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Petite réflexion sur Noël

Expédite Laope-Cerneaux : Sommes-nous en manque de mythes ?

24 décembre 2018
Expédite Laope-Cerneaux
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Sommes-nous en manque de mythes à La Réunion, où l’on n’a besoin ni de fausse neige ni de bonnet rouge quand il fait 30° dehors ? Sommes-nous en manque de mythes pour récréer sous nos latitudes des conduites qui ont du sens ailleurs mais frisent le ridicule ici ? Devons-nous toujours calquer nos conceptions sur celles de « Dehors » ?

Oeuvre de Tom Browning.

Une voix discordante... sur « la magie de Noël »


Nombreux sont ceux ont craint pour leurs achats de Noël, mais ça y est, la crise est passée ! On va pouvoir s’éclater avec la multiplication annuelle de cryptomérias couverts de fausse neige, avec l’invasion des bonnets rouges, avec les factions de Pères Noël basanés aux portes des magasins, avec les crèches où l’on rajoute un santon noir pour faire « péi »…

Le moment est finalement bien choisi pour faire entendre une voix discordante en partageant une petite réflexion au sujet de « la magie de Noël », expression-lieu commun dont on nous rebat les oreilles.

Le mot « Noël » vient d’une expression en latin : « natalis dies » qui signifie « jour de nativité ». Cette expression a émergé du christianisme vers l’an 300. Ensuite, au Moyen Âge, le mot s’est transformé jusqu’à devenir « Noël » : c’était une exclamation utilisée pour exprimer la joie [un peu comme « bravo » ou « hourra »].

Bien entendu, on ne trouve aucune trace de ce mot dans la Bible.

Mais comment les choses ont-elles évolué, de la naissance du Christ au Noël actuel ?

"Nativité", par Frederico Barocci (1528-1612).

Quand le Christ est-il né ?


La date de naissance de Jésus reste incertaine. Ce qui est sûr, c’est qu’en examinant les événements historiques de son époque, on sait qu’il n’est vraisemblablement pas né le 25 décembre de l’an 1 de l’ère chrétienne.

Plusieurs indices le démontrent. Ainsi, c’est l’église catholique qui a décidé de fixer la date de naissance du Christ et de choisir cette année-là comme l’année 1 de notre temps ; cette décision a été prise vers l’an 500.

D’une part, à cette époque, on ne comptait pas les mois et les années comme nous le faisons aujourd’hui. D’autre part, le prêtre appelé Denis, qui a été chargé de mener ce travail, s’est trompé dans ses calculs, en essayant de remonter à partir de la date approximative de la fondation de la ville de Rome.

Oeuvre de Gerard van Honthorst.

Aujourd’hui, on devait être en 2022 ou 2023


En conséquence, ce qu’il considère comme l’année de la naissance de Jésus était en fait déjà la 4ème ou 5ème année : en réalité donc Jésus était déjà né 4 ou 5 ans avant. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, au lieu d’être en 2018, on devait être en 2022 ou 2023 s’il n’y avait pas eu cette erreur.

Comment cette information est-elle arrivée jusqu’à nous ? Par des documents historiques d’époque. Par exemple, on connaît avec certitude l’année de la mort du Roi Hérode, qui d’après la Bible, régnait en Israël quand Jésus est né. Or le Roi Hérode était déjà mort l’année choisie par le prêtre Denis comme étant celle de la naissance de Jésus.

Il y a d’autres événements historiques connus qui démontrent que Jésus n’est pas né cette année-là, mais vraisemblablement avant.

Bethlehem, la nuit. Josef Langl.

La question du 25 décembre


Nous verrons plus loin pourquoi l’église catholique a décidé de fixer la naissance de Jésus au 25 décembre. Mais si l’on se base sur la Bible, on comprend que cela ne peut pas être cette date-là.

Pourquoi ? N’oublions pas que cela se passe en Israël. Il est dit que cette nuit-là, les bergers qui gardaient leurs troupeaux ont vu l’étoile qui annonçait la naissance du Messie.

Or dans la période du 25 décembre en Israël, à cause du climat, les troupeaux et les Bergers n’étaient pas dehors. C’est pourquoi il semblerait que Jésus est plutôt né au début du mois de janvier vers le 5 ou le 6, moment où en Israël on remettait les troupeaux à l’extérieur.

