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Tribune Libre de Médias requins

Crise requin : « pollution ou pas pollution des eaux côtières, Monsieur le Préfet ? »

5 juin 2014
Médias requins
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« Attaques de requins à La Réunion, l’enquête », le film documentaire de Rémy Tézier et Laurent Bouvier est passé au crible par Médias requins...

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Photo de profil de la page Facebook de Médias requins

Globalement, le documentaire est assez original, puisque le spectateur assiste le travail d’investigation « policière » d’un journaliste. Le spectateur se trouve immergé au cœur de l’enquête avec en prime de très belles images aériennes et sous-marines, parfois rattrapées par l’actualité, avec des images beaucoup plus violentes et dures à la suite d’une attaque (cf. retour de Fabien amputé, l’altercation des proches de Mathieu avec l’ex-Maire de Saint Paul, la mare de sang succédant à l’attaque de Stéphane,…), comme les témoignages des victimes (cf. Fabien, Eric) ou de leurs proches quand celles-ci n’ont pas survécu (cf. le témoignage du père d’Alexandre et de ses camarades, le témoignage de l’attaque de Mathieu,…).

Par contre, les caractéristiques mentionnées dans la littérature scientifique à propos du requin bouledogue, ont été volontairement ou pas occultées dans le documentaire, ce qui est regrettable. En effet, la territorialité et l’agressivité de ces poissons, rendant complexe toute cohabitation avec les activités humaines, n’ont même pas été abordées.

Que dire de ce fait présenté comme sensationnel, une balise GPS fixée sur un requin bouledogue a été retrouvée à plus de 250 km au sud-est de la Réunion ? De là à tirer une conclusion hâtive et en dresser une généralité sur le comportement migrateur de toute une population de requins bouledogues, qui sont des requins côtiers, c’est un raccourci que le documentaire ose présenter comme une découverte majeure du programme « CHARC », tout comme celle du requin tigre pêché à Madagascar, alors que cette espèce était déjà connue pour entreprendre de longs déplacements en plein océan. D’autres suivis GPS confirment-ils ou infirment-ils cette découverte surprenante relevée sur un seul requin bouledogue ?

Outre la Réserve Marine et la Ferme Aquacole, dont les charges ont été levées trop rapidement — peut-être en raison de la trop grande proximité/complicité des scientifiques du programme « CHARC », malgré les fonctions qu’ils occupent/occupaient directement ou indirectement dans ces 2 structures, qui s’est instaurée au cours des mois passés avec l’équipe de tournage — Médias Requins va donc focaliser son analyse sur le coupable idéal, sur lequel le documentaire semble avoir jeté tout son dévolu : la pollution des eaux côtières… Essayons d’aller au bout de cette logique.

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Nappe de pollution à Bois Blanc

Aussi étrange que cela puisse paraître, d’après le documentaire, les requins bouledogues sont présents sur les côtes réunionnaises, uniquement l’hiver, lorsque les ravines ne coulent que très rarement, ce qui peut sembler contradictoire à première vue ! En effet, comment la pollution peut-elle atteindre l’océan, si les ravines sont taries au même moment ? Des cas de camions vidangeurs ont bien été remontés récemment du côté de Bois Blanc dans le sud-ouest de l’île, mais l’enquête de gendarmerie semble piétiner. S’agit-il d’une pratique isolée ou alors généralisée, surtout depuis que l’océan est officiellement fermé aux baigneurs/surfeurs/bodyboardeurs ?

1 – Apports terrigènes
Tout d’abord, on peut très bien imaginer une accumulation de sédiments pollués ou non, au cours de l’été, devant ou au large des ravines, et avec mise en suspension en hiver, avec le courant et la houle. Mais dans ce cas, des prélèvements de ces sédiments ont-ils été analysés, pour détecter la présence de polluants/micro-polluants qui pourraient attirer les requins bouledogues ? Des analyses d’eaux côtières, avec ces sédiments en suspension, ont-elles été réalisées, afin de quantifier et caractériser cette pollution ? La turbidité à elle seule peut-elle expliquer l’attrait hivernal des requins bouledogues à la côte ? Est-ce qu’un suivi de la turbidité des eaux côtières a été réalisé et a-t-on établi des corrélations entre les observations de requins bouledogues et la survenue des attaques ?

