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Opéra & fiction

Fridom a failli capoter mille fois mais lopéra Fridom lé la

18 novembre 2018
7 Lames la Mer
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Chef du gang Vollard, activiste connu pour ses nombreux coups de théâtre et ses cavales littéraires [son deuxième roman, « Sabena », paraît en 2019 chez Gallimard], Emmanuel Genvrin, principal suspect dans l’affaire « Fridom » qui dure depuis 7 ans maintenant, a subi un interrogatoire en mode projecteur braqué dans les yeux. Alors, es-tu l’auteur, avec ton complice Jean-Luc Trulès, de « L’Opéra Fridom » ? Avoue Genvrin !

Acte VI, scène 2. Pierre-Yves Binard (Docteur Camille, en blanc, derrière), Magali Léger (Maé, debout sur le cube central), Jean-François Novelli (Mikael, blessé, en avant-scène) et le chœur des auditeurs de Radio Fridom. Photo : © Pixel Dealer.

Genvrin s’est mis à table, Trulès court toujours...


Les récents hommages rendus au ténor/acteur/musicien Arnaud Dormeuil à l’occasion du 10ème anniversaire de sa mort ont ravivé la nostalgie/Vollard dans le Milieu. Alors, Vollard i bouge enkor ? 7 Lames la Mer publie ci-dessous le compte-rendu de l’interrogatoire musclé subi par le principal suspect, Emmanuel Genvrin, alors que son complice, le « danzéré » Jean-Luc Trulés, est en cavale. Quant à Genvrin, pris sous le feu des questions, il s’est affalé et a balancé tous les membres de son célèbre gang. Ainsi l’inspecteur Papaye vient-il de démanteler un réseau international ! De son côté, Trulès court toujours... Et il faudra attendre 2020 pour visionner sur Réunion Première le résultat de cette étonnante affaire, l’opéra « Fridom » !

Clap de fin "Opéra Fridom".
Samedi 13 octobre 2018, 18h. Quelle aventure !

J’avoue : « Fridom » est notre troisième opéra


Inspecteur Papaye : On sait que tu as enregistré en octobre 2018 à la Cité des Arts de Saint-Denis de La Réunion l’opéra « Fridom », avec Jean-Luc Trulès. Cela fait longtemps que vous êtes tous les deux dans notre ligne de mire. Nous avons des indices concordants, des témoins, des dénonciations et même des preuves. En quelles circonstances le théâtre Vollard a-t-il opéré ce tournant vers l’opéra ? Mets-toi à table Genvrin ! Quant à Trulès, il a beau être en mode fugue majeure, on ne tardera pas à l’alpaguer. Et puisque vous connaissez si bien la musique, vous finirez au violon.

Emmanuel Genvrin : Avec une trentaine de créations théâtrales depuis 1979, nous jugions avoir fait le tour de la question. Le passage au lyrique s’est fait naturellement : notre dernière pièce, « Quartier Français » [2002], mettait en scène un chœur où se détachaient des voix lyriques qui nous ont donné l’idée de nous lancer. Cela s’est traduit par l’opéra « Maraina » [2005], sur les premiers habitants franco-malgaches de La Réunion et par l’opéra « Chin » [2010], sur un conflit sucrier en 1954. « Fridom » est notre troisième œuvre.

Jean-Luc Trulès et Emmanuel Genvrin, processus d’écriture de l’opéra "Fridom".
Quelque part à Saint-Francois, août 2013.

Séances de composition autour d’une table et d’un ordinateur


Inspecteur Papaye tapant sur le burlingue : Les créations d’opéras contemporains sont plutôt rares et compliquées à mettre en œuvre. Dans ces conditions, quel a été votre mode opéra’toire à Trulès et toi ? Je veux tous les détails et pas de coup fourré !

Emmanuel Genvrin : Avec le compositeur Jean-Luc Trulès, nous avons une méthode qui s’est affinée au fil du temps. Je commence par écrire le livret puis nous nous retrouvons à l’occasion de séances de composition autour d’une table, avec un ordinateur, un piano et parfois une guitare. Sur le mur, nous placardons le déroulé des scènes. Nous fredonnons les répliques, un exercice qui nous permet d’élaborer un piano-chant, base de l’œuvre. Puis Jean-Luc termine seul pour l’orchestration.