Cadeaux et sapin au XIXe siècle.

Quel rapport entre le sapin et la naissance du Christ ?


Aucun ! Cela a cependant un lien avec le fait que le catholicisme a choisi de fixer la fête de Noël au 25 décembre. Autrefois quand les peuples d’Europe ne connaissaient pas encore le Christianisme, ils avaient l’habitude de faire une grande fête païenne à l’occasion du solstice d’hiver, c’est-à-dire du 21 au 25 décembre.

Ils prenaient un sapin, faisaient un grand feu avec et dansaient autour en mangeant, en buvant et en faisant la fête en l’honneur de leurs dieux païens.

Lorsque le catholicisme s’est instauré dans les pays d’Europe, les papes et les prêtres ont compris que les populations ne renonceraient pas facilement à cette tradition, d’autant qu’il s’agissait de faire la fête, de manger et de boire. Ils ont donc adopté deux stratégies.

Adoration des mages, par Altdorfer, vers 1530.

Une histoire de substitution...


D’abord ils ont fait édifier les églises aux endroits mêmes où les gens avaient l’habitude d’adorer leurs dieux païens. Ainsi quand la messe était célébrée, les gens venaient à l’église parce qu’ils avaient déjà l’habitude du lieu.

Ensuite, ils ont décidé de fixer les fêtes religieuses catholiques aux dates où auparavant les dieux païens étaient fêtés.

Ainsi les gens n’étaient pas privés de leurs fêtes et traditions ; on leur disait simplement : « maintenant, ce jour-là vous n’adorez plus ce dieu païen mais vous adorez Jésus, Marie ou un autre Saint ».

Célébration de Samain : les Celtes, costumés, dansaient et chantaient autour de grands feux de joie.

D’anciennes fêtes païennes


Toutes les fêtes religieuses catholiques coïncident avec d’anciennes fêtes païennes. Et ce n’est pas un hasard.

La Toussaint : la date retenue est celle de la fête de Samain, célébration celtique autour de la mort [ancêtre d’Halloween].

La naissance de Jésus : le 25 décembre a été choisi afin de remplacer la fête du sapin au solstice d’hiver.

Le jour de la présentation de Jésus au Temple [ce que l’on appelle aujourd’hui « la chandeleur »] : le choix s’est porté sur la date d’une fête païenne qui s’appelait les Saturnales, fête du début d’année pendant lesquelles autrefois la population faisait toutes sortes de folies.

La Saint-Valentin : le 14 février, la « fête des amoureux » a pris la place d’une autre fête païenne appelée Lupercales.

Les Saturnales.

Adorer une déesse-mère


L’Assomption [la montée au ciel de Marie, mère de Jésus] : le 15 août a été choisi parce que c’était autrefois le jour de la fête de la déesse de la fécondité et de la moisson, déesse très populaire, appelée « Cérès » dans certains pays ou « Déméter » dans d’autres.

Cette tradition consistant à adorer une déesse-mère date de la plus ancienne préhistoire.

C’est une croyance ancrée même chez l’ancêtre de l’homo sapiens. Il y eut aussi Ishtar [Astarté], puis la Diane des Ephésiens [qui elle, n’est pas montée mais serait « tombée du ciel »], etc. Maintenant, c’est Marie.


Quel rapport entre Père Noël, cadeaux et naissance de Jésus ?


Encore une fois, si l’on s’en tient à la Bible, aucun !

Autrefois, il était de coutume d’offrir des cadeaux [les étrennes] au 1er de l’an. Mais le calendrier qui s’appelait le calendrier julien [de Jules César] était différent de celui auquel nous nous référons aujourd’hui. Le Jour de l’An n’était pas le 1er janvier mais le 1er avril car l’année commençait par le mois d’avril.

Ensuite, un pape appelé Grégoire XIII a décidé en 1582 de changer le calendrier et a fixé le début de l’année au mois de janvier. On a donc commencé à donner les étrennes au 1er janvier et on a pris l’habitude de donner des faux cadeaux et de faire des farces le 1er avril [le calendrier actuel s’appelle le calendrier grégorien]. Voilà donc comment a été instaurée la coutume des cadeaux pendant les fêtes.

L’ancêtre du Père Noël, vêtu de vert.