Pour nuancer cet argument, les apports terrigènes ont toujours connu pour exutoire l’océan, et pas qu’à La Réunion. C’est un phénomène naturel : l’érosion. On peut concevoir, qu’avec l’urbanisation de la côte ouest, le phénomène se soit accéléré/amplifié au cours des dernières années, mais une ravine en crue a toujours charrié de l’eau turbide et des déchets… dans tous les pays concernés par la présence de requins bouledogues, sans pour autant, qu’il y ait des attaques comme à La Réunion.

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Photo IPR

Question : qui autorise les projets d’urbanisme/infrastructures routières/portuaires, portés par des collectivités et/ou des promoteurs privés, projets qui pourraient avoir un impact sur l’entraînement de ces apports terrigènes dans les eaux côtières, principalement concentrées au moment de la saison des pluies ? Les Mairies, la DEAL (ex DDE, ex DIREN,...) ?

2 – Eaux usées traitées
Les rejets directs à l’océan des eaux usées traitées par les stations d’épuration n’existent pas à La Réunion. Les eaux usées sont traitées, avec un objectif de qualité baignade, suivies de traitements tertiaires en raison de la sensibilité de la zone ouest/sud s’étendant de Petite Ravine à Grand Anse. Les stations d’épuration, pour la plupart, récentes et performantes, infiltrent les eaux usées traitées dans le sol, aucun rejet direct ne se fait dans l’océan. L’auto-épuration naturelle du milieu, ainsi que des phénomènes de dilution peuvent atténuer l’impact de ces eaux peu chargées sur le milieu marin.

L’enquêteur aurait pu demander à avoir accès aux bilans d’analyses d’autosurveillance des stations d’épuration et vérifier ainsi la conformité de leurs rejets. Le journaliste s’est-il appuyé sur des analyses d’eaux non conformes, de rejets des différentes stations d’épuration de l’île, sur plusieurs années pour conclure à des pollutions ? Les pays de la zone ont-ils des stations d’épuration aussi performantes qu’à La Réunion (cf. Madagacar, Maurice, Mayotte, Comores…) ?

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Poisson crevé sur une plage de l’ouest. Photo IPR

Si les eaux côtières sont polluées par des stations d’épuration, dont les rejets sont non conformes, qu’en est-il des eaux de baignade ? Fait-on courir un danger aux baigneurs ? Les analyses des eaux de baignade masquent-elles une pollution bien réelle ? Et la bactérie iniae qui a décimé récemment plus de 15.000 poissons dans le lagon, pourquoi ne connait-on toujours pas son origine ? L’Etat fait-il sciemment courir un danger aux baigneurs, en les exposant à des germes pathogènes ? Si les stations d’épuration polluent les eaux côtières, pourquoi l’Etat n’engage-t-il pas des poursuites contre les pollueurs ? C’est bien la police de l’eau qui est chargée de contrôler le bon fonctionnement des stations d’épuration ?

Seul point noir dans la zone concernée par les attaques, la station d’épuration de Saint-Leu (une seule attaque non mortelle sur la commune), alors qu’une station flambant neuve ne peut être mise en service, depuis 2/3 ans, en raison d’une contrainte imposée par les services de l’état : l’émissaire sous-marin doit rejeter une eau usée traitée, désinfectée avec traitement poussé de l’azote et du phosphore au-delà du périmètre de la réserve marine (à plus de 50 m de profondeur) dans une région connue pour son exposition quasi permanente à la houle. Les casses répétées de cet émissaire, en raison de son exposition à la fréquence et à la puissance de la houle australe, n’ont toujours pas permis la mise en service de cette station prévue pour traiter les eaux usées produites par 13.000 équivalents habitants, avant un doublement ultérieur de sa capacité.

