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Monopole des hydrocarbures

Contre le terrorisme des pétroliers (1)

30 janvier 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Ceci n’est pas une grève, mais un intolérable acte de pression sur la société réunionnaise.

Réquisitionner les stations-service, c’est possible. Longtemps disséminé dans des textes épars, le droit de réquisition dont disposent les Préfets a été précisé en 2003 par le Code Général des collectivités territoriales, dans l’alinéa 4 de l’article L. 2215-1. Selon le Conseil d’État « le Préfet peut légalement, sur ce fondement, requérir l’essentiel des salariés en grève d’une entreprise privée dont l’activité présente une importance particulière pour le maintien de l’activité économique, la satisfaction des besoins essentiels de la population ou le fonctionnement des services publics, lorsque les perturbations résultant de la grève créent une menace pour l’ordre public. Il ne peut toutefois prendre que les mesures nécessaires, imposées par l’urgence et proportionnées aux nécessités de l’ordre public ».

Cette décision, rendue en 2010, apparaît parfaitement transposable à la situation réunionnaise. Elle fut rendue dans le cadre d’un blocage de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, entraînant selon juge administratif suprême, «  l’incapacité de l’aéroport à alimenter les avions en carburant aérien pouvant conduire au blocage de nombreux passagers, notamment en correspondance, et menacer la sécurité aérienne en cas d’erreur de calcul des réserves d’un avion ». Dans notre île, ce « blocage » concernera sous peu l’ensemble de la population et de l’activité économique...dès lors que les consommateurs auront épuisé les maigres réserves qu’ils ont pu constituer, au prix fort et après de pénibles heures de queue devant les stations-service.

Et on ne peut que souhaiter, puisque paraît-il, les choses ont changé, que le droit, dit avec une rapidité remarquable il y a quatre ans ans à l’encontre des travailleurs en grève à Roissy, soit utilisé avec autant de célérité au profit de la population réunionnaise, bloquée par un mouvement manipulé d’un bout à l’autre par les grossiums des carburants.

Car ceci n’est pas une grève. Les fermetures décidées par les gérants de stations-service, ne procèdent pas de la volonté des 1500 travailleurs employés par ces établissements dans l’ensemble du pays. La grève, c’est le retrait volontaire par le salarié de sa force de travail, dans le but d’appuyer des revendications. Or, ce n’est pas de gaieté de cœur que les employés des stations-service ont interrompu leur activité : Ces arrêts de travail leur ont été imposés.

Cette prétendue « grève » dissimule un lock-out — procédé illégal, illégitime et ignoble par lequel le patronat refuse au travailleur, si l’on peut dire, jusqu’au droit même d’être exploité. Les travailleurs des stations-essence sont, à La Réunion, l’une des catégories les plus sous pression. Précaires, exercés dans des conditions difficiles, au contact de produits nocifs et de la violence urbaine, ces postes font de manière récurrente l’objet du chantage des grands groupes pétroliers, prompts à brandir la menace, relayée par les gérants, d’une répercussion des marges qui, elle-même ; entraînerait le licenciement des pompistes.

Ne jetons pas pour autant la pierre aux gérants  : chacun sait que leur marge de manœuvre est quasi-inexistante, dans un contexte réunionnais dominé par le tout-puissant monopole des hydrocarbures.

Les marges des stations-essence ne sont pas même visées par le décret Lurel : seuls, les pétroliers pourraient y perdre — perte par ailleurs infime en comparaison de la progression constante de leurs profits, signalée par le Ministère de l’Outremer et récemment dénoncé avec éloquence par le député de Mayotte, Ibrahim Aboubacar. Mais cet « infime » est déjà « trop » pour des intérêts habitués à être engraissés par l’État.

Ce n’est donc pas sans perversité que les pétroliers ont rameuté les gérants de station essence pour « bloquer » le dépôt de la SRPP ; après le lock-out à peine déguisé des stations d’essence, le monopole simule désormais son propre siège...à l’endroit précis où avaient débuté les émeutes de février 2012. Ainsi, le monopole ajoute-t-il la stratégie de tension sociale au lock-out et à la manipulation, dévoilant aux yeux de tous l’intolérable pression qu’il exerce sur la société réunionnaise toute entière.

L’État relèvera-t-il le gant ? 24 parlementaires ont apporté leur soutien à Victorin Lurel. Le Préfet a d’ores et déjà annoncé une réquisition partielle des stations-services. Il faut, dans l’immédiat, aller plus loin, et imposer la réouverture de l’ensemble des établissements… et organiser la riposte, pour en finir avec le terrorisme économique et social des pétroliers.

(À suivre)

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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