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Ce que parler veut dire (4)

Des lieux mal dits

25 février 2014
Jean-Claude Legros
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Le « Camp de Pitse » (chef marron) est devenu le « Camp de Puces ». « Grand et Petit Bénare » (du malgache be nara : où il fait très froid) sont devenus, du moins dans un premier temps, « Grand et Petit Bénard » (le look faisait plus créole), les « Feux de Manjaka » (celui qui règne, nom d’un chef marron) sont devenus les « Feux à Mauzac » (look du midi de la France), « Kelval » (du malgache kely vala : le petit enclos) a été transformé en « Kerval » (look breton)... Toponymes et homophones : des lieux mal dits. Une liste non exhaustive !

De tout temps, en vertu d’un albocentrisme indécrottable, le colonisateur a transcrit, sciemment ou par ignorance, les toponymes de La Réunion en les adaptant à la phonétique de la langue française. La première phase fut celle de la francisation des toponymes hérités du marronnage : c’est ainsi, à titre d’exemple, que le « Camp de Pitse » (chef marron) est devenu le « Camp de Puces », « Grand et Petit Bénare » (du malgache be nara : où il fait très froid) sont devenus, du moins dans un premier temps, « Grand et Petit Bénard » (le look faisait plus créole), les « Feux de Manjaka » (celui qui règne, nom d’un chef marron) sont devenus les « Feux à Mauzac » (look du midi de la France), « Kelval » (du malgache kely vala : le petit enclos) a été transformé en « Kerval » (look breton), le « Bras Massine » (du malgache masina : sacré) a été rebaptisé « Bras Machine », les « Patates Madiran » ou « Maduran » (du malgache mahadiorano : qui purifie l’eau) ont été reconverties en « Patates à Durand » et l’Ilet « Apère » (du malgache apetraka : où l’on dépose, où l’on s’assied) s’est vue affubler du nom d’Ilet à « Pères » [1].

Justice en l’occurrence doit être rendue à M. Jean-Cyrille Notter et à Mme Charlotte Rabasahala pour les travaux qu’ils ont menés sur les cartes IGN de La Réunion, afin de restituer à la plupart de ces toponymes leurs noms d’origine, conformes à l’histoire, ainsi qu’à Nicolas Gérodou pour son sublime « Passage des Lémures ».

Par la suite tout le monde se mit de la partie : ainsi le « Chemin Sumer » à Saint-Gilles, du nom de M. Sumer, devint, sous une influence non identifiée, le « Chemin Summer », le chemin des vacances, le chemin de l’été, tant il est connu que le créole est anglophone à ses heures perdues. Le « Bras d’Ahiel », tel qu’il figurait sur les anciennes cartes, s’appelle désormais la « Ravine Daniel », et le « Boulevard Banks » (prononcé Bankss, en faisant siffler sur vos têtes le "s" final), dédié au chevalier Banks à qui l’on doit le tracé de la ville de Saint-Pierre en 1785 (puis celui de la ville de Saint-Denis en 1790), en est déjà au stade de « Boulevard Bank » et ne tardera pas à devenir Boulevard la Banque.

JCL

Notes

[1Par souci d’écarter toute polémique, je me suis volontairement abstenu de mentionner les étymologies énoncées par Jules Hermann dans son ouvrage « Les Révélations du Grand Océan ».

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