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Sang mêlé et blues

Eddy Louiss est mort : les anges noirs vont swinguer !

30 juin 2015
Nathalie Valentine Legros
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Eddy Louiss, « Sang mêlé », a été rappelé dans les étoiles, celles qui brillent dans les yeux des amoureux du blues. On disait de lui qu’il était le meilleur organiste du monde. Les anges ont bien de la chance là-haut avec ce nouveau venu : ils vont swinguer ! Petite confidence eddylouissienne : ces anges-là ont le visage noir ! Flash-back sur ce musicien hors norme qui avait soulevé La Réunion il y a 30 ans...

Eddy Louiss au Festival de Jazz de Château-Morange, le 21 octobre 1985.

« Hors de l’eau, un orgue a surgi / C’est pas Némo, c’est Eddy »... chantait Claude Nougaro qui vient d’accueillir, là-haut, son dalon Eddy Louiss. « Rire et sanglot, c’est Eddy ». Eddy Louiss a rendu l’âme à 74 ans. « Eddy... Tout est dit ».

C’est en lançant un « Vive La Réunion » retentissant qu’Eddy Louiss était monté sur la scène du Festival de jazz de Château-Morange en octobre 1985. Impressionnant et majestueux. Des yeux bleus et un orgue. Un sourire et la musique. Des notes envoyées avec générosité. Avec religiosité. Les yeux fermés, la tête tournée vers les étoiles, les mains ancrées sur l’orgue. Le pied qui bat la mesure...

Eddy Louiss avait installé son orgue à ciel ouvert et il promettait de faire vibrer les étoiles. Le public avait effectivement des étoiles dans les yeux et attendait le « Retour de la baleine bleue » !

Eddy n’était pas venu seul mais avec un phénomène qui a marqué bien des Réunionnais : à la batterie Paco Séry — revenu à La Réunion il y a peu — un Africain (Côte d’Ivoire) au jeu époustouflant qui se démenait avec une précision et une technique hors du commun... A la guitare électrique, il y avait aussi l’Américain Paul Breslin, arpentant la scène à grandes enjambées. Et ce trio magique a fait plonger le public dans un océan de jazz aux accents des Caraïbes et de l’Afrique.

« Hors de l’eau, un orgue a surgi / C’est pas Némo, c’est Eddy »... Claude Nougaro a écrit cette chanson en hommage à Eddy Louiss qui l’a accompagné sur scène durant de nombreuses années. D’ailleurs quand Nougaro vient à La Réunion pour la première fois, au début des années 70, Eddy est du voyage. « Je garde un souvenir agréable de ce premier passage à La Réunion, nous confiait-il en 1985. On a eu un bon feeling avec le public du théâtre de Saint-Gilles. »

Eddy et les îles, c’était une histoire de sang. Sang mêlé. Né à Paris en 1941 d’un père antillais, trompettiste et guitariste, et d’une mère italienne et violoniste, dès l’âge de 5 ans, Eddy fait ses premières gammes. Dans l’appartement, l’orchestre de papa établit son lieu de répétition. C’est là que la musique prend Eddy pour ne plus jamais le quitter. Une carrière ponctuée de rencontres avec les meilleurs : Stan Getz, Quincy Jones, Kenny Clarke, Stéphane Grappéli, Jean-Luc Ponty, Johnny Griffin, etc.

Il est d’abord engagé au « Chat qui pêche » — « Ensuite il tousse une sèche /
Sur le seuil du “Chat qui pêche”
 » — ensuite au début des années 60, il joue pour le public du « Double six ». Puis il accompagne Nougaro...

Claude Nougaro, au début des années 70, au théâtre de Saint-Gilles, accompagné par Eddy Louiss. Photo : Jean-Claude Legros.

Après avoir ingurgité un grand bol de café, il nous racontait en 1985, l’histoire d’une chanson sur un vieil album... La chanson s’appelait « Les anges noirs ». C’est l’histoire d’un homme qui peint des anges sur les vitraux d’une cathédrale. Et Eddy Louiss lui demande : « Pourquoi peins-tu les anges avec le visage blanc ? »

Eddy Louiss parlait avec son orgue. Il parle maintenant aux anges du jazz, là-haut dans les étoiles, les anges du blues, de la biguine, du jazz-rock. On disait de lui qu’il était le meilleur organiste du monde... Si vous regardez le ciel ce soir, vous entendrez certainement l’orgue d’Eddy dans les étoiles, parmi les anges noirs.

Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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