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Régionales 2015

Droite réunionnaise : la disgrâce, la division… la déroute ?

11 octobre 2015
Geoffroy Géraud Legros
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La campagne de la plate-forme UMP/UDI peinait à décoller, notaient les observateurs. L’avalanche de perquisitions qui frappe les dirigeants de la Région et surtout le Président-candidat, Didier Robert, renvoie la droite réunionnaise à un problème structurel : la difficulté de se donner un chef.

« Du pain et des jeux » : sous nos cieux bleus déjà lourds du soleil d’octobre, c’est du macatia (le petit nom dont ses amis affublent, à voix basse, Didier Robert), du beach-volley et de la zumba.

Un peu de politique passée en contrebande dans beaucoup d’entertainment : un discours du Président candidat à sa propre succession, deux ou trois mots de conseillers sortants — dont une activiste infatigable qui, bien qu’elle « crase sa banane » et cumule responsabilités (et jetons), pourrait bien, à en croire certaines indiscrétions, ne pas être reconduite sur la liste « Les Républicains ».

Absents : le fidèle Jean-Louis Lagourgue, dont le style ne s’accorde guère aux codes de la « beach party » ; le Dr Patrick Malet, concentré — et c’est très bien — sur le maintien de l’ordre dans une ville de Saint-Louis secouée par « l’affaire du gourou » ; les « grands » maires de la plate-forme UMP-UDI — seul Jean-Paul Virapoullé avait fait le déplacement. Absent, et c’est à première vue plus surprenant, Joseph Sinimalé, maire « Les Républicains » de la commune qui accueillait l’événement.

« Loulou » aurait-il mieux à faire de ses dimanches ?

Ou peut-être a-t-il eu vent de la rumeur selon laquelle Didier Robert n’est pas pour rien dans le retour sur le terrain d’Alain Bénard, qui, dit-on, « bombarde » le maire en place — et il est vrai que la ligne simultanément pro-Didier et anti « Sini » que décline le média « inforeunion.net », proche, pour ne pas dire plus, de l’ancien édile Saint-Paulois, tendrait à accréditer pareille thèse.

Il se répète aussi que c’est avec le feu vert du Président de Région qu’Alain Bénard a organisé l’avènement de Giovanni Poire, l’outsider qui a provoqué l’étonnement général lors des départementales en « chavirant » le tandem Velleyen-Sinimalé dans le 19ème canton : une opération qui évite à Didier Robert une trop forte concentration des pouvoirs en mains saint-pauloises tout en « purgeant », sans en avoir l’air, Yoland Velleyen.

Fort de son jeune âge et de son relationnel, celui-ci se voyait déjà sur les rampes de la prochaine municipale... Personne n’ignore la complexe relation — love and hate relationship, diraient les Anglais — qui lie le locataire de la Pyramide inversée à Alain Bénard, ancien leader de la droite réunionnaise « planté » par son propre camp lors de deux élections régionales.

Intriguant personnage que cet Alain Bénard : le seul homme, dans les rangs de la droite réunionnaise, qui puisse prétendre au titre d’intellectuel, auteur d’un « manifeste des mosaïques », théoricien d’une Autonomie réunionnaise mi-progressiste mi-réactionnaire, qui manie autant le marxisme teinté de spinozisme d’un Toni Négri que la rhétorique anti-musulmane américaine à la Pamela Geller.

Du temps de sa splendeur, il fut le mentor du jeune Didier Robert, dont il fit son directeur de cabinet.

Par un retournement rare dans une histoire politique réunionnaise dominée par le schéma gérontocratique, c’est le disciple, devenu maire du Tampon en 2006 par les artifices que l’on sait, qui dut venir au secours du maître, battu par Huguette Bello lors des municipales de 2008.

Une assistance qui n’a pas peut-être pas compté pour rien dans la tentative de renversement de Nassimah Dindar en 2008 par les sectateurs de Didier Robert, alors en pleine ascension après sa victoire contre Paul Vergès et Jean-Jacques Vlody lors de la législative partielle de 2007.

Il s’agissait, paraît-il, au moins autant de mettre Jean-Louis Lagourgue au pouvoir que d’installer l’ancien maire de Saint-Paul au Cabinet…

Las, Nassimah Dindar déjoua la manœuvre par l’alliance de revers que l’on sait, laissant comme deux ronds de flan ses adversaires : dominés par les représentations sexistes qui structurent la politique réunionnaise, les « putschistes » n’avaient rien vu venir…

Il faut croire que la gratitude est, pour Didier Robert, ce qu’est l’honneur selon Marcel Pagnol : un petit bois d’alumette qu’on ne gratte qu’une fois.

Une fois élu Président de Région, l’ex-maire du Tampon — qui devait en 2014 recevoir dans son fief une dérouillée d’allure prémonitoire — ne s’empressa guère de remettre en selle le penseur de l’Autonomie de droite.

Soutenu par l’UMP comme la corde soutient le pendu et conséquemment battu par Gérald Incana aux cantonales de 2011, Bénard se retrouva chargé du groupe « La réunion en confiance » (UMP) à la Région Réunion.

Un poste certes important pour la cohésion d’une majorité, dont beaucoup de membres n’avaient aucune expérience politique avant 2010 et dont certains, fraîchement débarqués, connaissaient à peine La Réunion avant d’être élus, mais un poste sans dimension stratégique, bien peu utile dans la perspective d’un retour aux affaires.

