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Tribune Libre de Marcel Lenormand

« Donne créole travail »

4 avril 2014
Marcel Lenormand
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Ce slogan n’a l’air de rien, il renferme pourtant toutes les ambiguïtés de la société réunionnaise.

« L’art pour donner un visage au peuple », exposition organisée par la mairie de Saint-Paul, en octobre dernier, à l’occasion du 350ème anniversaire du peuplement de La Réunion. Photo IPR.

Qu’entend-on par « créoles » ? Le mot est-il synonyme de « réunionnais » ? Rien n’est moins sûr. Et qu’est-ce qu’un réunionnais ? Les Français, d’origine chinoise, nés à La Réunion, se définissent-ils comme « créoles », et les autres Réunionnais les reconnaissent-ils comme tels, ou comme des « Chinois » ?

Les Français, d’origine indienne ou pakistanaise et de religion musulmane, nés à La Réunion, se considèrent-ils comme « créoles » ? Sont-ils perçus comme tels, ou comme des « zarabes » ?

Les Français, d’origine indienne et de confession hindouiste, nés à La Réunion, ont-ils le sentiment d’être « créoles » ? Sont-ils reconnus comme tels, ou comme des « malbars » ? Dès lors que nous reste-t-il ? Il nous reste les Français d’origine africaine ou malgache, nés à La Réunion, globalement désignés sous le terme de « cafres » et les Français d’origine française, nés à La Réunion, généralement nommés « petits blancs » ou « gros blancs » selon l’origine sociale, avec toute la gamme des métissages intermédiaires. A tel point qu’on dit couramment, dans le cas par exemple des signalements de personnes recherchées, « créole blanc », « créole cafre » ou encore « cafre clair ».

Si nous cherchons maintenant à définir le concept de « Réunionnais », peut-on dire qu’il englobe toutes les personnes qui vivent à La Réunion ? Comprend-il dans son acception les différentes diasporas installées à La Réunion : les Français d’origine française contemporaine (ou « zoreils »), les Français d’origine mahoraise, les Malgaches, les Comoriens, les Mauriciens ? La réponse est infiniment variable selon les interlocuteurs.

Je ne prétends évidemment pas avoir la réponse à ces questions éminemment sensibles, mais les syndicats et les partis politiques devraient tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de lancer des mots d’ordre du type : « donne créole travail  ». C’est la porte ouverte aux dérives les plus dangereuses du principe de la discrimination dite « positive ». C’est la porte ouverte au communautarisme sectaire, et La Réunion, si prompte et si fière dans son aveuglement de vouloir se donner en modèle d’harmonie au monde entier, pourrait demain, plus vite hélas qu’on ne pourrait le penser, ne plus mériter son nom.

Le danger d’exacerbation est réel : nous en sommes arrivés au point où les Saint-Paulois ne tolèrent pas qu’on embauche à Saint-Paul des gens qui résident à la Possession ou au Port. Demain les Saint-Louisiens n’admettront pas qu’on embauche des Rivièrois dans la ville de Saint-Louis.

Et puis, pour aller au fond des choses, le « travail » ne se « donne » pas. On n’attend pas passivement de « gagner » un travail. Un travail, ça se cherche, ça se crée, ça se mérite, ça se prend, ça se gagne mais de haute lutte, par ses capacités, par ses compétences, par sa volonté, mais certainement pas par la naissance, ni la couleur de la peau. Et si on n’en trouve pas à proximité des jupes de sa mère, des plages de Saint-Gilles ou de l’escarcelle de la sur-rémunération, on va en chercher ailleurs, comme des dizaines de milliers de Réunionnais l’ont déjà fait, dans les autres régions de France, en Europe, au Canada, aux Etats-Unis, en Australie ou ailleurs.

Sinon c’est la république bananière qui nous guette.

Marcel Lenormand

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