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Politique culturelle

Du tangage à Stella Matutina

5 juin 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Muséographie renouvelée, équipements flambant neuf, prestations gratuites le jour de l’inauguration : c’est le « in » de la réouverture de Stella Matutina. En « off » : querelles de personnes, luttes des places et des placements, opacité… la liste des griefs s’allonge à l’encontre de Jean-François Sita, coiffé de la double casquette de vice-président de la Région chargé de la culture et de PDG de la SPL RMR.

« Quand j’entends parler de culture, je sors mon carnet de chèques » : ainsi parlait en substance le candidat Didier Robert lors de la campagne régionale de 2010. Un mot d’ordre implicite mais largement entendu dans le monde culturel réunionnais, alors taraudé par la crainte que la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise (MCUR), grand projet des mandatures de l’Alliance, ne centralise les biens et les moyens.

Fait rare, de nombreux acteurs culturels traditionnellement marqués à gauche avaient cette fois-ci coulé un bulletin de droite aux premier et second tours du scrutin régional.

Favoriser le pluralisme des institutions culturelles réunionnaises à l’encontre du jacobinisme muséal prêté à la MCUR : assortie de promesses d’investissements et de développement des équipements existants, cette ligne devait, dans l’esprit de la nouvelle équipe, inaugurer rien moins qu’une « nouvelle ère » — et transformer au passage en vote d’adhésion le vote contestataire des « cultureux ».

Une transition symbolisée par la rénovation de Stella Matutina, seul musée consacré à l’histoire industrielle de La Réunion et à la mémoire des travailleurs du sucre.

Quatre ans et 47 millions d’euros plus tard — un coût fortement impacté par le recours aux bureaux d’études — l’élan initial semble avoir déserté tant les rangs des professionnels que des acteurs politiques pourtant acquis à la majorité.

Muséographie renouvelée, équipements flambant neuf, prestations gratuites le jour de l’inauguration : c’est le « in » de la réouverture de Stella Matutina.

En « off » : querelles de personnes, luttes des places et des placements, tensions autour du contenu scientifique du musée… la liste des griefs s’allonge à l’encontre de Jean-François Sita, coiffé de la double casquette de vice-président de la Région chargé de la culture et de PDG de la SPL RMR [1]. Une combinaison légale, puisque, selon nos informations, l’élu prend soin de quitter l’hémicycle lorsque viennent à l’examen des affaires porteuses de potentiels conflits d’intérêts.

Le problème reste posé sur le plan éthique, à l’heure où la multiplication des SPL et des rémunérations de leurs PDG, élus de la majorité UMP, est en débat.

En interne, les différends procèdent avant tout de la gestion humaine et scientifique impulsée par M. Sita. Une direction jugée autoritaire, dont Yannick Gironcel, dirigeant d’« Objectif Jeunes », mouvement de jeunesse du mouvement de Didier Robert, nommé directeur délégué adjoint de la SEML « Muséo » qui gérait alors Stella Matutina et la Maison du volcan.

« Yannick » (diplômé d’une haute école de commerce, NDLR) « avait l’humilité de reconnaître qu’il n’était pas familier des questions muséales. Mais il voulait comprendre, et laissait faire les "pros". C’est comme cela qu’il s’est retrouvé à dire « non » à Jean-François Sita, qui n’aime pas qu’on lui dise “non” », nous confie un contact à la Région Réunion.

Plus généralement, les placements au sein de l’institution ne font pas consensus, regrette notre interlocuteur. « On s’est fait élire sur un mot d’ordre de transparence, et regardez l’image qui est donnée. Les recrutements sont l’affaire personnelle du Président (de la SPL, NDLR) et se déroulent dans la plus grande opacité ». Des propos qui visent, outre certaines embauches de cadres réputés proches de membres de la majorité régionale, la procédure de recrutement du futur directeur du musée.

« On peut s’étonner du recrutement d’un directeur à l’issue de la rénovation : n’aurait-il pas mieux valu choisir un directeur associé à la définition du nouveau projet ? » demande une source proche du dossier Stella, contactée par « 7 Lames la Mer ». Une critique qui peut selon nous être relativisée : la directrice de la MCUR n’avait-elle pas été en son temps éreintée pour avoir été placée à la tête d’un établissement qui n’avait pas encore ouvert ses portes ?

La procédure mise en oeuvre pour pourvoir le poste soulève en revanche certaines questions. « La règle veut qu’un musée de France soit dirigé par un fonctionnaire recruté dans le corps des conservateurs », affirme-t-on dans les milieux concernés. Gérant le personnel selon les règles du droit privé, la SPL serait sans doute en mesure de s’affranchir de cette obligation…

Reste que l’appel à candidature, diffusé sur des supports quasi-confidentiels, n’est guère à la hauteur d’un musée qui a coûté 46 millions d’euros à la collectivité — somme à laquelle il faut ajouter un million d’euros abondé par l’Europe.

De manière surprenante, l’annonce n’exige aucun diplôme et se borne à requérir, outre des qualités managériales, l’expérience de la « gestion d’un établissement culturel et / ou de manifestations grand public » ainsi qu’une « bonne connaissance du milieu muséal et des politiques culturelles réunionnais » (sic).

L’issue de cette procédure de recrutement, close depuis le mois de mars, demeure inconnue. « Il y a bien eu des candidatures, mais il est impossible de savoir qui a été auditionné, et a fortiori de savoir qui a été retenu » nous glisse-t-on du côté de la RMR.

Une opacité qui va à l’encontre tant de la vocation des SPL, dont la transparence est la pierre angulaire, que des principes qui doivent régir la gouvernance très particulière des établissements à vocation muséale et mémorielle. Le Stella nouveau est mal parti.

Geoffroy Géraud Legros

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"Venice" by Ippolito Caffi [Peintre italien, 1809-1866]

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1Réunion des musées régionaux

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