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Patrimoine musical de l’océan Indien

Filoumoris.com : des années de braise aux musiques de fusion

27 janvier 2018
7 Lames la Mer
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Beaucoup en rêvaient, il l’a fait : un site dédié au patrimoine musical de l’océan Indien. A 63 ans, Philippe de Magnée, ingénieur du son, ouvre et met en ligne les trésors accumulés au cours d’une quarantaine d’années à travers l’océan Indien. « Kit enn tras lor ou pasaz »...


Années de braise : Philippe de Magnée aux manettes


Il débarque à l’île Maurice en 1979. Philippe de Magnée [Filou], ingénieur du son belge, s’immerge dans les « années de braise » [1] et prend la vague des « chanteurs engagés ». Les militants culturels, mobilisés autour d’un genre inédit, le « Santé angazé » [chanson engagée], considèrent la musique comme un outil de combat. Philippe de Magnée est aux manettes.

Il met son expériende d’ingénieur du son au service de cette poésie militante qu’il contribue à magnifier et à immortaliser. Bam Cuttayen, Grup Lataniers, Grup Kiltirel IDP, Dev Virahsawmy, Ram et Nitish Joganah... Un pan essentiel de la culture mauricienne — de la culture de l’océan Indien — passe entre les mains expertes de ce pionnier. La mission qu’il s’est fixée : enregistrer, engranger, sauvegarder ET restituer. Son credo : lutter contre l’oubli.


Cliquer/écouter « Tine-blouz », Danyel Waro/Carrousel, 1982


L’histoire de cet ingénieur du son s’intègre à celle de l’océan Indien. A la veille des élections de 1982, Philippe de Magnée est prié de quitter l’île Maurice, ses activités auprès des chanteurs engagés étant considérées comme « dérangeantes ». Il ne quitte pas l’océan Indien pour autant — il reviendra d’ailleurs régulièrement à Maurice par la suite — et atterrit à l’île de La Réunion où il retrouve une part de militantisme avec des artistes réunionnais au charisme déjà entier : Gilbert Pounia/Ziskakan, Thierry Gauliris/Baster, etc.

Philippe de Magnée recherche le meilleur son, les meilleures conditions d’enregistrement, dans des lieux parfois inattendus. Les « moyens du bord », la débrouille et l’esprit inventif font parfois des miracles. Il explore, il teste. Comme pour la musique classique, il trouve dans l’église du Port — et dans celle de Cassis à l’île Maurice — une acoustique singulière qui restitue la pureté des sons. Un amphithéâtre de l’université de La Réunion retient aussi son attention : c’est là qu’il réalise l’enregistrement du cultissime « Pei Bato Fou » en diffusant dans les haut-parleurs les prises de son réalisées en studio.

Ziskakan : séance dans l’église du Port. Gilbert Pounia, Sully Andoche, François Baptisto, etc. ©Philippe de Magnée.

Cliquer/écouter « Pei Bato Fou », Ziskakan, 1983


Au cours de ses pérégrinations d’une quarantaine d’années à travers la mer indienne, Philippe de Magnée a enregistré une cinquantaine d’albums ; il a multiplié les rencontres artistiques et engrangé un véritable trésor musical, des sons uniques — et oubliés pour certains —, des chansons souvent inédites, des photos, des souvenirs...

Désormais installé en Belgique, il se retrouve dépositaire d’un patrimoine inestimable. A 63 ans, il décide de restituer ce patrimoine au plus grand nombre à travers « filoumoris.com » [Patrimoine musical de l’océan Indien], site qui compile déjà « 153 artistes, 374 CD ou K7 et déjà 3577 titres recensés dont 1021 inédits ou disparus »...


Cliquer/écouter Mouvman Kiltirel Basse Terre, Baster, 1983


« Ce site a pour vocation la sauvegarde du patrimoine musical enregistré de l’Océan Indien. Il met en écoute, à la portée de tous, de la musique et des chansons « inédites » ou « disparues des circuits commerciaux » d’artistes de l’Océan Indien (Ile Maurice, Ile de la Réunion, Ile Rodrigues, Archipel des Chagos, Iles Seychelles et Archipel des Comores) ».

Ces trésors proviennent principalement de collectages et de sauvegardes réalisées à travers l’océan Indien par « Filou », entre 1979 et 2017. On y trouve aussi des albums récents d’artistes de l’océan Indien distribués sur les plateformes numériques.

Gilbert Pounia, Ziskakan. ©Philippe de Magnée.

Des années de braise aux musiques de fusion


Il s’agit principalement de musiques traditionnelles liées à l’esclavage (séga tipik, maloya, moutia, séga tambour et romances), de chansons « engagées » (les années de braises mauriciennes). Le site est ouvert aussi aux musiques de fusion, aux musiques métissées.

« Ce site est “non commercial”, précise Philippe de Magnée. Pas un centime, un sou ou une roupie n’est perçu. Il sert de plateforme pour ces mêmes artistes qui ont aussi des albums distribués sur internet. Il comprend des liens vers les sites de vente physique (site de l’artiste, Amazon, Discogs, etc…) vers les plateformes de téléchargement légal en ligne (I Tunes) et de streaming (Deezer, Spotify, Youtube) ».

Le groupe "Zordi". ©Philippe de Magnée.

Cliquer/écouter Solidarité, troupe Zordi, 1983


Conçu comme un site « participatif », « filoumoris.com » permet aux artistes d’entrer en contact avec le concepteur — via la page de contact — afin de corriger, d’ajouter (ou de supprimer) des enregistrements.

Si les institutions n’ont pas été réactives, Philippe de Magnée démontre quant à lui sa capacité à entreprendre et à faire œuvre utile avec peu de moyens et une dose de motivation et de talent non négligeable. N’ayant obtenu aucune aide officielle pour mener à bien son projet, il décide de se lancer seul. Il débourse au total 2000 euros pour assurer la partie technique et le site « filoumoris.com » apparaît sur la toile 18 décembre 2017. Les bases d’une grande plate-forme des musiques de l’océan Indien sont désormais en place.

« Kit enn tras lor ou pasaz » [2], disait Bam Cuttayen. Mission remplie par Philippe de Magnée.

7 Lames la Mer


Le site : filoumoris
Facebook : @filoumoris.le.site


Sully Andoche, François Baptisto, Ziskakan. ©Philippe de Magnée.

Le groupe "Paulo and Co". ©Philippe de Magnée.

Cliquer/écouter Mangaza Vanily, Paolo & Co, 1983


Les chanteuses du groupe Zordi. ©Philippe de Magnée.

7 Lames la Mer

Réalités émergentes Réunion, Océan Indien, Monde.
Presse, Edition, Création, Revue-Mouvement.
Facebook, Twitter.

Notes

[1Années de braises, profondes mutations à l’île Maurice : indépendance, violences politiques, grèves, répressions, tensions interraciales, chômage… Le concept de « mauricianisme » voit le jour.

[2Laisse une trace de ton passage.

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