Categories

7 au hasard 20 mai 2014 : Histoire de Saint-Gilles : de la solitude aux multitudes - 16 septembre 2013 : La Réunion de « l’éternel créole » - 25 novembre 2013 : Le fantôme de Baudelaire... dans une photo ? - 23 avril 2013 : Sous les arbres... le théâtre ! - 23 mai 2015 : Bal Zétwal... dernié viraz ! - 17 avril 2016 : Un lac secret dans les hauts de La Réunion - 1er juillet 2014 : CILAM : blouses blanches contre casquettes rouges - 11 décembre 2015 : « Les enfants de la Martinique deviennent lucides » - 13 décembre 2014 : CIA : l’agent qui avait révélé la torture est en prison - 13 décembre 2013 : Qui veut la peau de La Réunion ? -

Accueil > La Réunion > Economie et société > « Il est temps de se rebeller » !

Changement climatique

« Il est temps de se rebeller » !

17 mars 2019
Reynolds Michel
fontsizedown
fontsizeup
Version imprimable de cet article Version imprimable

« Il est temps de se rebeller pour sauver l’avenir », disent les jeunes du mouvement « Fridays for Future », en appelant à des grèves scolaires pour le climat.


Il y a urgence


« Nous sommes d’ores et déjà pleinement entrés dans le "futur climatique" », déclaraient tout récemment 700 scientifiques français dans un Appel aux dirigeants politiques pour qu’ils passent « de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone » [AFP, 08/09/2018].

« Il est temps de se rebeller pour sauver l’avenir », disent pour leur part les jeunes du mouvement « Fridays for Future », en appelant à des grèves scolaires pour le climat. Avec une première demande précise adressée à leurs dirigeants : « la réduction annuelle de 4% des émissions de gaz à effet de serre afin de s’aligner sur l’accord de Paris » [Le Monde, 15/02/219].

Pour ces jeunes, ces scientifiques et bien d’autres citoyen.ne.s, le temps n’est plus à l’inaction et aux beaux discours, comme le montrent les récents chiffres d’émissions de gaz à effet de serre, provenant de la combustion des énergies fossiles, qui indiquent des tendances inquiétantes [+ 1,8 % en Europe et + 3,2 % en France en 2017 par rapport à 2016]. Seuls des mesures immédiates et des engagements de court terme, dans le cadre d’un cap clair avec des objectifs ambitieux, peuvent nous permettre de relever le défi. Il y a urgence.


Une vraie révolution mentale et culturelle


Si la transition écologique est possible, elle ne va pourtant pas de soi, tant les résistances aux changements sont nombreuses et résistantes. Nos décideurs économiques et politiques, dans leur ensemble, savent ce qu’il faut faire pour éviter la catastrophe, mais devant le changement considérable que cela implique, ils prennent peur, peur de mettre en cause trop d’intérêts financiers, de trop bouleverser les choses. Ils préfèrent se contenter de demi-mesures, d’ajustements à la marge, alors que des mesures profondes sont indispensables. Un certain nombre de personnes refusent tout simplement de voir la réalité.

Des citoyens qui n’ont pas encore en mains tous les éléments du dossier estiment que la crise économique, sociale et financière est bien plus grave. Pour les plus cyniques, il n’est pas question de renoncer à des gains financiers et à des privilèges.

La transition écologique relève d’un immense défi. Car elle implique une autre manière de produire, de distribuer, de circuler, d’habiter, de consommer… Bref, une vraie révolution mentale et culturelle. Mais n’anticipons pas trop vite. Commençons par dire ce qu’est la transition énergétique, volet essentiel de la transition écologique.

Dessin d’enfant. Vietnam.

Renoncer à la société du « tout jetable »


La transition énergétique désigne la transformation de notre système de production, de distribution et de consommation d’énergie, basé encore essentiellement sur la consommation d’énergies fossiles [gaz, pétrole, charbon] à une production reposant sur d’autres types d’énergie (solaire, éolien, biomasse), en vue de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre qui réchauffent la Terre. Elle relève de l’urgence si l’on veut éviter un réchauffement climatique compris entre 5 et 6 degrés d’ici la fin du XXIe siècle, aux conséquences potentiellement catastrophiques. C’est dire que la question énergétique est indissociable de la question environnementale et écologique.

