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La Réunion de tous les mystères (2)

Ne balaie pas la maison après 6 heures du soir (2)

3 novembre 2016
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
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La Réunion, kèl èr ilé ? Lèr servis citrouille ? Non ! Lèr zistoir zam érante. L’heure des âmes errantes, des traditions, des croyances et des prescriptions compilées par la regrettée Emmeline Payet-Coupama, que « 7 Lames la Mer » vous restitue.

Telle une âme errante sur le bord de mer du sud sauvage. Inspiré d’une lithographie d’Antoine Roussin.

L’assimilation et son cortège d’imbécillités auront-ils raison de tout ? Dans le monde entier, le 31 octobre est désormais dominé par le rituel commercial d’Halloween et son triptyque citrouilles-sorcières-bonbons.

Sucreries chimiques pour les petits, beuverie pour les grands, déguisements pour tout le monde, Halloween est aussi célébré dans notre île et s’y impose d’autant plus surement que les enfants sont — une fois de plus — ciblés par des messages commerciaux propagés non seulement par les écrans, mais aussi, de manière croissante, via l’école.

Dans un petit quartier de Saint-Pierre habitué des tambours sacrés, les marmay en quête de sucreries étaient accompagnés pour le kaz an kaz de circonstance, par les... tambours sacrés.

Quel parent aurait le cœur de refuser à son marmay le droit de se déguiser, d’aller quémander des bonbons, le droit de faire comme les autres ?

Tandis que progresse cette énième fête de la consommation, disparaissent les traditions du pays, liées à cette charnière des mois d’octobre et de novembre si importante dans l’univers réunionnais...

Des traditions, croyances et prescriptions compilées par la regrettée Emmeline Payet-Coupama, que « 7 Lames la Mer » vous restitue.

La Réunion, kèl èr ilé ? Lèr zistoir zam érante.

À suivre...

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Deviant art by WolfChikatilo

Si un chat sauvage vous apparaît, tout noir, et vous coupe le chemin, il faut vite reculer de trois pas et faire un signe de croix.

Si ta petite poule d’Inde s’étrangle à chanter comme un coq, attrape-la, tranche-lui le cou et cloue-la au tronc d’un arbre au fond de la forêt.

Si ton chat blanc se met à tousser, l’écume au museau, et s’il reste aux aguets devant le portail de la maison, une patte avant qui ne touche plus terre, cela veut dire qu’un membre de la famille est malade et qu’il risque de mourir avant le petit matin.

Deviant art by faraun

Ne recueille pas d’animal la nuit, car dans tes bras il deviendra lourd, si lourd que tu seras obligé de le lâcher par terre. Et là, de sa voix d’outre-tombe, il te chuchotera à l’oreille : « Ramène-moi d’où je viens ! Ramène-moi d’où je viens ! » Si tu ne fais pas ce qu’il dit, tu mourras dans l’instant.

Passé six heures du soir, rentre à la maison ! Debout sur le palier, déverrouille la porte, retourne-toi, rentre à reculons de trois pas, referme la porte et verrouille-la d’un même geste, et laisse bien la clef dans la serrure !

Le rituel accompli, la conscience blanchie, tu dormiras en paix, le cœur plus léger : les mauvaises âmes n’ont pas pu s’engouffrer.

Deviant art by dricele

Ne rentre pas dans l’église à la nuit tombée, car, à minuit, la cloche résonne et les tambours se mettent à jouer dans le cimetière de la Plaine-des-Palmistes. Des lumières s’allument, s’éteignent. La procession monte jusqu’à Sainte-Agathe, la chapelle en bois du premier village...

Ne balaie pas la maison après six heures du soir. Ne t’approche pas d’un arbre après six heures du soir à cause des esprits qui viennent y siéger.

Plèr pa ti maymay, plèr pa, sinon bébèt va souk azot... Illustration de Dany Peppuy extraite du livre "Ti chemin grand chemin" de Marie-Josée Hubert Delisle, Océan Éditions

On dit que pour éloigner « Bébête Toute », il faut lui jeter une poignée de sel ou de l’eau bénite...

On ne sort pas de chez soi sous une lune sans éclat, auquel cas, on se protège d’une veste, d’un manteau, d’un feutre, d’un casque ou d’un chapeau de paille. Crépuscule et brouillard, c’est un temps béni pour Bébête tout’ tout’.

Hier au soir, moin l’a parti au bal, moin l’a trouve un grand-mère Kalle... Illustration de Dany Peppuy extraite du livre "Ti chemin grand chemin" de Marie-Josée Hubert Delisle, Océan Éditions

Tout’ tout’ tout’... Loin là-bas, au bout de l’allée de bambous de Chine, une nuée de regards aux aguets : ce sont les fouquets. « Crich, criss-ss, shouaff ! »

Voilà du bon miam-miam qui arrive à point nommé, ils n’ont ni veste ni chapeau, et leurs tignasses sont déglinguées, « crich, criss-ss-ss ! »

Tout’ tout’ la bébête se dresse la bave aux lèvres, sort ses crocs et ses griffes, et de son gosier sifflent des milliers de voix : « Schfuit-itt ».

Granmèr Kal, Kèl èr i lé ? Illustration de Dany Peppuy extraite du livre "Ti chemin grand chemin" de Marie-Josée Hubert Delisle, Océan Éditions

Son armée de chauves-souris sanguinaires pendues aux cimes du bois de calumet se déploie, ailes ouvertes. Les chauves-souris planent au-dessus des quelques malheureux qui ont croisé leur route, et plongent pour les griffer et les mordre.

Cramponnées à leurs têtes, elles leur arrachent les cheveux pour garnir leur antre.

Quand le crâne est à vif, rasé, leurs langues en vrille y percent des trous et siphonnent — shouff-ff ! — le précieux sang qui s’y trouve.

Granmèr Kal, kèl èr i lé ? Minui, souqu’ à li ! Illustration de Dany Peppuy extraite du livre "Ti chemin grand chemin" de Marie-Josée Hubert Delisle, Océan Éditions

Selon A. Billard, on rapporte que pour détourner un maléfice, en 1822, le curé de Saint-Paul (le père Hyacinthe) ne trouva d’autre moyen que de dire le même jour, une messe dans chacune des trois paroisses de la colonie, dont la plus éloignée était à dix lieues de la sienne ; on assure aussi que ces trois messes délivrèrent le pays de la présence des malins esprits.

Pour se prémunir contre les rencontres nocturnes avec les esprits (âmes errantes), il ne faut jamais se déplacer en transportant de la viande ou du rhum.

À suivre...


À lire aussi :
« Quand les morts disaient la messe (1) »
« Toc toc toc... un ange frappe à la vitre (3) »
« L’esprit des marrons est encore dans Mafate (4) »


Sources :

  • « Six hèrs le soir », Emmeline Payet-Coupama,
  • « Encyclopédie de la Réunion, cultures et traditions », collection dirigée par Robert Chaudenson,
  • « Ti chemin grand chemin », Marie-Josée Hubert Delisle, Océan Éditions,
  • Légendes et croyances créoles populaires issues de la tradition et de la transmission orales.

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