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Enfants exploités

Du sang sur les smartphones

20 janvier 2016
7 Lames la Mer
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Un enfant est mort dans une mine de cobalt en République Démocratique du Congo (RDC). Le petit corps a été abandonné dans les entrailles de la mine. Cette histoire est évoquée dans un rapport publié par Amnesty International ce 19 janvier 2015, intitulé « Voilà pourquoi on meurt » et décrivant les atteintes aux droits humains en RDC qui alimentent le commerce mondial du cobalt. Le colbalt ? Un élément chimique indispensable à la fabrication des appareils portables (téléphones...) et des batteries rechargeables.

« Dans le monde entier, les individus dépendent de plus en plus des batteries rechargeables pour alimenter leurs téléphones mobiles, leurs tablettes, leurs ordinateurs portables, leurs appareils photo et d’autres appareils électroniques portatifs. Le marché mondial en plein essor des appareils portables et des batteries rechargeables engendre une demande accrue pour l’extraction du cobalt, un composant essentiel des batteries rechargeables de type lithium-ion ».

Dans un rapport publié ce 19 janvier 2016, Amnesty International et l’ONG African Resources Watch — après une enquête menée sur cinq sites miniers de la RDC où ils ont interrogé 90 travailleurs dont 17 enfants — pointent du doigt 16 multinationales, pour leur manque de contrôle sur leurs sources d’approvisionnement, dont les plus connues sont : Apple, Samsung, Sony, Microsoft, Volkswagen, Dell, HP, LG, Vodafone...

Plus de la moitié de l’offre mondiale de cobalt provient de la République Démocratique du Congo, un des pays les plus pauvres au monde. D’après les estimations du gouvernement, 20% du cobalt actuellement exporté depuis la RDC provient de mineurs artisanaux basés au sud du pays. Il existe environ 110.000 à 150.000 mineurs artisanaux dans cette région, qui travaillent aux côtés d’exploitations industrielles beaucoup plus importantes.

C’est à la main et avec des outils des plus rudimentaires, sans gants, ni combinaisons ni masques, que les mineurs artisanaux extraient le minerai dans des tunnels souterrains « qui s’étendent sur des dizaines de mètres, souvent sans aucune structure pour éviter l’effondrement, et généralement mal ventilés ». Parmi ces mineurs qui travaillent dans ces étroites galeries figurent des enfants, âgés de sept ans pour les plus jeunes...

"Les vitrines des boutiques chics et le marketing des technologies de pointe contrastent vivement avec les enfants ployant sous les sacs de roches et les mineurs s’affairant dans les étroits tunnels qu’ils ont creusés, exposés au risque de contracter des affections pulmonaires permanentes", a déclaré Mark Dummett, spécialiste de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains à Amnesty International.

L’UNICEF estime à environ 40.000 (2014) le nombre d’enfants travaillant aux mines de cobalt dans des conditions terribles : 12 heures par jour à transporter de lourdes charges pour un salaire de misère (1 à 2 dollars/jour). Paul, 14 ans, raconte avoir souvent passé « 24 heures dans les tunnels ».

L’absence totale d’équipements de protection (combinaisons, masques, gants...) entraîne chez les mineurs, et particulièrement chez les enfants, des dégâts parfois irréversibles sur la santé. Certains y trouvent la mort, comme l’explique sœur Nathalie Kangaj : « de nombreux accidents ne sont pas enregistrés car les mineurs, qui travaillent sans permis dans des zones d’exploitation non autorisées, sont réticents à prendre contact avec les autorités. Parfois les corps de mineurs morts dans des mines souterraines ne sont jamais récupérés ». Sœur Nathalie se souvient notamment du cas d’un père de mineur dont le fils avait été enterré vivant dans une mine sans que le corps ne soit jamais retrouvé. « Ils meurent et sont oubliés », a-t-elle déclaré.

Ceux qui ne meurent pas au fond de la mine, souffrent de diverses affections : fibrose pulmonaire, toux, douleurs respiratoires, asthme, essoufflement, dermatite...

Amnesty International a contacté les entreprises concernées par le marché mondial du cobalt. Pour la plupart, ces entreprises ont répondu en faisant référence à « des codes de conduite généraux et à des politiques internes obligeant les fournisseurs à respecter les droits humains et à ne pas employer d’enfants ». Bon nombre de ces entreprises ont même déclaré instaurer une politique de tolérance zéro concernant le travail des enfants dans leurs chaînes d’approvisionnement. « Toutefois, elles n’ont pas fourni de détails portant sur des enquêtes et des vérifications spécifiques ayant été entreprises pour détecter un éventuel recours à une main d’œuvre infantile dans leurs chaînes d’approvisionnement en cobalt et pour y remédier », précise Amnesty International.

Si des enfants se retrouvent victimes de l’exploitation du cobalt en République Démocratique du Congo, pays réputé le plus pauvre du monde, le fait doit être dénoncé. Amnesty International et l’ONG African Resources Watch l’ont fait ; mais il ne faudrait pas oublier qu’ailleurs, dans des pays autrement plus développés et dans le pays désigné comme « le plus riche du monde », d’autres enfants sont victimes du système et de la mondialisation. Ainsi en 2013, un rapport publié par « Human rights watch » dénonçait « les enfants cachés de l’industrie du tabac » aux Etats-Unis. Qu’il soit du pays le plus pauvre du monde ou du pays le plus riche, l’enfant qui meurt sous la charge du travail, est un enfant mort de trop.

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Photo Amnesty International

  • « J’ai travaillé dans les mines parce que mes parents n’avaient pas les moyens de me payer à manger et de m’acheter des vêtements. Papa est au chômage et maman vend du charbon ». Arthur, 11 ans.
  • « Il y a beaucoup de poussière et il est très facile d’attraper un rhume. Et nous avons mal partout ». Dany, 15 ans.
  • « Je toussais, j’avais des courbatures et le nez qui coulait. Lorsqu’il pleuvait, c’était très difficile et je suis tombé malade ». Olivier, 13 ans.
  • « Je passais 24 heures d’affilée dans les tunnels. J’arrivais le matin et repartais le lendemain matin. Je devais me soulager dans les tunnels. Ma mère adoptive voulait m’envoyer à l’école, mais mon père adoptif était contre ; il m’exploitait en m’envoyant travailler dans la mine ». Paul, orphelin, 14 ans.
  • « Je pouvais seulement manger quand j’avais assez d’argent ». Mathy, 9 ans.
  • « Des agents de sécurité privés avaient l’habitude de nous fouetter et parfois de nous tremper dans de l’eau sale ». Roger, 13 ans.
  • « J’ai vendu à des négociants qui ont des balances. Mais certains autres négociants n’ont pas de balance et ils estiment simplement le poids et ne sont pas équitables. Ils exploitent les enfants et nous payent moins que les adultes ». Loïc, 13 ans.
  • « Tout l’argent que je gagne dans les mines, je le dépense en nourriture parce qu’à la maison, il n’y a rien à manger ». Dany, 15 ans.

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