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Je ne suis pas un homme qui pleure

Fabienne Kanor : « être auteure engagée, c’est transmettre »

5 août 2018
Expédite Laope-Cerneaux
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« Ce qui est pour toi, la rivière te l’apportera, ce qui n’est pas pour toi, la rivière ne te l’apportera pas », écrit Fabienne Kanor dans son roman « Je ne suis pas un homme qui pleure », sorti aux éditions Jean-Claude Lattès en 2016.


Fabienne kanor, auteure engagée


Fabienne Kanor est une jeune femme née à Orléans de parents Antillais. Elle n’a qu’une quarantaine d’années et déjà une abondante bibliographie. On peut essayer de l’approcher d’un peu plus près avant d’entrer dans le livre ; un peu seulement car Fabienne Kanor ne se laisse pas facilement enfermer sous une étiquette. « Auteure », plutôt qu’écrivain ou romancière, mais l’étendue de son art ne limite pas au livre.

Elle se présente à nous comme auteure, documentariste, performeuse, enseignante… A propos du poste de professeure de littérature et de cinéma qu’elle vient de décrocher aux USA, Fabienne kanor affirme que « cette nouvelle casquette est essentielle. Etre auteure engagée, c’est transmettre ».

Celle qui se considère aussi comme un écrivain engagé a vécu dans divers pays, en France bien-sûr où elle est née ; en Martinique, son berceau familial ; en Angleterre, au Sénégal, au Cameroun, en Louisiane [où elle vient tout juste de décrocher un doctorat]... Elle a aussi « traversé » divers pays d’Afrique de l’Ouest, parce qu’elle « aime — dit-elle — voyager dans les pays où l’histoire des peuples noirs se forge, est en cours ».


Femme de plume, issue des peuples ex-colonisés


Les voyages nourrissent son œuvre. Dans « Je ne suis pas un homme qui pleure », l’héroïne s’interroge sur elle-même, sur son métier, sur sa vie, sur les hommes qui ont traversé sa vie, et dans quasiment tous les pays où elle est allée, y compris La Réunion.

Ce livre ne manque pas d’humour ni d’une certaine férocité, à moins que ce ne soit juste du réalisme. C’est le soliloque d’une femme-écrivain confrontée à une énième rupture. Comment la vit-elle, quels souvenirs sont sollicités ? Elle remonte à son enfance, revisite les pays qu’elle a traversés, et les hommes qui l’ont traversée.

En même temps, elle analyse son parcours de femme de plume, issue des peuples ex-colonisés, Noire dans l’univers littéraire et médiatique français, majoritairement blanc. Et les portraits ne sont pas tendres ; éditeurs, agents, journalistes, bonne copine, voisins, chiropracteur, et bien d’autres…


Ce qui est pour toi, la rivière te l’apportera


On peut retenir de cet ouvrage de petites phrases qui sonnent comme des maximes : « la haine attire la haine ; être femme, c’est un métier dont on ne sort pas ; ce qui est pour toi, la rivière te l’apportera, ce qui n’est pas pour toi, la rivière ne te l’apportera pas ; le mères sont toujours la première prison des filles ».

Une petite phrase sur une journaliste de télévision française « à tête et cervelle de maloya », un autre passage sur la copine zoreille « qui danse le maloya comme un pied » posent question ; on aimerait demander à Kanor quelques précisions sur ce qu’elle connaît du maloya. Des zoreils qui dansent le maloya comme des pieds, ça on connaît à La Réunion. Mais cela serait donc aussi perceptible par des gens venus d’ailleurs ? Et que cachent « la tête et cervelle de maloya » ? Bizarre, bizarre !

Il y a une autre affirmation qui peut laisser le lecteur réunionnais perplexe. C’est quand elle affirme qu’aucun homme blanc ne pourra faire oublier aux femmes de chez nous le goût du « brother », que ce serait inscrit dans nos gènes. On a des doutes, parce que l’on constate plutôt chez la majorité nos compatriotes-femmes une frénésie irrépressible à rechercher l’homme blanc, et l’homme blanc zoreil bien-sûr, pas n’importe quel yab de nos contrées ! Mais, elles ne font pas fait exprès, elles sont juste tombées amoureuses ! Bon, ne nous égarons pas ! Ce n’est pas notre propos.


Un langage un peu cru


Notre propos reste « Je ne suis pas un homme qui pleure » de Fabienne Kanor. Quelles que soient la couleur de peau ou les origines des hommes qu’elle a connus, l’héroïne a été pareillement déçue, dans ses sentiments du moins, parce qu’au niveau du corps et du sexe, elle y a souvent trouvé son compte.

Tout cela, Kanor nous le dit dans un langage qui lui est particulier, avec des mots rarement vus ailleurs ou avec un autre sens. Un langage un peu cru aussi. Si vous êtes prude, vous n’apprécierez pas. Ce serait dommage car il s’agit là de grande littérature. C’est regrettable que l’on ne trouve pas facilement ces auteurs-là dans nos librairies. Il faut les commander. Après rien d’étonnant à ce qu’Amazon représente une concurrence !

Enfin, ce petit moment d’humeur ne m’empêche pas d’apprécier « Je ne suis pas un homme qui pleure » de Fabienne Kanor, et combien il aurait été passionnant de la rencontrer au Kabalire de Lofis de la langue en avril dernier. Malheureusement, au dernier moment elle n’a pas pu venir.
Heureusement, on peut toujours découvrir ce livre sorti en 2016 chez JCLattès.

Expédite Laope-Cerneaux


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