Jean-Luc Trulès et Emmanuel Genvrin.

Nous nous connaissons depuis bientôt quarante ans


Inspecteur Papaye tapant sur sa bécane avec deux doigts : Ce mode opéra’toire requiert une forte complicité. On sait que Trulès et toi vous connaissez depuis longtemps. Vous n’en êtes pas à votre premier coup.

Emmanuel Genvrin : Oui, Jean-Luc et moi nous connaissons depuis bientôt quarante ans et avons entre nous une confiance et un respect qui facilitent les choses. Et nous avons en commun une connaissance du théâtre qui nous permet d’intégrer les contraintes de la dramaturgie : les décors-costumes, la distribution et la longueur des inter-scènes.

Jean-Luc Trulès au milieu des chanteurs lors de l’enregistrement de "Fridom".
Octobre 2018, Cité des Arts.

Les bons sont rares / la concurrence est rude


Inspecteur Papaye, postillonnant : Votre réseau s’étend dans l’océan Indien [Madagascar, Maurice, La Réunion...] et l’outremer. C’est un complot aux ramifications internationales qui vont jusqu’en Chine et en Algérie. Noms et pedigrees de tous tes complices !

Emmanuel Genvrin : Pour « Maraina », « Chin » et « Fridom », nous avons recruté des solistes d’outre-mer, essentiellement des Antillais formés à Paris [Aurore Ugolin, Magali Léger, Josselin Michalon, Jean-Loup Pagesy], des Réunionnais [Arnaud Dormeuil [1], Richeville Miquel, Léopold Pauline]. Nous avons également sollicité des solistes de Madagascar [Holy Razafindrazaka, Landy Andriamboavonjy], un chinois [Heng Shi], un franco-algérien [Karim Bouzra] et un de Polynésie [Steeve Heimanu Mai]. Pour les rôles de Blancs, nous auditionnons des chanteurs métropolitains [Anne Marguerite Werster, Jean-Philippe Courtis, Gilles Safaru, Pierre-Yves Binard, Jean-François Novelli]. Il y a un petit Milieu à Paris où tout le monde se connait. Etre soliste professionnel est très exigeant car il faut avoir une voix et jouer la comédie : les bons sont rares et la concurrence est rude.

Magali Léger. Photo : © Christian Jungwirth.

Mille fois le projet a failli capoter


Inspecteur Papaye : Cela fait maintenant 7 ans que vous manigouillez pour l’opéra « Fridom », que vous vous démenez en missouk pour arriver à vos fins. Y a-t-il eu des défections dans vos rangs ? Des repentis ? Des trahisons à votre cause ?

Emmanuel Genvrin : Non ! Par exemple, la soprano Magali Léger a accepté d’être la tête d’affiche de « Fridom », et ce depuis le début, depuis 7 ans. Mille fois le projet a failli capoter et elle a tenu bon. Il existe une solidarité entre les ultra-marins et Magali a une origine guadeloupéenne, cela a joué. Il est également prestigieux pour un interprète de créer un rôle : cela a joué aussi.

"Maraina". Photo : Vollard.com (Philippe Guerillot).

Les « voix bleues » des chanteurs malgaches


Inspecteur Papaye : Et les Réunionnais dans tout ce tripatouillage ? Tu ne vas pas me faire avaler qu’ils n’ont pas collaboré. Qui était à la manœuvre dans l’île ?

