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Humeur

Espace Océan : que c’est laid...

24 novembre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Moche, impersonnel, sans âme : sur l’Internet ou devant le « lamtav », les commentaires peu élogieux fusent à l’encontre du projet dionysien d’« Espace Océan ».

Projet "Espace océan", Saint-Denis.

La plaie architecturale demeurait béante sur le cours du Barachois où, on s’en souvient, Gilbert Annette, avait mis fin au projet de « Pôle Océan » initié par le maire sortant, René-Paul Victoria. Perte sèche sur le plan économique, facteur de criminalité — l’immense terrain fut vite voué à la prostitution et au trafic de drogue —, l’arrêt du chantier n’avait pourtant pas ému outre mesure dans l’opinion dionysienne. Il faut dire qu’à droite comme à gauche, « Pôle Océan » rassemblait bien plus de détracteurs que de soutiens, finissant même par focaliser le rejet au terme d’une campagne électorale particulièrement virulente.

Le terme de « système des dépouilles »spoils system — décrivait la pratique qui, aux USA, permettait aux vainqueurs d’une élection de virer les fonctionnaires nommés par les perdants. C’est bien un système des ruines qui règne toujours à La Réunion, où il est de tradition que les nouveaux entrants « battent à terre » les projets de leurs prédécesseurs, fussent-ils signés, fussent les entreprises engagées et les premières pierres posées.

Le "Caudan", Maurice.

La première pierre, on ne la jettera pas ici à Gilbert Annette qui n’a fait qu’appliquer à son tour le séculaire adage : « malheur aux vaincus ! »... ajoutant à la sentence infligée au Pôle Océan une considération esthétique. L’ancien projet était moche ; un « blockhaus », a-t-il répété hier, présentant en Conseil municipal « Espace Océan », lequel devrait, en 2019, emplir le vilain trou qui — aux côtés de pas mal de « verrues » — défigure le front de mer de la capitale.

On s’en réjouirait… si les projections dévoilées ne laissaient entrevoir un dispositif franchement hideux.

Laid, moche, sans âme, ou simplement décevant : les commentaires sont unanimes, sur la toile comme devant le « lamtav », à l’encontre de ce qui, pour l’heure, évoque plus un hasardeux assemblage de blocs de bétons et d’immeubles faits de bric et de broc que le cœur nouveau d’une ville de près de 150.000 habitants. Une laideur redoublée — à nos yeux du moins — par les conceptions qui, visiblement, sous-tendent les choix architecturaux en cause.

Détail du projet "Espace océan", Saint-Denis.

Un seul coup d’œil coup confirme que ces derniers ne recherchent en rien leurs sources dans la culture et l’architecture locale ; qu’ils veulent, consciemment ou non, s’en détacher par la « modernité » et, tarte à la crème contemporaine, le « développement durable ». Une idéologie que l’on sait prompte à se défendre par des accusations de « passéisme », de « conservatisme », et qui a vite fait d’envoyer aux bacs à recyclage les adeptes présumés du « c’était-mieux-avant » qui osent critiquer les murs sans esprit qui s’élèvent dans nos villes.

Nul besoin d’être musicien pour penser, comme Louis Armstrong, qu’il n’existe au-delà des genres que deux genres de musiques — la Bonne et la Mauvaise. Nul besoin, de même, d’être architecte pour trouver laid ce qui est laid. Est-il « réac’ » de souhaiter que, dans notre île, les grands déploiements architecturaux empruntent à une brillante tradition architecturale ?

Détail du "Caudan", Maurice.

« Réac’ » alors nous sommes. Comme le sont, sans doute, nos voisins mauriciens, qui ont érigé un Caudan inspiré des éléments créoles, indiens, européens et chinois qui composent l’architecture de leur pays… et du nôtre, du moins tant que tout n’aura pas été écrasé. Un brin surfait dans le registre « rétro », le waterfront de Port-Louis ? Peut-être. Mais une teinte de kitsch vaut mieux, mille fois mieux, qu’une enfilade de blocs érigés à la gloire de l’amnésie et du vide culturel, sur ce qui fut autrefois un quartier vivant et populaire.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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