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Comment Joseph Sinimalé entortille les gens…

10 juin 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Les lecteurs de ce site, et ceux qui prennent le temps de s’attarder sur le blog attenant — le blog de GGL — ne peuvent ignorer les sentiments que m’inspire la gestion municipale de Joseph Sinimalé, qui s’avère malheureusement conforme à ce que pouvait laisser prévoir sa campagne électorale, marquée par une démagogie inégalée.

On pourrait presque tenir un journal quotidien des (mé)faits qui, peu à peu, font de Saint-Paul une enclave ultralibérale, un petit Texas péï où l’on ferme les bibliothèques pour en faire des centres d’affaires, où l’on « totoche » les quelques lieux culturels qui existent, où l’on pratique l’escamotage mémoriel et où l’opposition ne peut s’exprimer, fut-ce dans le cadre du Conseil municipal, sans s’exposer aux injures et aux menaces des militants du maire nouvellement en place.

On ne s’étonnera pas d’apprendre dans la presse que, mus sans doute par un instinct aussi sûr que celui qui mène les mouches au miel, c’est à Saint-Paul que les foutraques du « Mouvement pour la libération de la sécurité sociale » ont choisi d’organiser leur raout réunionnais, en vue d’inciter les gens à se désaffilier de la Sécu. Un militantisme fondé sur l’assertion, absolument fausse au demeurant, selon laquelle l’Union européenne aurait mis fin au monopole public sur la protection sociale.

On objectera, à juste raison, que la manifestation, qui devrait réunir plusieurs centaines de personnes, n’est pas organisée à l’initiative de la Mairie, et se déroule dans un restaurant privé. On notera tout de même le contraste, entre la tolérance exprimée vis-à-vis de cette charlatanerie à la limite de la légalité, et les tensions qui entourent les activités du bar « La Cerise », tout aussi privées mais visiblement trop « à gauche » aux yeux des partisans de la nouvelle municipalité.

Bref : six années de désertification civique et culturelle attendent les saint-paulois sous l’égide du fric-roi, si les bonnes volontés ne s’emploient pas à imprimer un cours nouveau à la politique municipale. Et des bonnes volontés, souvent issues de la société civile et novices en politique et il y en a dans l’entourage de M. Sinimalé ; encore faut-il que ces nouveaux entrants ne se fassent pas embobiner par un édile blanchi sous le harnois de la politique politicienne.

Et c’est bien ce qui est arrivé, semble-t-il à l’une de mes connaissances. Partisan de Joseph Sinimalé lors du dernier scrutin, de cœur à droite, et au demeurant le meilleur fils du monde, ce jeune entrepreneur, dont j’apprécie nombre de qualités, s’est ému du sort qui semble réservé à la médiathèque « Cimendef », et n’a pas craint de demander à M. le Maire ce qu’il en était au juste. Lequel maire, qui n’est pas tombé de la dernière pluie, d’exhiber un document officiel, qui démontre, diagnostic financier et cachet ministériel à l’appui, que le projet d’une bibliothèque centralisée fut en son temps (c’est-à-dire sous l’ancienne municipalité) considéré comme par trop coûteux, etc. Et que la solution consisterait en une atomisation des structures, rapprochant soi-disant les livres des « quartiers ».

De quoi rassurer mon camarade, qui, suite à cette démonstration, se dit qu’il faut, « en raison », en finir avec la « pharaonique » bibliothèque Cimendef. Eh, l’ami, ai-je envie de lui dire, « Sini » est en train de t’entortiller, avec l’aplomb et le toupet que donnent le port d’écharpe et le maniement du papier timbré. En nos temps de rigueur, où la décentralisation est un combat et où la culture l’est encore plus, les autorités centrales sont par principe défavorables aux grands projets portés par les collectivités, à moins que (suivez mon regard) les grands groupes qui vivent aux basques de l’État n’aient à y ramasser un « graton ».

La fierté d’un maire réunionnais, s’il en a une, c’est justement de tenir le cap du développement, là où la mentalité de boutiquier qui tient lieu de culture à la bureaucratie veut imposer le rognage, le rabotage, le demi-fait et le mal-foutu, en un mot : la petitesse.

La fierté d’un maire réunionnais, c’est de considérer La Réunion comme un pays— que ce terme soit pris dans sens décentralisateur ou dans une acception plus large. Or, un pays, ça a des bibliothèques dignes de ce nom, et non point un service minimum du livre résumé à quelques bibliobus poussifs trimballant, au mieux, du Marc Lévy ou du Catherine Pancol.

On sait que c’est au nom de la sacro-sainte proximité que cette politique du dépouillement culturel est justifiée — à Saint-Paul et ailleurs. Construire une médiathèque dans le centre-ville serait élitiste, explique-t-on, notamment en ce qu’elle discriminerait les habitants des Hauts et des écarts de cette commune immense — près de deux fois et demie la superficie parisienne — qui en seraient, dès lors, écartés.

L’argument est efficace : n’est-ce pas sur le thème de la division Hauts-Bas que M. Sinimalé a remporté l’élection municipale ? Il n’est pas pour autant valide : ce qui éloigne les gens des livres, ce n’est pas la distance, mais l’illettrisme, figé, voire entretenu dans le pays, tant par un système d’enseignement mal adapté à une population créolophone, mais aussi par la course au moins-disant culturel que nous imposent tant les politiques de rigueur que le clientélisme généralisé des élus.

Que l’on ne se leurre pas : prôner un accès à l’écrit « à la carte », réparti dans ces fameuses « petites structures » dont on nous rebat les oreilles, c’est le moyen le plus sûr de l’enterrer. Ceux qui ont la naïveté de croire au « redéploiement » des bibliothèques au profit de micro-agences territorialisées peuvent toujours attendre : ils n’en verront pas la couleur.

Pour un savoir fort, il faut des structures fortes— matériellement et symboliquement. Saint-Pierre et Saint-Denis sont respectivement surplombées par le sigle de Mac Do et par une tour commerciale. Saint-Paul pourrait être placée sous l’égide d’un lieu de culture. Quel hommage serait ainsi rendu à la première capitale de l’île, qui vit naître les grands auteurs réunionnais Leconte de Lisle et Évariste de Parny, et au marron Cimendef, dont Dayot a chanté les exploits ! Ça avait tout de même un peu plus d’allure que le fantomatique (et inutile) « business center » pour lequel le maire de Saint-Paul s’efforce d’entortiller les consciences…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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