Emmanuel Genvrin : Sur le « marché réunionnais », il y a des talents qui émergent : Ameylia Saad, Anandha Seethanen, Alice Ferrière ou Jessica Morel par exemple. Nous travaillons depuis « Maraina » avec le ténor Léopold Pauline, formé par Jean-Bernard Thomas, un coach réuniono-mauricien, ancien de la Scala. Léopold vit à Tours. Il y avait aussi Arnaud Dormeuil, notre star de théâtre, ténor naturel décédé en 2008. Pour les chœurs, nous travaillons avec les chanteurs malgaches. Ils avaient l’habitude de renforcer la chorale Cantare de La Réunion et ont continué avec nous. Ils apportent une spécificité vocale qu’on appelle les « voix bleues », ils sont également imbattables en rythme ternaire. En ce qui concerne les Réunionnais, ils représentent un tiers de nos choristes : des comédiens qui ont suivi l’évolution de Vollard vers le lyrique. Dans « Maraina » nous avons également intégré des choristes de l’île Maurice.

Jean-Luc Trulès dirige l’orchestration de "Fridom".
Hangzhou, novembre 2017.

Une création pour la télévision


Inspecteur Papaye : L’opéra nécessite un orchestre. Qui joue dans la fosse ?

Emmanuel Genvrin : Nous avons longtemps travaillé avec l’orchestre de la Région Réunion, renforcé par des musiciens traditionnels et de jazz, des Réunionnais, des Malgaches et des Mauriciens. Et également un joueur d’erhu chinois. Quand nous jouons en France, c’est l’orchestre de l’opéra de Massy qui exécute. Pour « Fridom », qui est une création destinée à la télévision, nous avons enregistré en 2017 en Chine avec le philharmonique d’Hangzhou.

Emmanuel Genvrin et Jean-Luc Trulès. Protestation devant les grilles de la Dac Oi contre l’avis négatif du comité des experts qui n’avait lu ni le livret ni la partition. Juin 2014.

Nos opéras coûtent le prix d’un court métrage


Inspecteur Papaye : 7 ans de réflexion... et d’agissements clandestins pour réaliser « Fridom »... C’est un peu long, tu ne trouves pas ? Qu’est-ce qui a dérapé dans la combine ? Des ennemis ou des concurrents vous ont-ils mis des bâtons dans les roues ? On sait que tu n’as pas que des amis dans le Milieu... Accouche Genvrin !

Emmanuel Genvrin : Il y a d’abord la question financière : pour nos élus l’opéra est trop cher. Ce n’est pas faux mais si l’on considère l’argent du cinéma, nos opéras coûtent le prix d’un court métrage, guère plus. Après, il y a le manque d’ambition du ministère de la culture et des décideurs locaux : un comité d’experts a refusé et bloqué le projet pendant des années. Enfin, il y a la question politique : notre opéra traite de la très populaire Radio Freedom à La Réunion, de Camille Sudre et des émeutes de 1991 au Chaudron et l’un de nos héros est Ménéla, inspiré de Casanova Agamemnon, plus vieux prisonnier de France.

Paris, octobre 2013. Premières répétitions de l’opéra "Fridom". Jean-Luc trulès, Pierre-Yves Binard, Magali Léger, Jean-Loup Pagesy, Jean-François Novelli, Sophia Vaillant, Emmanuel Genvrin.

Fonder un genre nouveau : l’opéra contemporain d’outremer


Inspecteur Papaye : Vous avez fini par gagner la partie malgré les embûches... Chapeau ! Mais vous bénéficiez certainement de la bienveillance de quelques gros bonnets. Je finirai bien par en savoir plus.

Emmanuel Genvrin : Nous avons rassemblé des aides privées, des « réserves » parlementaires et in fine une participation décisive de la Ville de Saint-Denis. Une aide à double tranchant puisque nous lui avons cédé notre lieu Jeumon, devenu la Cité des Arts et vendu un stock de quarante années de costumes, accessoires, piano, bibliothèque et équipements divers d’orchestre et de théâtre. Nous voulions créer au moins trois œuvres pour fonder un genre nouveau : l’opéra contemporain d’outremer. Nous y sommes parvenus.

Dans le studio de la maison de la radio, à Hangzhou, novembre 2017. M. Yang, Jean-Luc Trulès, l’assistante Jin-Hui Zhang, Tom Leichnig, fils de Jean-Luc Trulès.

