7 Lames la Mer

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