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Ironie du net

Dormir sous les ponts : la misère ou le luxe...

25 septembre 2016
7 Lames la Mer
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Les petites — ou grandes — ironies du net... Dormir sous un pont avec un chien.

Dormir sous les ponts... A manille ou en Amérique du Nord. Lorsque que le Net juxtapose — simple coïncidence… — les images.

Au hasard du net, les images s’entrechoquent et s’affrontent. Elles disent le monde et son tourné-viré. Le monde et sa folie.

Ouvrez les yeux, voici le grand cirque de la vie et ses petites ironies. Et criantes injustices. Que le prisme du Net contribue à accentuer.

Vèy in pé lo monde kèl manièr la po tourné [1].

Sur le fil d’actualité d’un réseau social, deux photos, qui voisinaient par « accident », ont accroché notre regard. Elles avaient été postées par des personnes différentes et semblaient pourtant se répondre.

Les deux photos se faisaient face et se percutaient. Vision sans filtre. Brutale.

Sur la photo de gauche [2], quatre enfants — très jeunes — sont allongés en travers d’un vieux matelas, au milieu des ordures, de la vermine et de la touffeur.

Au premier coup d’œil, on les croirait morts. Mais non, ils dorment en plein jour. Ils se reposent de la violence de la ville, cachés sous un pont. Avant de repartir en quête de nourriture et d’un peu d’humanité.

Vèy in pé lo monde kèl manièr la po tourné.

Un cinquième enfant — âgé de 2 ou 3 ans maximum —, nu, est assis près du matelas et mange un trognon de pomme. A côté de lui, une bouteille thermos, un plat, une assiette et une cuillère, récupérés auprès d’une bonne âme ou d’une association caritative.

De l’autre côté du matelas noir de crasse, un petit chien jaune dort lui aussi. Fidèle compagnon de misère qui suit la petite troupe dans ces errances.

La scène se déroule sous un des ponts en béton de Parañaque, à Manille [3] (Philippines), près du cloaque d’un cours d’eau stagnante sur lequel flottent des détritus.

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« Selon l’UNICEF, 550.000 enfants vivent dans les rues de Manille, dont 50.000 à 80.000 dans le métro de la capitale. Plusieurs milliers d’autres sont recensés dans les principales villes du pays » [4].

Changement de décors

Sur la photo de droite, le pont est une charmante passerelle en bois sous laquelle gazouillent les eaux limpides d’une rivière en pleine nature.

Un hamac, d’une grande marque spécialisée dans les équipements de camping, est attaché sous le pont.

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On peut se glisser dans ce modèle perfectionné de hamac, comme dans un sac de couchage, pour dormir protégé de la pluie.

Un homme, genre « aventurier moderne », et son chien ont pris place dans le hamac dernier cri pour se reposer et profiter du spectacle bucolique de la forêt, loin des turpitudes, de la pollution et du stress de la ville.

La scène — photographiée sur le continent nord-américain — symbolise le retour à la nature, l’homme en harmonie avec les éléments. En paix.

Vèy in pé lo monde kèl manièr la po tourné.

Et l’ironie de cette juxtaposition, fruit des aléas du Net, se niche jusque dans les détails dérisoires des codes de la toile : la photos des « enfants perdus » de Manille n’a obtenu que 9 « J’aime » et aucun partage tandis que celle du « baroudeur écolo » a été partagée 14 fois et a été gratifiées de 241 « J’aime ».

Sans commentaire... mais comment taire ? [5]

Vèy in pé lo monde kèl manièr la po tourné.

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Notes

[1Regarde un peu le monde, la façon dont il tourne...

[2Agence Reuters.

[3Manille : population de 1,652 million (2010) selon l’ONU.

[4Source : droitsenfant.

[5Expression que nous empruntons à notre partenaire « Bondamanjak ».

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