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Hommage à Emmeline Payet-Coupama

Emmeline, âme libre au paradis

20 septembre 2014
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Emmeline Payet-Coupama, une Réunionnaise échappant à tous les clichés. L’oeil malicieux, la main toujours amicale, le sourire comme un cadeau. Elle aimait la vie, la fête, l’amour, la musique, la poésie, son île, ses amis, les zistoir nout péï. Elle aimait écrire. Elle nous embarquait dans son univers peuplé de légendes, de grandiab, de cascades, d’âmes errantes... Elle portait en elle une révolte féconde. Et ne s’embarrassait pas des terribles contradictions engendrées par la société post-coloniale. Elle les dominait. Elle n’avait pas d’âge, pas d’œillères, pas de préjugés. Elle est morte à 79 ans et nous voilà tous un peu orphelins.

Emmeline Payet-Coupama... Comment trouver les mots justes pour raconter la femme qu’elle était ? C’est difficile. Comme il est difficile désormais de s’habituer à parler d’elle au passé.

Chacun avait au fond du coeur « son » Emmeline. Chacun aura à raconter « son » Emmeline.

La « nôtre » aimait la fête, dansait le maloya et le séga avec son Gérald. Elle riait généreusement, mais savait aussi porter une critique acerbe sur les profiteurs, les excès de notre société.

Elle ouvrait ses bras à lantouraz pintad sans chercher à connaître qui vient d’où, qui vote pour qui, qui aime qui.

Son tourné-viré, c’était avec Gérald. Partou toultan. Infatigables et irradiant une joyeuseté hors du commun. Résolument ancrés dans la dalonerie des cercles hétéroclites qui animent le fonnkèr réunionnais : kabars, soirées poésie, théâtre, expositions, spectacles en tout genre, fêtes intimes ou grand lamontraz. Ils étaient là ! Fidèles et inspirés. Militants de l’âme réunionnaise. Toujours prêts à partager quel que soit le milieu. Quels que soient les enjeux. Déclamant, crasant maloya, piquant séga, portant haut le verbe d’une jubilation créole qu’ils avaient instaurée en manièrdeviv : en dehors de toutes les conventions.

Dans leur maison, au début de la route de Salazie, les visiteurs de tous les milieux se côtoyaient dans un joyeux brouhaha.

La vie d’Emmeline fut jalonnée de tumultes, d’aventures, de révolte, de misère aussi mais elle avait décidé d’avancer sur son chemin à elle, une sorte de parcours de la combattante hors des sentiers battus. Loin des parcours balisés.

En décembre 2011, elle avait publié un recueil bilingue (créole-français) passionnant de légendes créoles, de souvenirs imprégnés par l’histoire réunionnaise. « Six heures lo soir » nous reste en héritage de cette femme d’exception enfantée par la terre réunionnaise, même si les aléas de l’existence la font naître à Marseille en 1935.

A son mari Gérald, à qui incombe la mission de poursuivre sa route désormais seul dans la multitude, à ses enfants dont la poétesse Claire Karm, à ses proches, ses amis, nous disons notre bonheur d’avoir pu un jour rencontrer cette Réunionnaise d’exception : Emmeline Payet-Coupama. Merci Emmeline.

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

Lo cousin ec la Marianne

Cé in ti marmaille la cour ramassé par défunt M’sieur Edmond. Lu mange a l’office vec lo ban’ z’enfants, lu dort dan’ la chambre les bonnes, lu sava l’école garçons Sainte-Suzanne. Quand M’sieur Edmond la dépose a li la case, lu la dit : "Mes enfants, notre petit cousin va habiter chez nous". Alors tout’ do moune la crie a lu "Cousin", lu té qui cause pas du tout sauf dan’ lo trou z’oreille Marianne, lo joli poupette salon, plus grande fille do M’sieur Edmond. Li lé marron coulèr café, les cheveux cognés ; elle lé blanche très pâle, dé bel rubans taffetas dan’ bout’ ses tresses blond.

Zot’ té complices pou jouer ti case, habille poupettes, zoué loup-couru, loup-cachiette, casse-couteau, kadok, tin l’autos, Papa-Maman... Ah ! la pas çak zot’ i croit... Papa-Maman, cé dé familles fourmis grand galop i habite dan’ lo gonis sucre dan’ l’office. Marianne ec Cousin i cape a zot’ i enferme dan’ dé boîtes z’allumettes percé en l’air plein’ ti trous pou respirer...

Extrait du texte « Lo cousin ec la Marianne »
« Six hèrs lo soir - Six heures le soir »
Z’histoires créoles d’Emmeline Payet-Coupama, Editions « Chez Emmeline », 2011

Maloya 2011 avec Emmeline...


Dans le livre d’Emmeline, retrouvez cette sublime photo de Kaf Francisco, signée André Blay.

« Kalou pilon ! Pilon Kalou !
Mi boire l’encre. Ou mi boire pétrole.
Crase zot’ mimit’ don !
Kalou pilon ! Pilon Kalou !
Moin lé par ici ! moin lé par là !
A ou Jaco gabié. A moin bois enchanté.
Goûte à moin ! »

Extrait du texte « Jaco Bondié »
« Six hèrs lo soir - Six heures le soir »
Z’histoires créoles d’Emmeline Payet-Coupama, Editions « Chez Emmeline », 2011

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

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