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Carnets de campagne

Hé, ho, la droite !

27 novembre 2016
Geoffroy Géraud Legros
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Didier Robert retombe sur ses pattes — La NRL a deux papas — Coupes budgétaires outremer ? Pas de ça Lisette — Message à peine subliminal de Michel Fontaine reçu 5/5 par François Fillon — Chateauvieux rue Oudinot ? — Virapoullé, fidèle mais résigné — Margie tape dans les gamelles — Rêveuse bourgeoisie : les bobos se noient dans un verre d’eau — Le juppéïsme est un humanisme en peau de lapin.


À La Réunion : le ballet des retournements de veste


Ne boudons pas notre plaisir : ce fut un véritable ravissement que de voir quelques-unes des « têtes » des Républicains locaux avaler en une nuit un chapeau de la taille d’un sombrero et passer d’un soutien déjà fort peu sincère à Nicolas Sarkozy à une Fillon-mania de pure façade.

Dans ce ballet des retournements de veste, deux hommes forts de la droite parviennent, nous semble-t-il, à éviter le discrédit : Didier Robert et Michel Fontaine.

Didier Robert pourra arguer de son adhésion de début de primaire à l’ancien Premier ministre, et dira à bon droit que les propos de ce dernier relatifs à la colonisation envisagée comme « partage culturel » ne lui laissaient d’autre choix que la rupture. Et l’on sait, effectivement, que la tirade fillonienne sur la « colonisation heureuse » a réellement cueilli à froid le Président de la Région Réunion.

Juppé sélectionné in extremis grâce aux électeurs de gauche qui s’apprêtent à voter Hollande ou Valls — c’est dire s’ils ont les idées claires —, Sarkozy sorti par ces mêmes électeurs de gauche, il n’était pas absurde que Didier Robert revînt à sa position de départ. Ce retournement est d’autant moins surprenant que l’homme a, tout de même, une Nouvelle Route du littoral (NRL) à faire.

Or, François Fillon, qui aida en 2010 un Didier Robert fraichement élu à convertir les fonds du regretté projet de tram-train en financement de la gigantesque route en mer, est aussi à l’origine de ce grand chantier, qui, si l’on peut dire, a donc deux papas.

Ajoutons à cela le puissant parrainage du sarthois par Jacques de Chateauvieux, seul capitaliste réunionnais réellement intégré à la division internationale du travail, très-catholique et, murmure-t-on, ministrable à l’Outremer si François Fillon entre à l’Elysée : le choix Président de région apparaît alors parfaitement rationnel. Il est d’autant plus efficace qu’il fut sobrement énoncé à peine les résultats de la primaire tombés.

Fillon est réputé rancuneux : va-t-il, comme on le dit dans certains cercles, garder un chien de sa chienne à Didier Robert, qui l’a étrillé dans un courrier (public) lui reprochant ensemble son apologie de la colonisation et son agressivité à l’égard de Nicolas Sarkozy, le tout sous l’invocation, assez inattendue, des mânes de Césaire et de Fanon ?


La « Métropole » a plus besoin des Outremer que le contraire


Nous n’y croyons guère : à l’inverse du PS version Annette, la droite locale a fort bien compris que la « Métropole » a plus besoin des Outremer, et particulièrement, de « son » océan Indien, que le contraire. Elle n’hésite pas, lorsqu’il le faut, à braver Paris — Didier Robert n’en serait sans doute pas là s’il n’avait, un jour, engagé le rapport de force avec les instances de l’UMP — ou, en tout cas, à faire entendre son peu de goût pour les recettes libérales.
Le communiqué émis à l’issue de la primaire par Michel Fontaine, patron local des « Républicains » et véritable homme fort de la droite ultramarine s’adresse-t-il au Fillon « d’avant », étatiste, gaulliste social et disciple de Philippe Séguin. Le message est clair : coupe tout ce que tu veux de budget dans l’hexagone, mais pas à La Réunion.

Message entendu : le prétendant à l’investiture de la droite et du centre s’est empressé d’assurer, par la bouche de l’un de ses conseillers, que « les économies » — comprendre : les coupes budgétaires — « ne concerneraient pas l’Outremer ». On verra ce que vaut cet engagement, mais on note d’ores et déjà que l’adresse à peine subliminale du sénateur-maire de Saint-Pierre semble avoir des résultats plus probants que les pleurnicheries de la gauche de salon, qui s’est découvert une aversion ontologique pour Fillon et s’entête à soutenir un Juppé tout aussi libéral que son concurrent.

Dans l’Hexagone, le très mauvais score de l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, bénéficiaire des votes de la gauche pour la droite (il faut suivre) révèle que l’infortuné « pesait » au premier tour à peine 5 % des voix dans son propre camp. L’issue du second round, qui reproduit le traditionnel duel entre droite bonapartiste et droite orléaniste, sera sans doute plus équilibrée. Dans notre île, François Fillon devrait bénéficier des reports des électeurs de Nicolas Sarkozy, dont l’avance au premier tour témoigne de la puissance des barons de la droite locale, qui, dimanche dernier, ont fait voter petit doigt sur la couture un électorat de droite pourtant notoirement hostile à l’ancien Président de la République.