3 – Pollution des nappes phréatiques
Incriminer la pollution, cela voudrait dire mettre en évidence une pollution récente et concentrée sur les seuls mois d’hiver, puisque les requins ne sont pas présents dans les eaux réunionnaises en été, d’après le documentaire : y aurait-il des résurgences d’eaux douces souterraines « très » polluées sur la côte ouest et sud-ouest depuis peu ?

On peut imaginer des pollutions éventuelles des nappes, suite à des casses de réseau de collecte/refoulement des eaux usées, des apports issus de l’agriculture (amendements azotés, phosphorés, pesticides,…),…

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Étang de Saint-Paul. Photo IPR

Mais ces résurgences d’eau douce directement ou indirectement dans l’océan (de plus, il y a moins de résurgences en hiver, puisque le niveau des nappes aquifères est au plus bas, donc l’éventuelle pollution davantage concentrée), sont soumises à des courants très forts et à la houle hivernale censée favoriser une dispersion rapide dans un océan très vite profond. Des analyses complètes ont-elles été réalisées sur les forages et puits de la zone littorale, afin de quantifier ces pollutions ? En principe, oui, l’eau brute des forages est de l’eau destinée à la consommation humaine (donc très surveillée par l’ARS), après désinfection (élimination des germes éventuellement présents pour prévenir les contaminations sur le réseau). S’il y avait un problème de qualité des eaux souterraines, autre que bactériologique, elles seraient déclarées impropres à la consommation, ou traitées en conséquence, et cela serait connu de tous ou alors ce serait un énième scandale sanitaire !

4 – Apports d’eau douce
Dans le documentaire, la responsabilité de l’exutoire de l’étang de Saint-Paul est évoquée, par un ancien employé de la ferme aquacole, pour expliquer le fait que les requins bouledogues se fixeraient dans la baie. Mais cette ravine a toujours coulé… Par contre, coule-t-elle plus qu’avant ? A-t-on analysé les débits au cours des 30 dernières années, afin d’évoquer un éventuel excédent d’eau douce récent pouvant expliquer la fixation des bouledogues sur zone ?

Aux dernières nouvelles, les drumlines installées devant l’exutoire de l’Etang de Saint-Paul feraient fuir les requins marqués qui avaient pour habitude de fréquenter la zone.

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Photo IPR

5 – Déchets de poisson
Les déchets de poissons ont toujours été rejetés dans les ports ou à proximité (et pas qu’à La Réunion), malgré un arrêté préfectoral récent, censé les réduire. C’est peut-être parce qu’il n’y a plus assez de déchets de poissons, que les bouledogues s’en prennent directement aux prises des pêcheurs (encore vives) maintenant, alors que le requin est censé être l’éboueur des mers, c’est-à-dire qu’il préfère se nourrir de charognes, des poissons malades, blessés qui demandent moins d’effort, que de se nourrir de proies vives (autres que celles prises à l’hameçon des pêcheurs). Devant le peu de proies à La Réunion, le bouledogue a-t-il modifié son comportement alimentaire ? Au fait, qu’ont révélé les analyses des contenus stomacaux des requins bouledogues prélevés ? De quoi se nourrissent donc les requins bouledogues ? Les proies qu’ils consomment peuvent-elles étayer la thèse de la confusion alimentaire, si longtemps mise en avant par certains de leurs plus fervents défenseurs ?

6 - Conclusions
L’enquête désigne un coupable idéal, sans apporter la moindre preuve scientifique, ce qui est dommageable.

S’il y a pollution caractérisée et avérée des eaux côtières, pourquoi la Police de l’Eau ne recherche-t-elle pas les sources de pollution, en vue de sanctionner les responsables ? Pourquoi la Réserve Marine ne porte-t-elle pas plainte contre les pollueurs, puisque la pollution de la Réserve Marine est sévèrement punie ?

Incriminer la pollution des eaux côtières, c’est donc s’en prendre implicitement à l’Etat qui pourrait faire preuve de laxisme (volontairement, pour ne pas mettre en lumière la responsabilité de ses actions dans les attaques), dans la protection de l’environnement, puisque qu’il ne recherche pas les coupables, ainsi qu’à tous ceux qui seraient complices ou couvriraient de telles dégradations du milieu, pour peu qu’elles soient effectivement avérées.

