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Néo-libéralisme

En Ukraine, la finance veut un « Pinochet »

30 mai 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Crise ukrainienne : un dénouement à la chilienne permettrait au pays d’appliquer les réformes nécessaires, estime un influent financier ukrainien.

Rencontre entre le Général Pinochet et le Secrétaire d’État américain Henry Kissinger. Photo : Ministère des affaires étrangères du Chili.

Diplômé en mathématique et titulaire d’un doctorat en ingénierie de l’Université de Kiev, chercheur en économétrie passé par La Sorbonne, les universités de Vienne et de Prague, enseignant à l’Université d’Edinbourg (Écosse), Ivan Konpan a occupé des postes-clefs dans plusieurs institutions internationales majeures de la transition ukrainienne, dont Deloitte, le leader mondial de l’audit. Impliqué dans les dossiers les plus décisifs de la « transition » post-socialiste ukrainienne, il gère aujourd’hui son propre fonds d’investissement.

Quel environnement politique souhaite ce type de professionnel pour développer ses activités ?

La réponse est fournie sans ambiguïté par l’intéressé dans une tribune publiée le 23 mai dernier dans le prestigieux magazine économique américain « Forbes » : ce dont l’Ukraine a besoin, c’est d’un « Pinochet, grâce auquel les noms de Salvador Allende et de Luis Corvalan sont entrés dans l’histoire ».

Ivan Konpan admet une « ambivalence » dans la « figure historique de Pinochet d’un côté, le meurtre et la torture inexcusables de dizaine de milliers de citoyens. De l’autre, le succès de réformes économiques libérales » grâce auxquelles, « sur les fondations établies par Pinochet, un pays démoralisé par les communistes s’est transformé en l’une des économies les plus efficaces de l’Amérique Latine, dotée de l’un des taux les plus bas de corruption au monde ».

À l’instar du Chili de 1973, poursuit l’analyste, « l’Ukraine est aujourd’hui au cœur des changements historiques. Si la destruction de l’économie, la pauvreté, la perte de confiance » sont autant de « tristes parallèles » qui peuvent être établis entre les deux situations, la différence essentielle réside dans le fait « qu’il y a quarante ans, le Chili a eu un stratège qui a promis peu et accompli beaucoup », qui « a eu le mérite de ne pas craindre de parier sur un groupe de jeunes chiliens, diplômés de l’Université de Chicago ou d’autres universités américaines et formés dans l’esprit du libéralisme économique classique. Les Chicago Boys ont occupé des positions-clefs dans le Gouvernement, diffusant les idées de réforme et les mettant en pratique. De plus, le Général (Pinochet) a installé des réformes à long terme, rompant avec le « populisme du court terme », qui est aussi l’arme des politiciens ukrainiens ».

Des « réformes » qui, outre « le transfert des retraites aux fonds de pension privés », doivent « restaurer les principes de l’effort et de la récompense (...) ; « rien n’est plus pathétique que les programmes d’aide gouvernementale qui génèrent du parasitisme social », assène l’économiste, citation de l’ex-ministre de Pinochet, Hernan Büchi, à l’appui.

Surprenante pour l’opinion, la référence positive à Pinochet est néanmoins un lieu commun de l’entendement libéral .

Ainsi le Wall Street Journal appelait-il en 2013 à une « solution Pinochet » au lendemain du putsch qui avait porté le Général Al-Sissi à la tête de l’État : « les Égyptiens auront de la chance », pouvait-on lire dans les colonnes du quotidien le plus vendu aux Etats-Unis, « si le nouveau Général s’avère issu du même moule que le Général Pinochet, qui a pris les pouvoirs en plein chaos et a été l’artisan de la transition vers la démocratie ».

Les réformes forgées par les « Chicago Boys », appliquées par la Junte chilienne et exportées dans le monde entier depuis quatre décennies, visent à la privatisation, à la désindustrialisation, à la financiarisation de l’économie et à la conversion du salariat en micro-entreprenariat.

Elles s’opposent ainsi aux conceptions développées dans l’Est industrialisé du pays, où les autorités des entités dites « séparatistes », hissées au pouvoir sur fond de mouvements sociaux, affirment leur volonté de nationaliser les secteurs-clefs de l’activité économique.

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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