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7 n’aime pas, 7 i aime pas

Esprit Maloya, es-tu là ? Non, répond l’IRT...

19 novembre 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Campagne de l’IRT : « Esprit maloya », mer et sable chaud. D’un côté, un couple de touristes : elle, un faux air de Claire Chazal ; lui entre le grand-reporter-baroudeur et le gosse de riche sur le point de se ranger. De l’autre côté, un groupe maloya-folklorique-fraudé. Entre les deux, pas un échange, pas un regard. D’ailleurs, les deux touristes n’en ont rien à foutre du maloya : ils l’écoutent comme ils écouteraient une compil’ de David et Cathy Guetta...

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Aucune image n’est innocente. Et encore moins les images fabriquées par les « pro » de la com’ et accompagnées de « slogans ».

On a droit à tout, mais alors à tout, avec l’image « Esprit Maloya » bidouillée pour une énième campagne de l’IRT. Il ne nous est fait grâce d’aucun cliché, d’aucune réduction.

À propos de réduction, on espère que le commanditaire (qui paie et se paie avec nos impôts) a bénéficié d’une ristourne ; parce que tout de même, les « créatifs » (sic) ne se sont pas foulés : sable fin, cocktails, minet et minettes, robes à fleur et tambours, servis dans un registre exotico-doudouïste plus tahitien que réunionnais — les touristes qui s’attendent à trouver Vahinés et sable fin sur les plages de l’Ouest vont avoir une sacrée surprise.

On pourrait à première vue penser que l’IRT a tout de même accompli un sacré saut qualitatif depuis la fameuse pub’ de la blonde à la pagaïe entre les dents, dont le profil avait été été placardé des mois durant à l’arrière des bus parisiens.

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Il suffit de barrer la photo (ou le montage) d’un trait vertical bien placé pour faire apparaître deux mondes qui ne communiquent pas.

À bien y regarder, « Esprit Maloya » est encore pire que celle de la bolchevik du canoë-kayak. Ici, pour valoriser La Réunion, on a tout simplement ôté les Réunionnais.

Le peuple du fameux « vivre ensemble » — slogan qui commence à bien faire et perd un peu plus d’épaisseur à chaque nouvelle utilisation — est ici relégué au rang de figurant de son île. Figurant d’une mise en scène où le touriste se voit assigner le rôle du colon plein aux as. Parenthèse : on est loin, ici, du touriste tel qu’il est, amateur de nature et sac au dos, mais on est tout près des fantasmes sociaux de nos dirigeants régionaux...

Observons-la bien, cette image : elle nous donne à voir six personnages répartis en deux groupes bien distincts ; si distincts qu’il suffit de barrer la photo (ou le montage) d’un trait vertical bien placé pour faire apparaître deux mondes qui ne communiquent pas. Pour montrer à quel point cette frontière virtuelle est révélatrice d’une faille dans les représentations propres à notre société.

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Le couple de touristes... Elle, un faux air de Claire Chazal. Lui, entre le grand-reporter-baroudeur et le gosse de riche sur le point de se ranger.

À gauche d’abord (le sens de la lecture) : le couple de touristes — faut-il le dire : des white, des blancs, des blancos ; point, ici, de ces riches Chinois ou de ces Indiens opulents dont l’IRT annonce la venue et qu’on ne voit toujours pas venir. Le couple, donc, se tient debout, les pieds dans le sable à quelques mètres de la mer. Elle, un faux air de Claire Chazal. Lui, entre le grand-reporter-baroudeur et le gosse de riche sur le point de se ranger : les beaux gosses des séries débiles des années 80 — plus ringard, tu meurs. Soleil couchant, les yeux dans les yeux : en langage brochure : « comme s’ils étaient seuls au monde », etc. Ces deux-là sont donc censés être heureux. Et s’ils sont debout, c’est pour porter un toast avec leurs verres à cocktail (d’une drôle de couleur, d’ailleurs), indifférents au spectacle (... du Maloya ?) qui leur est pourtant offert à deux pas. Le voudraient-ils, Brandon et Brenda ne pourraient se lancer dans un maloya endiablé : ils risqueraient de se prendre les pattes dans les lanternes chinoises (3 euros à la boutique du coin, ça sent la coupe budgétaire) qui jonchent le sable. Ne parlons même pas de la dimension spirituelle, sacrée de l’ancienne danse des esclaves : ici, le maloya est, à l’image du Réunionnais, un simple élément de dépaysement. D’ailleurs, notre beau couple n’en a rien à foutre et picole en écoutant rouleur et cayambe comme il écouterait la compil’ Bouddha Bar ou David et Cathy Guetta.

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La troupe folklorique : un bout de plage et un contrat à remplir.

À droite : la troupe folklorique ! Deux danseuses et deux musiciens. Ils ont leur bout de plage et un contrat à remplir : danser, sur les rythmes tropicaux, danser la volupté des îles, tourner les reins, offrir de l’exotisme, du sensuel, de l’érotisme. Costumes colorés, jupes amples et relevées, dentelles, chapeau la paille, fleurs dans les chevelures brunes et libérées. Toute l’imagerie coloniale est résumée dans leur prestation et ils n’ont pas un regard pour le couple de touristes — sans doute, pas fous, sont-ils concentrés sur ce qui compte vraiment : la paye.

Chacun son monde.

En produisant une telle image, l’IRT recycle des clichés plus vieux que lui, et c’est plus l’esprit Gaston Flosse que l’esprit maloya qui souffle sur la troupe de maloya fraudé et nos deux corniauds enamourés. Une tarte à la crème en appelant une autre, les communicants en profitent pour nous mettre une couche d’UNESCO : « Le Maloya, l’âme musicale de La Réunion, patrimoine culturel immatériel de l’humanité ». Bel aveu : pour les « pro » de la com’ de l’IRT, patrimoine immatériel rime avec musique d’ambiance, Sex (ou presque) on the Beach. On est loin de l’esprit maloya. Et de l’esprit UNESCO.

Geoffroy Géraud Legros

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Le groupe "Ti Kréol Kont Gro Profitèr" a commenté l’image de l’IRT sur les réseaux sociaux. Ici, sur tumblr. http://tikreol.tumblr.com/

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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