Alors pollution ou pas pollution des eaux côtières, Monsieur le Préfet ?

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Enfin, la pollution n’explique pas à elle seule les attaques de requins.

En l’absence de réponses aux questions soulevées précédemment, Médias Requins ne retiendra de ce documentaire, que le fait que l’arrêt de la commercialisation de la chair de requins côtiers depuis 1999 présente une lourde responsabilité dans la prolifération exceptionnelle des populations de grands requins côtiers dangereux, avec un impact considérable sur les écosystèmes côtiers (explique-t-elle l’appauvrissement en biomasse de la Réserve Marine, qui semble peiner à se constituer/reconstituer ?).

Cette mesure résulte de l’application d’un principe de précaution à La Réunion, conséquences de plusieurs intoxications alimentaires avérées à Madagascar, mais pas forcément liées à la présence de carcharotoxines, comme l’ont soutenu les promoteurs de cet arrêté, puisqu’aucune autopsie/analyse n’est venue corroborer cette suspicion, qui plus est, jamais remise en question avant la mise en oeuvre du programme ciguatera 1 et 2 dernièrement.

Rappelons que dans l’océan indien, l’île de La Réunion est la seule à protéger les requins depuis aussi longtemps et qu’il n’y a jamais eu de massacres, contrairement à ce que certains ont répandu massivement dans les médias du monde entier, écornant encore davantage et durablement l’image de l’île de La Réunion.

Médias requins

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Photo IPR

« Le documentaire ne parle pas de l’effet réserve sur le repeuplement des espèces depuis sa création, ni des migrations des poissons pélagiques qui fixent la présence des prédateurs pendant les périodes des passages (l’été), quoi de plus normal de les voir à la côte quand la quantité de nourriture diminue au large ?

Les pêcheurs savent que les premiers poissons volants précèdent la venue des requins marteau et des marlins noirs sur les secs, c’est le cas à Saint-Paul. Les marlins bleus ne sont présents sur nos côtes que pendant les périodes d’été, et suivent la migration des thonidés.

Les tigres et les bouledogues sont également sur les secs lors de ces passages. Quoi de plus logique : la curée attire tous les prédateurs.

Nul n’est besoin d’être scientifique pour comprendre que la place de la nourriture est importante. Déplacez la gamelle d’un chien dans votre jardin, il ne va pas se laisser mourir, il ira là où elle est.

A été également occultée, la position des DCP immergés, car mis en en place par le comité des pêches sur les conseils de l’IFREMER et des AFMAR. La bouffe, mon cher c’est là que ça se passe, tout le monde le sait, et personne ne le dit. Qu’il s’agisse de la réserve marine, de la ferme aquacole, des lâchés de tortues, des DCP immergés, des migrations saisonnières, et des températures de l’eau, le seul dénominateur commun, c’est l’apport ou non de nourriture qui joue le plus grand rôle dans la présence des animaux, quels qu’ils soient, et en particulier des squales qui se déplacent comme toutes les autres espèces pour manger ou pour se reproduire.

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Qu’on se fasse plus bouffer quand il y a moins de passages ne me surprend pas non plus. Pour les requins, ni gentils ni méchants mais juste de dangereux mangeurs, nous ne sommes que de la nourriture.

Enfin, on fait souvent la comparaison entre les loups, les ours et les requins. Existe-t-il d’après vous une autre raison que la nourriture pour que les loups se rapprochent des habitations et s’attaquent aux troupeaux ? Ils font exactement comme les requins, ils vont au plus facile, et là où est l’abondance de nourriture. Il est plus facile de s’attaquer à un mouton qu’à un mouflon ou à un linx ou je ne sais quel autre animal sauvage. Et lorsqu’on s’arrête de les chasser, ils se reproduisent en toute quiétude et descendent en plus grand nombre dans les vallées pour y trouver la nourriture. Un jour, ils s’attaqueront aux hommes. »

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