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Syrie

Dans la plus grande confusion, les Etats-Unis « sont entrés en guerre »

24 septembre 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Moins d’une semaine après avoir obtenu du Congrès l’autorisation d’armer et d’entraîner les « rebelles modérés », et malgré des déclarations semblant exclure « toute solution militaire » pour venir à bout de l’État Islamique en Irak, Barack Obama a lancé dans la nuit de lundi une vaste opération aérienne contre la Syrie.

F-18 larguant une bombe guidée au laser

Au moins 22 cibles « terroristes » ont été frappées par une attaque conjointe de chasseurs bombardiers et de missiles menée par les États-Unis et 5 États arabes « alliés » (l’Arabie Séoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Qatar), déclarait hier matin (13 heures, heure de La Réunion) le contre-amiral John Kirby sur l’écran de « Fox News ».

« Nous sommes désormais en guerre, de la même manière que nous étions en guerre contre Al-Qaeda » annonce, volubile, l’officier supérieur au présentateur qui arbore pour l’occasion une cravate « star-spangled banner ».

« Je peux vous dire que des douzaines et des douzaines et des douzaines (sic) d’avions tactiques et de bombardiers de plusieurs nationalités, ont été mobilisés, ainsi que des missiles « Tomahawk » (…) et quelques attaques de drones (…) qui ont tiré 150 projectiles guidés (...). 99% des munitions utilisées la nuit dernière étaient de haute précision (…). Nous avons pris beaucoup, beaucoup de précautions, afin de nous assurer de ne frapper que ce que nous visions, et de ne pas occasionner de dommages collatéraux », se félicite M. Kirby, qui assure ne « pas avoir été informé » jusqu’à présent d’éventuelles pertes humaines parmi les non-combattants. Bon nombre d’experts sont nettement moins enclins à décerner un tel satisfecit à l’Administration Obama.

« Les bombes américaines ne tombent pas sur « l’extrémisme », mais sur Raqqa, une ville syrienne vieille de 2000 ans peuplée de plus d’un quart de million d’habitants — des hommes et des femmes qui n’ont pas eu leur mot à dire lors de la conquête de la ville par l’État Islamique. Le Pentagone bombarde des cibles telles que la poste et le siège de l’administration locale, et l’on peut s’attendre à ce qu’il y ait de nombreuses victimes civiles », résume Phyllis Bennis, directrice de projet au sein de l’« Institute For Policy Studies ».

Lancée à la seule initiative du Président des États-Unis, cette campagne repose sur une base légale incertaine tant sur le plan international qu’au regard du droit constitutionnel américain. L’engagement des États-Unis en Syrie n’a en effet pas reçu l’aval du Congrès, qui avait reporté au mois de novembre — soit après les élections — le vote d’une intervention militaire contre l’EI.

Troupes de l’EI (image extraite d’une vidéo de propagande)

La Maison-Blanche invoque de son côté la défense de l’Irak, qui aurait, selon les officiels américains, sollicité l’intervention des USA pour atteindre les foyers d’attaques perpétrées contre son territoire depuis la Syrie voisine, rapportait hier le « New York Times ».

En droit interne, l’engagement des avions US s’inscrit selon l’Administration Obama dans le cadre de « l’Autorisation de recours à la force armée contre les terroristes », votée en 2001 par le Congrès à la suite des attentats contre les tours jumelles de New-York.

Un argument affaibli par le conflit ouvert entre les dirigeants d’Al-Qaeda et ceux de l’État Islamique, lesquels revendiquent l’allégeance de toutes les organisations sunnites au Califat proclamé le 29 juin dernier en Mésopotamie et sur une part du sol syrien.

Symbole s’il en est d’une politique étrangère sans fil directeur, c’est presque un an jour pour jour après une crise qui avait placé les États-Unis au bord d’une intervention aérienne contre M. Bachar-Al-Assad que les avions US bombardent les « rebelles » de l’EI… avec l’assentiment probable — même si peu avouable — de Damas qui, fort diplomatiquement, assure avoir été « informé » de l’opération et a beau jeu d’appeler à une coordination internationale contre l’essor du Califat.

Sans doute, la Maison-Blanche entend-elle aussi par ces frappes avantager ses alliés sur le terrain — ces fameux « modérés » dont il n’est guère aisé de déterminer l’influence, les effectifs… ou le degré réel de « modération ».

Jeudi dernier, le Congrès des États-Unis a ainsi avalisé un crédit de 500 millions de dollars destiné à former et à armer ces groupes plus ou moins représentés par la très instable Coalition de l’opposition syrienne. Sur le théâtre des opérations, ces « révolutionnaires » se retrouvent souvent liés au Front Al-Nosra, émanation revendiquée d’Al-Qaeda.

Le gouvernement et les institutions de la République syrienne demeurent leurs principaux objectifs, rappelait jeudi dernier l’analyste Ben Hubbard dans les colonnes du « New-York Times ».

"Rebelle" dans Alep dévastée. Sur le théâtre des opérations, les rebelles dits "modérés" combattent souvent aux côtés du Front Al-Nosra, émanation revendiquée d’Al-Qaeda en Syrie.

Dispersées et divisées, ces forces ne sont pour l’heure guère en mesure de mettre sérieusement en danger le gouvernement syrien, qui résiste depuis près de trois ans à une coalition d’islamistes armés engagés dans la plus vaste entreprise de terreur et de restauration théocratique de la période contemporaine.

Les attaques aériennes menées en Syrie par Washington et ses alliés du Golfe, dont certains étaient il y a peu les principaux bailleurs de fonds de l’État Islamique, pourraient en revanche renforcer l’organisation islamiste armée.

Après six semaines de bombardements américains sur le territoire irakien, celle-ci peut désormais se prévaloir de la défense des Musulmans contre l’agresseur occidental : un mot d’ordre plus rassembleur que l’instauration de la Chari‘a et l’avènement du Califat universel…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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