Peut-être est-ce cette relégation, au moins politique, qui fut à l’origine de quelques tensions entre le « Pharaon » et son ancien protecteur ; l’alchimie, au demeurant, est assez mystérieuse entre un Alain Bénard, théoricien et lettré, et un Didier Robert ancré dans l’instant, peu porté à l’analyse de fond, capable de confondre Nietzsche et Gandhi et dont un ancien ministre pointait « l’inculture » dans ses mémoires.

S’il lui arrive d’avoir des flottements, le duo ne coule pas ; l’harmonie semble régner à nouveau entre les deux hommes et c’est sans doute « Loulou » Sinimalé, perçu comme un « électron libre » qui fait, au moins partiellement, les frais du énième rabibochage d’un tandem Robert / Bénard qui n’est pas sans évoquer (on y reviendra) le couple Sarkozy / Buisson.

Reste que la récente actualité judiciaire marquée par des saisies et perquisitions « en poundiak » semble dévaluer brutalement ces savantes et tortueuses stratégies : on a beau poster des photos de groupe aussi resserrées que possible sur un réseau social bien connu et éviter de les communiquer à la presse, on a beau faire son « découvre marmite » le plus près possible des pique-niqueurs pour faire accroire que « domoune la ‘ni » : le sable du Petit Boucan, lui, ne ment pas, et ce sont quelques dizaines de militants seulement — pas si jeunes que cela— qui sont venus entendre les « engagements » du Président pour la jeunesse.

Engagements qui, sur la forme comme au fond, témoignent d’une campagne qui part à vau-l’eau avant même d’avoir commencé.

Le style, c’est l’homme, pense-t-on traditionnellement dans les têtes de droite, et c’est avec fort peu de style qu’un Didier Robert à la figure « maffe », vêtu d’un jean « makote » et d’un « kabay » flower power auquel il manquait un bon coup de carreau, a présenté un projet quelque peu décousu — un exposé qui contrastait avec l’exercice oratoire d’un Jean-Paul Virapoullé en bonne forme.

Après cinq années passées à grignoter des petits fours — la Pyramide n’a jamais autant reçu ni invité que depuis le buffet géant qui intronisa le Président Robert — Didier Robert semble s’être soudainement avisé de l’omniprésence du diabète dans notre île.

Mieux vaut tard que jamais, mais la réponse apportée par la Région — une exhortation à manger bio — risque peu de rapporter des suffrages, à l’heure où les jeunes, massivement touchés par le chômage, en sont réduits aux boites de conserve, au riz et à l’américain-bouchon.

En attendant de vaincre le diabète et en espérant que la « zénès koméla » gobera les autres promesses — un Erasmus pour l’Océan Indien, rien que ça — l’Union de la Droite a de quoi se faire de la bile : partir aux élections régionales dans un grand fracas de casseroles, c’est une disgrâce qui aurait été inimaginable du temps d’un Pierre Lagourgue ou d’une Margie Sudre — ce temps où la droite revendiquait, sans doute à tort, mais de manière fort crédible, le monopole du sérieux.

L’étiquette de Président aux perquisitions « normales » pourrait s’avérer difficile à admettre pour un électorat conservateur et soucieux de respectabilité.

De plus, la droite, qui s’est voulue « populaire » après avoir stigmatisé l’éloignement de ses adversaires vis-à-vis de la population — stratégie couronnée de succès — risque de payer cher l’inflation d’imagerie « djeune », dilettante, et « pas là èk ça » de son candidat, qui a en cinq années dévalué comme jamais la fonction de Président de Région .
Un ensemble de représentations que l’intéressé renforce lui-même en faisant fuiter à tout va qu’il n’est pour rien dans les éventuelles indélicatesses qui auraient accompagné le chantier de la Nouvelle route du Littoral.

On connaît la chanson : ce sont « les alentours » qui ne sont pas bons, mais le « boug lé bon » etc.

On sait, aussi, que le procédé ne marche jamais.

À juste titre : le citoyen renâcle à confier son destin à quelqu’un qui « kakaye » partout qu’il n’est pas corrompu, mais qu’il s’est fait couillonner en beauté par son entourage, ou, pire, qu’il à fermé les yeux par faiblesse ; et il n’est pas rare que l’électorat, s’il n’a que ce choix-là, préfère un élu plus ou moins pourri mais efficace à un incompétent vaguement intègre.

Au final, la droite réunionnaise se retrouve face au problème qu’elle a elle-même créé à la fin des années 1980 et 1990, lorsqu’elle a coup sur coup évincé Michel Debré et son « tombeur », Auguste Legros : aux prises avec un désir contradictoire de liberté et de leadership, elle peine à se donner un chef.

Nolens volens , le camp départementaliste en mal de repères avait dû se rassembler autour de Didier Robert qui, aux yeux des barons régionaux, faisait figure de plus petit dénominateur commun.

L’avalanche d’auditions et de perquisitions, que le Président sortant s’entête — stratégie suicidaire — à qualifier de « vérifications », contraint les états-majors de droite f à jouer une partition particulièrement hasardeuse : assumer le stigmate et éviter la division en allant à la bataille casseroles aux pieds, en espérant éviter la défaite grâce à une hypothétique — et bien tardive— « nationalisation » de l’élection.

Au risque, pourrait-on dire en paraphrasant Churchill, d’avoir à la fois la disgrâce, la désunion… et la défaite.

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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