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Pêche dans l’océan Indien

Greenpeace : « Priorité aux nations côtières » !

10 mai 2013
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Régulation des pêches, question chagossienne… « 7 Lames la Mer » a rencontré les militants de Greenpeace, à l’occasion du séjour dans notre île de l’Esperanza, navire-amiral de l’organisation écologiste. Il fait presque nuit sur le port de la Pointe-des-Galets lorsque Aaron, regard vert clair et barbe blonde, nous fait monter à bord de l’Esperanza au flanc orné d’un arc-en-ciel...

L’Esperanza au port de la Pointe-des-Galets.

Nous suivons Aaron sur l’étroite passerelle et arrivons dans le carré principal de l’Esperanza — qui, dans une autre vie, fut un navire russe de lutte contre les incendies —, sorte de petit salon tout en sobriété qui attend les visiteurs. Par les hublots, on aperçoit les lumières du port de la Pointe-Des-Galets. Oliver Knowles, notre contact, arrive une dizaine de minutes plus tard, après un rendez-vous à la SAPMER. « C’est notre deuxième séjour dans l’Océan Indien », nous apprend-il, avant d’enchaîner sur une présentation des activités de Greenpeace dans la région.

« Comptez vos navires, interdisez les DCP »

« Notre visite s’inscrit dans un plan global, vis-à-vis des stocks de thon, explique Oliver, porte-parole de Greenpeace. Aujourd’hui, la pression existe sur tous les stocks de poissons du monde. Certes, personne ne peut prédire la disparition d’une ressource à telle ou telle date précise ».
La campagne actuellement menée par Greenpeace dans l’Océan Indien (Greenpeace Indian Ocean tour 2013) est essentiellement axée sur les enjeux de la pêche au thon.

Oliver Knowles : "Les grands acteurs de la pêche dans l’Océan Indien ne sont pas issus des pays riverains, mais d’Etats industrialisés, notamment la France et l’Espagne, le Japon, ou la Corée."

« L’Océan Indien est la deuxième zone de pêche au thon dans le monde, et le contrôle y est très peu abouti, précise Oliver. On ne sait pas, par exemple, quels sont les effectifs exacts de navires qui pratiquent cette pêche, et l’on soupçonne un fort volume de pêche illégale. Celle-ci passe non seulement par la présence illégale de bateaux, mais aussi par des transbordements ».
L’action de Greenpeace se décline notamment autour de mots d’ordre très précis. En l’espèce, dans l’océan Indien, le mot d’ordre pointe du doigt les dispositifs de concentration de poissons...

« L’une des premières initiatives que nous souhaitons voir les pays de la zone mettre en œuvre, c’est le comptage et l’identification exacts des acteurs de la pêche, poursuit Oliver. D’où notre mot d’ordre : « Count your ships — comptez vos navires — ban your FADs » [1]. Ces installations recréent autour d’elles l’ensemble de la chaine alimentaire ».

Intérêt des nations côtières

« Dès lors, les captures qui sont réalisées à l’aide de grands filets, ne ciblent pas seulement les thons : elles emportent avec elles des requins et toutes sortes d’espèces protégées. »

Au versant politique de sa mission, Greenpeace entend aussi « promouvoir l’accès aux ressources en faveur des pays de la zone qui sont les moins biens lotis. Les grands acteurs de la pêche dans l’Océan Indien ne sont pas issus des pays riverains, mais d’Etats industrialisés, notamment la France et l’Espagne, le Japon, ou la Corée. Nous pensons que les nations les moins favorisées doivent maîtriser leurs ressources, et qu’elles devraient retirer un profit de ces pêches. Pour l’instant, le poisson est pêché et directement envoyé ailleurs. »

Oliver Knowles : "Greenpeace entend promouvoir l’accès aux ressources en faveur des pays de la zone qui sont les moins biens lotis."

La SAPMER ne pose pas problème

Face à cette inégalité, Greenpeace plaide pour «  le développement de pêcheries durables  » dans les Etats côtiers. Une question qui s’adresse aussi aux Réunionnais. « Pour l’instant, nous n’avons pas le réflexe de distinguer La Réunion de la France. Mais on ne peut pas pointer du doigt les opérateurs réunionnais. Il est vrai que la SAPMER souhaite étendre ses activités, d’où notre vigilance. Mais pour l’heure, cette compagnie est présente sur des créneaux bien spécifiques, tels que la légine ou la langouste. On ne peut pas dire que cette compagnie pose problème, d’autant que la pêche de la légine, dans cette partie du monde, n’en est qu’à ses balbutiements. C’est surtout au large de l’Argentine que cette activité est développée  » déclare Oliver Knowles.

La question des Chagos

Suite à une rencontre de Greenpeace avec Olivier Bancoult, leader du mouvement des chagossiens (Chagos Refugees Group), « 7 Lames la Mer » a souhaité aborder la question de la réserve marine établie par le Royaume-Uni autour de l’archipel des Chagos. Un câble secret publié par WikiLeaks a depuis révélé que, par la création de cette aire protégée, les Britanniques entendent empêcher un éventuel retour de la population chagossienne, expulsée manu militari par les USA, qui ont construit à Diego Garcia l’une des plus grandes bases aérienne, marine et sous-marine du monde.

« Nous sommes fermement partisans du droit au retour des Chagossiens », affirme Oliver Knowles. « Mais nous ne sommes pas pour autant opposés à la Réserve marine. Voyez-vous, nous ne sommes venus que deux fois dans la zone, à bord de ce navire. Et à chaque fois, nous avons surpris des navires se livrant à la pêche illégale dans les eaux chagossiennes. Cette aire doit être protégée, sinon elle sera tout simplement pillée. Et c’est l’intérêt, d’abord des Chagossiens : s‘ils exercent enfin leur droit au retour — et nous sommes persuadés qu’ils finiront par gagner— ils doivent pouvoir retrouver un environnement qui leur permette de se développer en harmonie. Ils doivent pouvoir retrouver les ressources de leur pays, et non un environnement dégradé. On ne peut pas opposer la protection de l’environnement à la cause chagossienne. Les deux causes doivent être défendues »…

Propos recueillis par Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1FAD, pour Fish aggregation devices : l’acronyme désigne, en anglais, les dispositifs de concentration de poissons.

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