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C’est dans l’air...

Et si les créoles (re)colonisaient les oreilles ?

28 avril 2019
Nathalie Valentine Legros
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Elles avaient disparu de la circulation. On n’en trouvait plus chez le bijoutier ou alors, par miracle, en insistant vraiment, au fond d’un vieux stock, oubliées. Reléguées. Avec un peu de chance, on pouvait encore en dégoter une paire via internet, sur certains sites dédiés à la vente entre particuliers. Nos grand-mères, elles, les portent toujours. Et voilà qu’elles refont surface — enfin — dans les vitrines des bijoutiers, nos boucles d’oreille créoles !

Les créoles lontan, encore introuvables il y a peu, reviennent à la mode ! Vintage ?

Nos traditionnelles boucles d’oreille créoles avaient disparu de la circulation — celles que tout le monde portait il y a une trentaine d’années encore, toutes classes confondues.

Signalement : en or, rondes, d’un diamètre approchant celui d’une alliance ou légèrement plus large, avec une petite accroche arrondie que l’on passait dans le trou de l’oreille et qui se refermait de l’autre côté par un système de clip en guise de fermoir.

Signe distinctif : elles étaient toutes taillées selon le même design : des facettes en losange ornaient le pourtour extérieur de l’anneau.

Il y a quatre ans, après avoir inspecté les vitrines et les stocks de plusieurs bijoutiers, dans plusieurs villes de l’île, nous avions constaté qu’elles n’étaient plus tendance et avaient disparu.

Nous n’en avions alors trouvé que sur un site internet de vente en ligne entre particuliers pour... 90€. Etait-ce la fin des « créoles » ? Non ! Patience...

Les conditions étaient en fait réunies pour qu’elles reviennent en force, selon le principe du ressac « vintage ». Rien de tel pour les remettre au goût du jour, ces vieilles créoles qui ont souligné la beauté de bien des générations de Réunionnaises... Et c’est chose faite : elles sont de retour dans les vitrines des bijouteries. Et même dans la pub !

L’attirail du parfait perceur d’oreilles dann tanlontan... Technique rudimentaire à ne pas tester.

Pour la petite histoire — que nous tenons de Mémé Rose — à l’époque, il n’y avait pas d’instruments sophistiqués ni stérilisés pour percer les oreilles.

C’était le« système D » : on prenait une aiguille à coudre (chauffée à la flamme) dans laquelle on passait un fil solide puis on collait derrière l’oreille un bouchon de liège. Ensuite, on piquait le lobe de l’oreille avec l’aiguille jusqu’à ce qu’elle s’enfonce dans le bouchon placé derrière. On laissait le fil dans l’oreille ainsi percée, pour ensuite le remplacer, une fois le trou plus ou moins cicatrisé, par les fameuses boucles d’oreille créoles !

Les "créoles" de retour dans la pub et dans les bijouteries.

Parfois, l’opération de perçage se soldait par un gros boubou qui vous donnait l’impression qu’une bébête vous mordait le lobe mais il y avait alors des remèdes lontan pour venir à bout des oreilles infectées. Pratiqué dès le plus jeune âge, le perçage des oreilles selon cette technique plus que rudimentaire a du coup laissé peu de traces dans les mémoires féminines.

Aujourd’hui, le perçage des oreilles est indolore et pratiqué dans des conditions de stérilité en général fiables. Alors pourquoi s’en priver ? Surtout si l’on considère que tardra, viendra, biento la pa loin : on vous le dit, les créoles vont (re)coloniser les oreilles ! Et ça a commencé.

Nathalie Valentine Legros

A l’époque, tout le monde portait ce modèle d’anneaux créoles. Aujourd’hui, les créoles pourraient bien revenir en force dans le ressac du "vintage". Photos extraites du film « Ça Bourbon même, l’île de La Réunion », tourné en 1978 par Jean-Pierre Mirouze.

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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