Cette transition énergétique, ce passage à d’autres types d’énergie, comme nous l’avons laissé entendre, implique des changements profonds tant dans nos modes de production [moins consommatrice d’énergie] que dans nos habitudes de consommation (moins de viande…), tout en renonçant à la société du « tout jetable » [l’obsolescence programmée des objets, outils, équipements… qui génère beaucoup de déchets et de pollution]. Ainsi davantage de monde pourra travailler. Ainsi il faudra plus de bras dans les filières de la réparation et dans le recyclage et dans les champs si nous voulons une agriculture responsable, sans engrais, ni pesticide. Car la transition énergétique postule une agriculture sans carbone et diversifiée capable d’alimenter, via des circuits courts, des petits centres urbains très denses, reliés par des transports publics [Gaël Giraud, 2019]. Et de ce fait, une ré-articulation des territoires urbain et rural. Quant à l’industrie, sa décarbonisation entraîne, nous semble-t-il, sa relocalisation et une politique plus centrée sur la demande.

Une œuvre de Julie Heffernan.

Vers un autre projet de société


La transition écologique dans sa globalité engage donc à des choix rationnels importants, des choix individuels et collectifs qui orientent la société vers d’autres modes et styles de vie. C’est dire que nous ne pouvons plus raisonner en mettant en priorité la croissance économique, assise sur la consommation croissante de ressources énergétiques abondantes et polluantes.

C’est parce que la transition écologique nous oriente vers un changement de cap qui touche à la racine de notre organisation économique et sociale qu’elle implique un vrai projet de société, un projet de société à construire avec les citoyens et les peuples en faisant vivre la démocratie participative et délibérative. C’est ensemble qu’il faut décider de la transformation de nos systèmes de production et de consommation vers des modes de vies et mobilités durables. Mais pour qu’elle devienne une réalité, elle doit mobiliser le principe de la justice sociale. Urgence écologique et urgence sociale vont de pair.

Avons-nous affaire à un projet antilibéral ? L’écologie est politique, nous dit la philosophe Catherine Larrère, parce quelle « engage un projet social d’ensemble dans lequel la transformation des rapports sociaux dans un sens plus égalitaire et la modification de nos rapports à la nature sont inséparables » [L’humanité, 13/04/2018]. Selon Cécile Renouard, autre philosophe, la transition écologique est « un projet qui favorise une façon de vivre en commun où s’équilibrent le travail, les engagements familiaux, associatifs et politiques, le repos, la détente, la gratuité ; nous avons sans doute à inventer de nouveaux rythmes, de nouvelles manières de vivre pleinement l’instant présent, de revenir à l’essentiel ». C’est vers une transformation radicale de nos systèmes de production et de consommation qu’elle nous invite d’avancer [L’Atelier métaphorique, 14/03/2012].

Image extraite du film "La Planète des singes",
de Franklin J. Schaffner, 1968.

Des décisions à prendre dès maintenant


Pour l’économiste Gaël Giraud qui a, en 2009, cosigné avec Cécile Renouard « Vingt propositions pour réformer le capitalisme » [Champs essais], la transition écologique est le grand projet, le grand récit, la grande utopie capable de se substituer au modèle de la croissance infinie dans une société entièrement privatisée. Et il suggère dans « L’illusion financière » [Editions de l’atelier, 2013] des pistes pour lever les obstacles financiers à sa mise en œuvre. C’est un projet de longue haleine, qui appelle un vrai débat démocratique pour trancher entre les différents scénarios possibles de mise en œuvre de cette transition. Mais des décisions politiques importantes sont à prendre dès maintenant.

Certes, un peu partout dans le monde, des initiatives naissent sur le terrain, mais « quelles que soient la richesse et la densité des initiatives issues de la société civile, si elle n’ont pas un effet de levier plus important, elles vont rester très "micro" et risquent de s’épuiser ». D’où la nécessité d’articuler ou de ré-articuler « ces initiatives locales avec une vision stratégique globale de long terme ».

Les États-nations doivent assumer, en lien avec les sociétés civiles, leurs responsabilités en investissant massivement dans la transition écologique. L’Europe a un rôle important à jouer en mettant ses forces politiques et financières dans la bataille pour avancer vers un modèle de société respectueux de la planète et de ses habitants.

Reynolds Michel

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter
(|non)]