Interprètes issus pour part des DOM TOM et de la Francophonie


Inspecteur Papaye : « Opéra contemporain d’outremer » ! Tu m’en diras tant... Qu’est-ce qui se cache derrière ce titre ronflant ? Et ne me prends pas pour un mariole.

Emmanuel Genvrin : Le genre se définit par l’usage de thèmes non hexagonaux et issus de la créolité. Ensuite par une écriture qui enrichit la musique classique de rythmes ternaires et d’instruments locaux. Enfin par l’emploi d’interprètes issus pour part des DOM TOM et de la Francophonie.

L’inspecteur Papaye. Illustration © Jean-Claude Legros.

L’opéra « Fridom » sera diffusé en 2020 sur Réunion Première


Inspecteur Papaye : Et tu crois vraiment qu’on va te laisser finir ce que tu as commencé ? Encore faudrait-il qu’une âme charitable paie d’abord ta caution... Tu comptes t’y prendre comment, dis-moi.

Emmanuel Genvrin : Une fois achevés le mixage, le montage et le sous-titrage, y compris en anglais, l’opéra sera diffusé en 2020 sur Réunion Première. Nous constituerons alors un coffret dvd des trois œuvres. Nous avons également l’ambition de créer un « Bayreuth » populaire à Saint-Denis où nous diffuserions en plein air à Château Morange nos trois opéras, suivis du film documentaire « L’opéra du bout du monde », making of de Maraina réalisé par Latérit.

Opéra « Fridom » : Camille, Mikaël, Mae, Ménéla...


Tournage de l’opéra Fridom à La Réunion : Micki (cadreur), Jean-Loup Pagesy (baryton, rôle de Ménéla), Emmanuel Genvrin (librettiste et metteur en scène), Magali Léger (soprano, rôle de Mae), Jean-Luc Trulès (compositeur et chef d’orchestre), Camille Sudre (patron de Radio Freedom), Jean-François Novelli (ténor, rôle de Mikaël), Margie Sudre (ancienne ministre), Hervé Mazelin (scénographe), Lenz (réalisateur).

L’opéra « Fridom » évoque une radio-libre des Mascareignes dont les protagonistes rêvent de trouver refuge à Madagascar. Dans les années 1990, La Réunion est en ébullition à cause d’une situation sociale précaire et la menace de saisie des émetteurs de la populaire Radio Fridom. Mae, une animatrice de la radio est enlevée par un amour de jeunesse, Ménéla, un criminel en liberté conditionnelle. Le docteur Camille et le policier Mikaël, tous deux amoureux de la jeune femme conjuguent leurs efforts pour les retrouver. Mais les émetteurs de la radio sont saisis et le peuple se soulève. Au cours des émeutes Mae et Ménéla périssent dans l’incendie d’une grande surface.

L’orchestre philharmonique d’Hangzhou (Chine), novembre 2017.
Enregistrement à la maison de la radio.

Composition et direction musicale : Jean-Luc Trulès • Livret et mise en scène : Emmanuel Genvrin • Scénographie : Hervé Mazelin • Images vidéo et montage : Jean-Jacques Lion [Les Ateliers du Doc] • Costumes : Isabelle Gastellier • Régie : équipe technique de la Cité des Arts • Direction artistique de l’enregistrement : Sophia Vaillant • Captation : Gwenaël Bertaut [Pixel Dealer] • Avec l’orchestre philharmonique d’Hangzhou, les chanteurs Magali Léger [Mae] Jean-Loup Pagesy [Ménéla] / Jean-François Novelli [Mikael] / Pierre-Yves Binard [Docteur Camille], et un chœur de l’océan Indien : Stéphanie Amourdom, Natacha Rajemison, Voninavoko Long Ranosiarilala, Fitia Ranibe, Mbola Razafindrazaka, Nicole et Tom Leichnig, Léopold Pauline, Lova Raelison, Meja Rakotonirina, Manoela Randrianarimanana, Nathalie et Herrick Rajaonah, Ando Rabeson, Toky Rakotonirina, Fitahiana Rasendrahasina, Aina Rakotondrazafy, Ando Razananaïvo.

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