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États-Unis

État Islamique : des documents déclassifiés pointent l’étonnante incurie de l’Administration Obama

25 mai 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Publiés sur ordre de justice, des documents secrets achèvent de jeter le trouble sur l’attitude d’Hillary Clinton lors de la crise de Benghazi. Surtout, les rapports d’Août 2012 font apparaître que les services américains avaient anticipé tant la création de l’État islamique que la bienveillance à son égard des États du Golfe et de l’Ouest, appuis d’une opposition syrienne « soutenue depuis le début par Al-Qaeda ».

Photo : Cobija

Fondée en 1994, l’ONG « Judicial Watch » — un « watchdog », selon l’expression américaine que l’on traduira faute de mieux par « organisme de surveillance » — mène un travail d’investigation et de transparence visant à « promouvoir un haut niveau d’éthique et de morale dans la vie publique des Etats-Unis ». Si elle ne fait pas mystère de ses profondes convictions conservatrices, l’institution connue à ses débuts pour ses procès à répétition contre Bill Clinton, a pareillement mis en cause à plusieurs reprises l’administration républicaine de George W. Bush.

Généreusement financée, servie par un rigoureux travail judiciaire qui mobilise des juristes professionnels, « Judicial Watch » étaie régulièrement ses enquêtes par la production de documents confidentiels.

Ce sont ainsi près de 100 pages de documents classifiés de la DIA (Defense Intelligence Agency) qui ont été délivrées par une injonction de justice rendue le 15 mai 2014 par la juge Ketanji Brown Jackson, dans le cadre d’une requête de l’ONG à l’encontre du Département d’État et du Department of Defense.

Intentée sur la base du fameux « Freedom of Information Act » (FIOA) qui ouvre au justiciable américain la faculté d’obtenir, sous certaines conditions, tout ou partie de documents ou d’informations non divulgués issus du Gouvernement des Etats-Unis, l’action visait à mettre en lumière le contexte de l’attentat sanglant commis le 11 septembre 2012 contre l’Ambassade des Etats-Unis à Benghazi (Libye).

Mauvaise nouvelle pour l’administration démocrate : les rapports dévoilent ses errements à la suite de l’attaque qui a coûté la vie à l’ambassadeur Christopher Stevens et à trois autres personnes : un assaut « prémédité depuis plus de dix jours », qui « visait à tuer le plus d’Américains possible », notait l’Agence dès le lendemain du drame, dans une communication destinée au Département d’État.

Déjà déclassés en 2013 à l’initiative de "Judicial Watch", ces clichés de graffiti, "signature" des organisations terroristes et de dégâts témoignant de la violence de l’attaque (au lance-roquette), invalident la thèse du saccage de l’Ambassade à la suite d’une manifestation, d’abord affirmée par les autorités. Photo : State Department / Judicial Watch

Sa dirigeante Hillary Clinton n’en imputa pas moins le massacre à des « débordements » intervenus en marge de « manifestations » contre la diffusion sur la chaîne YouTube du film anti-islam « L’innocence des Musulmans ».

Un discours répété à plusieurs reprises par le Secrétaire d’État, qui a notamment assuré les familles des victimes de « poursuites à venir » contre les auteurs de la vidéo, avant que l’Administration ne change son fusil d’épaule pour accuser l’organisation islamiste Ansar-Al-Charia…

Portées à la connaissance du public le 18 mai dernier, ces révélations s’ajoutent à la divulgation le même jour (le « pire jour de la campagne d’Hillary », écrit l’influent Weekly Standard) du contenu des emails échangés entre 2011 et 2012 par Mme Clinton et Sidney Blumenthal, conseiller salarié par la Fondation Clinton.

Selon le New York Times, ce dernier aurait rédigé de nombreux memoranda, jugés passablement farfelus par la diplomatie américaine, mais pris très au sérieux par la Secrétaire d’État… Le rôle de ce conseiller informel proche des milieux d’affaires américains impliqués en Libye « incarne les frontières floues entre les mondes du business, de la politique et de la philanthropie, sources d’enrichissement et des tourments des Clinton et de leur entourage au cours des dernières années », écrit sévèrement le quotidien de référence.

La lecture des lignes de la politique étrangère américaine se trouble tout-à-fait lorsque l’on parcourt d’autres documents produits par la DIA en 2012 et déclassés à l’initiative de « Justicial Watch », qui prévoient avec une grande acuité l’émergence de l’État islamique.

S’agissant de la Syrie, le rapport jusque-là estampillé « secret » affirme sans ambages que « les salafistes, AQI (Al Qaeda en Irak, NDLR) et les Frères musulmans constituent les forces majeures à la tête de l’insurrection ». (…) « L’Ouest, les États du Golfe et la Turquie soutiennent l’opposition ; la Chine, la Russie et l’Iran soutiennent le régime ».

Le document confirme la filiation entre l’organisation fondée par Oussama Ben Laden et le front Al-Nosra, alors loué par la diplomatie occidentale.

La DIA invalide de surcroît la thèse de la « récupération » du mouvement anti-Assad par les mouvements fondamentalistes : « Al-Qaeda en Irak connaît bien la Syrie. Elle s’y est entraînée avant de s’infiltrer en Irak ». (…) « Al Qaeda a soutenu l’opposition dès le commencement, tant idéologiquement que dans les médias ».

Surtout, la DIA anticipe tant la création de l’État islamique que les sympathies dont pourrait disposer pareille entité de la part des soutiens de l’insurrection syrienne — envisagés ici lato sensu d’une manière fort troublante : «  il existe (…) une possibilité d’établir une principauté salafiste, proclamée ou non, dans l’Est syrien. C’est exactement ce que veulent les pouvoirs qui soutiennent l’opposition, afin d’isoler le régime syrien susceptible de conférer une profondeur stratégique à l’expansionnisme chi’ite . (…) Cela crée l’atmosphère idéale pour un retour d’Al Qaeda dans ses bastions historiques de Mossoul et de Ramadi, et pour un nouvel élan sous le mot d’ordre de l’unification du Jihad des sunnites de Syrie et d’Irak, et de tous les sunnites du monde arabe contre les hérétiques, qu’ils considèrent comme un seul et même ennemi ».

Tankiste de l’armée régulière syrienne. En 2012, la DIA estimait que le régime finirait par l’emporter. Photo : © القوات المسلحة العربية السورية‎

Cette dynamique, avertit la DIA, pourrait aboutir à « la proclamation d’un État islamique » via « l’union avec d’autres organisations terroristes en Irak et en Syrie », créatrice d’un « grand danger pour l’unité de l’Irak et la protection de son territoire ». L’agence américaine conclut néanmoins à « la survie du régime ».

Une saisissante anticipation du processus qui a conduit à la situation contemporaine et un portrait sans concession de ses soutiens internationaux… visiblement négligée par l’Administration Obama. La campagne électorale, dont Hillary Clinton s’annonce déjà comme l’une des principales protagonistes, permettra-t-elle d’éclairer les causes de cette surprenante incurie ?

Geoffroy Géraud Legros

Extraits du rapport publié par Judicial Watch

"Atlas insolite", by Fernando Vicente

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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