En ce qui concerne le Père Noël


Quand l’église catholique a commencé à créer ses Saints, elle a créé Saint-Nicolas, protecteur des enfants, qui, en fin d’année, donnait une récompense aux enfants sages et punissait les enfants désobéissants. Pendant longtemps, on ne parla pas de « Père Noël », mais de « Saint-Nicolas ».

Par la suite, sous l’influence des marchands de jouets et autres commerçants, le personnage de Saint-Nicolas s’est mélangé à un autre personnage de légende des pays nordiques appelé « Santa Klaus », vêtu de vert, qui venait du Pôle Nord dans un traîneau tiré par des rennes avec des cadeaux pour les enfants.

Santa Claus, par Thomas Nast. Gravure sur bois publiée le 1er janvier 1881 par le "Harper’s Weekly".

Des cadeaux apportés par les « Rois Mages »


C’est lui qui est, de nos jours, représenté habillé en rouge [suite à une action publicitaire de la firme Coca-Cola en 1931], avec une grosse barbe blanche.

Ainsi, celui qu’on appelle « Père Noël » dans certains pays, se nomme « Saint-Nicolas » dans d’autres ou encore « Santa Klaus ».

Mais il ya des pays où l’on ne parlait pas de Père Noël : par exemple en Espagne et dans des pays d’Amérique du Sud, les cadeaux aux enfants étaient censés être apportés par les « Rois Mages ». De nos jours, cette tradition s’est effacée au profit du modèle occidental.

Pourtant, c’était certainement celle qui se rapprochait le plus de la tradition biblique puisque dans les Evangiles, ce sont les Mages [qui par ailleurs n’étaient pas rois] qui ont apporté des cadeaux à l’enfant Jésus.

1931. Coca-Cola s’empare de l’image du Père Noël. Illustration réalisée par Haddon Sundblom.

Des rennes que nous ne verrons jamais ici...


Après ces mises en perspective historiques, il ne faut pas pour autant en déduire que nous sommes opposés à la « magie de Noël ». Sûrement pas ! Mais nous pensons que l’on peut fêter Noël et offrir des cadeaux aux enfants tout en ayant les yeux un peu plus ouverts.

Personnage pansu vêtu de façon inimaginable sous nos tropiques, pendant la période la plus chaude de l’année, il descend par une cheminée que la majorité de nos maisons ne possède pas. Il tire un traîneau conduit par des rennes que nous ne verrons jamais ici.

Ces temps-ci, des « Madame Noël » en minijupe sexy, généralement blondes aux yeux bleus, ont fait leur apparition... Qu’il s’agisse du « Papa Noël » ou de « Madame Noël », voilà qui relève de la même acculturation.


La Réunion : sommes-nous en manque de mythes ?


On objectera que Noël est important parce que les enfants ont besoin du mythe. Qui oserait le nier ?

Mais sommes-nous en manque de mythes à La Réunion, où l’on n’a besoin ni de fausse neige ni de bonnet rouge quand il fait 30° dehors ?

Sommes-nous en manque de mythes pour être obligés de récréer sous nos latitudes des conduites qui ont du sens ailleurs mais frisent le ridicule ici ? Devons-nous toujours calquer nos conceptions sur celles de « Dehors » ?

Ne peut-on offrir des cadeaux aux enfants sans décimer les cryptomérias pour imiter des sapins qui ne poussent pas ici ?

La Réunion où l’on n’a besoin ni de fausse neige ni de bonnet rouge quand il fait 30° dehors.
Jean-Claude Denis, 1987.

Les temples de la consommation à outrance...


Dans mon enfance, certains avaient la chance d’avoir des cadeaux à Noël, sans sapin, sans fausse neige, sans traîneau et sans rennes. Etaient-ils moins heureux que les enfants d’aujourd’hui ?

Moi, je faisais partie de ceux qui n’avaient le plus souvent qu’une grappe de letchis. C’est « l’idée du cadeau » qui me faisait rêver, et non le Père Noël.

Continuons de fêter Noël et de faire plaisir à nos enfants. Mais cessons de faire mine qu’il s’agit là d’un acte sacré de dévotion religieuse alors que les seuls temples auxquels l’on sacrifie sont ceux de la consommation à outrance. D’ailleurs, parmi ceux qui ont manifesté contre la vie chère, combien n’ont pas hésité à payer 80€ le kilo de bichiques ?

Expédite Laope-Cerneaux

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