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Daniella Latchimy

« Contre lanprofitasion »

11 décembre 2013
Daniella Latchimy
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Le grand rassemblement populaire à l’appel du collectif « rend a nou la mer » fut-il un succès ?

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Rassemblement du 8 décembre à Saint-Paul. Photo IPR.

Le grand rassemblement populaire à l’appel du collectif « rend a nou la mer » fut-il un succès ? Un journal de la place l’avait annoncé : ce rassemblement sera un test pour juger de l’écho réel des revendications des associations des surfeurs/pêcheurs au sein de la population réunionnaise. Le collectif espérait plus de 300 personnes, c’est à dire plus que lors des précédents rassemblements. Le collectif désirait surtout rassembler au-delà de son public habituel.

Or, si les compte-rendus médiatiques dans la foulée de la manifestation annoncent « environ 300 personnes », certains contestent ce chiffre, y compris au sein même des personnes présentes sur site. Une des associations représentées se plaignait même en direct sur Freedom, aux alentours de 15h30, que la population ne les ait pas rejoints en masse. A la question de l’animatrice, le représentant associatif répondait : « environ 200 personnes ». Au-delà de cette querelle de chiffres, la certitude est que le rassemblement ne parvint pas à fédérer au-delà de sa base classique de sympathisants.

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8 décembre. Saint-Paul. Photo IPR.

Pourtant, durant 15 jours la campagne publicitaire fut intense sur le terrain et sur les réseaux. Pourtant, Danyèl Waro et la CMAC [1] tournaient en boucle dans une vidéo de promotion censée mobiliser au-delà du public habituel. Pourtant, une association de jeunes Saint-Paulois s’était jointe elle aussi au collectif. Le discours s’était donc élargi pour porter une revendication de défense identitaire susceptible de faire lever les foules réunionnaises jusqu’alors peu sensibles aux discours des associations proches des lobbys des surfeurs. On avait pas hésité à préparer des drapeaux de La Réunion, à communiquer en Kréol rénioné… Et pourtant, cela ne fonctionna pas !

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Faut-il y voir l’effet de cette rumeur qui circule dans le réseau culturel réunionnais et qui a fleuri sur le net : le mécontentement de Danyèl Waro ? Celui-ci, en effet, serait tombé de haut en découvrant que ceux qui lui vendaient la « libération » de La Réunion étaient aussi ceux qui parlaient de « terrain de jeux », « de cerveaux non régionaux abandonnant La Réunion », « de la préférence régionale comme combat populiste sans justification » ?

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Collectif pour le maintien des activités au coeur de La Réunion (ici Piton Maïdo). Photo CMAC.

Faut-il y voir l’effet d’une adhésion en demi-teinte du CMAC qui écrivait sur son site dès samedi : « si zot i ve la mer... nou nou vé la liberté ! » ? La plus grosse délégation du CMAC ayant en effet préféré rejoindre l’autre rassemblement : celui en la mémoire des ancêtres au Dimitile…

Faut-il y voir la conséquence de cette autre rumeur qui alimente certains débats à Saint-Paul : l’utilisation de la crise requin pour enflammer une bataille municipale à venir entre deux députés ? L’association des jeunes saint-paulois devant déclarer officiellement son soutien à un candidat d’ici au 20 décembre…

Faut-il, enfin, y voir une certaine crainte chez les sympathisants habituels des associations proches des surfeurs/pêcheurs ? En effet, si le discours identitaire avait pour but de toucher le peuple réunionnais, il eût surtout pour principale conséquence d’inquiéter ceux qui ne goûtent que rarement à ces discours d’émancipation du Réunionnais. Les drapeaux réunionnais qui fonctionnaient alors comme autant d’épouvantails pour ce public furent d’ailleurs rapidement rangés.

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Nous en saurons sans doute davantage dans quelques jours sur les raisons qui ont réellement conduit à là non participation populaire. Mais je vois quelques enseignements à tirer dès à présent de ce rassemblement :

— Les Réunionnais ont été lucides sur les diverses manipulations avec lesquelles on pensait les entortiller. Comme s’il suffisait d’utiliser le mots « liberté » en créole pour contourner leur réflexion ! Comme s’il suffisait de peindre un cafre rasta luttant contre un requin pour que celui-ci se multipliât au sein de cette foule.

— Les Réunionnais ont pu constater que ce ne sont pas les intérêts des « ti pêcheurs » que défend en vérité ce collectif. L’organisateur de cette manifestation ou le leader de la principale association du collectif, par exemple, ce ne sont pas des « ti-pêcheurs » ! Jusqu’à quand va-t-on laisser cette manipulation proliférer dans les médias ?

Les « ti-pêcheurs traditionnels » servent de caution et de faire-valoir à ces patrons de pêche ! Et ce sont bien les intérêts de ces patrons de pêche que le président du patronat a défendus en son discours. Pas ceux des « ti-pêcheurs traditionnels ». Et ce ne sont d’ailleurs pas les « ti-pêcheurs » que le patron du Medef est allé saluer après son kozé…

Car au fond, ce n’est pas « La Réunion ni la mer que l’on veut libérer », c’est la réserve marine que l’on veut libéraliser, livrer aux appétits capitalistes. Déréguler la réserve pour permettre aux patrons pêcheurs d’aller faire quelques bénéfices immédiats et sans contraintes durant quelques mois… avant que toute pêche disparaisse par élimination définitive du poisson.

Car, la réserve marine en protégeant l’environnement par la régulation raisonnée de la pêche en sa zone, permet le renouvellement des espèces poissonnières et préserve aussi, par là même, la pérennité des activités traditionnelles des ti-pêcheurs réunionnais, les vrais.

Pour la défense de la réserve marine, contre lanprofitasion des capitalistes locaux.
Pour la défense des activités traditionnelles au coeur du parc régional contre les logiques européennes non adaptées à notre réalité.

Daniella Latchimy
Saint-Denis

Notes

[1Collectif pour le maintien des activités au coeur de La Réunion

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