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Carnets de campagne

FN : Leurs figures

29 novembre 2016
Geoffroy Géraud Legros
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Le dirigeant du FN réunionnais condamné pour des attouchements sur mineure, son homologue de Mayotte coincé (entre autre) pour proxénétisme… Rien de tel qu’un petit voyage de « Marine » sous les tropiques pour se rappeler ce qu’est le FN.

Le titre de ce petit papier devrait rappeler leurs classiques aux « vié droite », ceux qui, dès le début des années 1970, animaient la première officine FN de Saint-Louis, à quelques mètres de l’endroit où se tiendrait, plus tard, la légendaire « permanence Pattiama », haut lieu du militantisme communiste. Ceux-là connaissaient leur affaire, vous dégoisaient leur Brasillach et leur Rebatet et ne s’embarrassaient guère de dédiabolisation. La Réunion intéressait alors d’autant plus le FN quelle servait de base arrière ou de lieu de transit aux mercenaires qui combattaient dans les rangs de l’Apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie, et manigançaient les coups fourrés que l’on sait aux Comores.

Tout ce petit monde, il faut bien le dire, baignait dans l’ambiance barbouzarde de l’époque : outre qu’elle couvrait (au moins) les soldats de fortune qui faisaient le coup de feu à Grande Comore, la France trafiquait sévèrement avec Pretoria en s’asseyant sur les sanctions internationales. C’est peu dire que les Réunionnnais, et singulièrement, la droite dite « républicaine » de l’époque mouillaient le maillot : à l’initiative du fameux groupe sénatorial d’amitiés France-République sud-africaine, qui facilita grandement le « business », aussi illégal que juteux, entre la RSA et les marchands d’armes français, on trouvait le sénateur péï Georges Repiquet et ses homologues réunionnais. Michel Debré menait le bal, et l’Afrique du Sud raciste disposait à Saint-Denis d’un Consulat que François Mitterrand insista d’ailleurs pour maintenir après 1981. Cherchez l’erreur, l’Afrique du Sud contemporaine ne dispose plus d’une représentation à La Réunion...

Désertée par ses intellectuels, qui sont allés se faire voir ailleurs ou sont passés à autre chose, cette vieille garde mi-barbouze mi-délinquante tient toujours les rênes du Front national local, et ses membres affichent de sacrés états de service...

Nous l’avons écrit il y a près d’un an : Jean-Claude Otto-Bruc, secrétaire départemental du FN, amateur d’armes illégales, a été gratifié dans les années 1980 d’une condamnation carabinée par le Tribunal correctionnel pour une affaire de mœurs sur une mineure ; une amie de sa fille, a précisé depuis Jacques Tillier dans l’un de ses éditos.

Le charmant bonhomme, apprenons-nous par d’autres sources, serait aussi un mauvais payeur et traînerait de surcroît une série de casseroles si bringuebalantes que Jean-Claude Vallée, fin connaisseur de l’extrême-droite locale et auteur d’un blog malheureusement disparu (« 1000 célébrités de La Réunion »), prédisait qu’elles lui vaudraient d’être débarqué lors du dernier congrès du parti de la famille Le Pen. Que nenni ! L’Otto-Bruc, dont les forfaits sont si avérés qu’il a même un arrêt de principe à son nom, a reçu une chaleureuse accolade de « Marine » à l’aéroport, avant d’emmener la cheffe se goberger à Saint-Louis ( encore ) dans le temple de hindou de « Toto » Badamia. Repas bien arrosé au whisky et au rouge — breuvages dont la présence au coeur de l’enceinte religieuse est, au passage, tout à fait sacrilège...

Le boss du FN local a non seulement eu droit à un « hug », comme disent les jeunes, mais il a été confirmé dans ses fonctions et soutenu par sa patronne à la radio, face à notre confrère Jérôme Talpin, qui évoquait ce soir sur Réunion Première le pedigree bien peu « France propre » de l’intéressé. « Allez le lui dire en face », a répliqué en substance la patronne du FN, qu’on a connue plus offensive et plus tatillonne lorsqu’il s’agit de « politiciens condamnés ». Il faut croire que l’exigence de morale et d’exemplarité, c’est pour les autres…

Mme Le Pen, qui compte parmi ses proches l’individu qui a ouvert le compte off-shore de Cahuzac et dirige un parti dont plus de 15% des élus ont été condamnés, en a vu d’autres.

Elle s’apprête à en voir de meilleures encore à Mayotte, où l’appelle la suite de son périple. Là, elle sera reçue par Anthony Lemoosy, dont le palmarès enfonce celui de son homologue réunionnais. Condamné pour proxénétisme à La Réunion au début des années 1990 — il vendait le corps de son épouse et ceux de quelques infortunées jeunes femmes tombées dans ses filets — l’homme, devenu en 2002 le porte-parole du FN dans l’île « au parfum » où il organisait, dit-on des parties de pêche au gros pour Jean-Marie Le Pen, s’était à nouveau retrouvé au trou pour des faits de fraude fiscale, nous apprend le « JIR » de l’époque.

Lors de son séjour dans notre île, où ses enfants possèdent toujours de solides intérêts ( on en reparlera ), l’individu « faisait son vaillant », comme dit Créole, en se baladant avec une panthère en laisse. La petite histoire dit que le félin, devenu complètement dingue, aurait un jour estropié un client d’un Lemoosy incapable de gérer la situation. Tel maître, tel fauve ? Dans la ménagerie politique que l’excellent Camille Sudre décrivait autrefois dans des termes particulièrement hilarants, Marine Le Pen préfère très visiblement la compagnie des spécimen les plus visqueux ; proxos, délinquants sexuels, tapeurs dans les caisses — on vous a déjà parlé de l’inénarrable Philippe Courquet, auteur du programme du FN réunionnais aux dernières élections : flic et chevalier blanc de la lutte anti-corruption, chouchou des médias de droite, l’homme fut brutalement descendu de son piédestal par une condamnation en justice. Il faut dire que ce parangon de vertu faisait « péter » la carte bleue d’une association sportive, et achetait des stylos Montblanc pour lui et de la perlouze pour ces dames. Ces exploits n’empêchèrent pas l’intéressé d’être confortablement reclassé dans le corps consulaire, aux Philippines. C’est dire si l’extrême-droit est persécutée par le "système" !

La Réunion a ses spécimen, l’Hexagone en a d’autres, du même acabit ; leur nom est Légion. Nul besoin d’être extra-lucide pour percer le voile de la prétendue dédiabolisation et du mensonge de Marine Le Pen. Cette dernière n’a nullement l’intention de nettoyer ces écuries d’Augias ; mieux, elle conforte la canaille aux positions-clef de son parti, et s’emploie à porter la mentalité des bas-fonds au rang d’idéologie politique ; ce que l’on nommera la lumpenisation des esprits, habilement dissimulée par la rhétorique énarchique d’un Phillipot... mais qu’un petit tour au soleil a vite fait de révéler.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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