Alain Juppé conserve le soutien de Jean-Paul Virapoullé, qui fait ici preuve d’une constance d’autant plus remarquable que l’affaire semble entendue aux yeux du maire de Saint-André ; celui-ci n’a pas caché qu’il aurait préféré qu’Alain Juppé épargnât à son camp les affres d’un second tour fratricide.


La gauche... La vraie, pas celle qui vote aux primaires de la droite


Sage posture, qui contraste avec le désordre moral qui semble s’être emparé de Margie Sudre, soutien le plus médiatique dans l’île de l’ex « meilleur d’entre nous », dont elle fut la secrétaire d’État à la Francophonie. Lors d’une émission sur le service public, Mme Sudre a littéralement explosé en vol, délivrant à son tour une ahurissante apologie de la « colionialisation » [sic], qui fut bien à ses yeux, comme le dit Fillon, un « partage des cultures », particulièrement affirmé par la « profonde entente entre le Viet-Nam et la France ».

Un récit dont Mme Sudre a même dit à l’antenne avoir régalé Christiane Taubira : « sans la colonisation, tu serais encore dans la jungle guyanaise » (…) « et moi, petite paysanne au fin fond du Vietnam ». On ne sait pas ce que l’ex-Garde des Sceaux a pensé de ce rappel, pas franchement sympathique à son égard, de la distinction civilisationnelle entre agriculteurs et chasseur-cueilleurs ; sans doute le propos a-t-il été reçu avec indulgence, tant il est visible que « Margie », qui se qualifie elle-même de « descendante de niakoué », tape dans les gamelles, et ferait mieux de raccrocher les gants.

Certains n’ont pas l’excuse d’un long parcours politique pour débloquer : à commencer par cette « gauche », toujours autant entichée d’Alain Juppé en ce jour de second tour des primaires. Cette rêveuse bourgeoisie, qui serait comme un poisson dans l’eau dans les méandres d’une confrontation Juppé-Hollande et, plus encore, dans les limons d’une « grande coalition » à l’Allemande, s’est débarrassée de Nicolas Sarkozy au terme de ce qu’il faut bien appeler un acte de fraude électorale — on ne voit pas quel autre nom donner à un vote conditionné par une fausse déclaration sur l’honneur d’adhésion aux « valeurs de la droite ».

Opération de police sociale, le parasitage « bobo » de la primaire a mis hors-jeu le candidat qui ne détenait ni les titres de noblesse scolaires ni, les droits de bourgeoisie qui ouvrent un accès légitime à la compétition politique ; ainsi restent en lice l’énarque prétendument humaniste, et l’idéal-type du hobereau à la mode Versailles-Saint-Germain-en-Laye. Du dernier, on a tenté, en catastrophe, une semaine durant, de faire une sorte de Sarkozy de substitution en loden et pull cachemire : Fillon n’est pas pro-avortement, Fillon veut privatiser, Fillon est un mini-Trump etc.

Bref, on a découvert que Fillon est à droite, et que, hé, ho ! les électeurs de droite semblent bien partis pour se doter d’un candidat de droite. De quoi désespérer les cohortes d’analystes, essayistes, moralistes, journalistes et prescripteurs de toutes espèces, qui annoncent depuis des décennies la fin des clivages politique et la rencontre de tous les esprits raisonnables autour d’un agenda libéral, tant sur le plan économique que sur les questions du mode de vie.

Hélas, il se trouve que ceux-là qui veulent vous faire travailler 39 heures payées 37 sont plus « un papa et une maman » que « mariage pour tous », plus intéressés par leur clocher que par le dialogue inter-religieux et plus « on est chez nous » que « refugees welcome ». En un mot, la droite économique, qui n’aurait pas rechigné, pour le coup, à voter FN faute d’un candidat selon son coeur, est aussi à droite sur le plan des valeurs, et on ne voit guère comment on pourrait lui reprocher de faire son job.

Mieux : il vaut mieux, vu de gauche — la vraie, pas celle qui vote aux primaires de la droite — avoir affaire à une droite honnête qu’à une droite trop serpentine pour dire son nom telle que l’incarne Alain Juppé. Qui se prétend gaulliste, mais se jette dans les bras de l’OTAN et des États-Unis ; qui veut des « migrants » pour leur faire suer le burnous et les instrumenter à la Merkel, dans le but d’abaisser le salaire minimum ; qui détourne le noble objectif de concorde religieuse au profit d’une convergence des intégrismes ; qui veut, tout autant que Fillon, démolir la fonction publique, les retraites, les conquêtes sociales issues de la Libération et de la Résistance, mais dissimule son agenda néolibéral sous les oripeaux de l’humanisme et de la philanthropie.

Fillon et Juppé, c’est kif-kif bourricot : le premier est simplement plus franc du collier que le second...

Geoffroy Géraud legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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